Décès de Gérard Lévesque : une voix marquante de l’Ontario français s’éteint
La francophonie ontarienne perd l’un de ses défenseurs les plus constants. Gérard Lévesque, avocat, chroniqueur et militant de longue date pour les droits des francophones, est décédé le 13 avril à Toronto, des suites d’un cancer du pancréas. Il allait avoir 80 ans. Figure bien connue de plusieurs milieux franco-ontariens, il laisse derrière lui un parcours marqué par le droit, l’engagement communautaire et la prise de parole publique.
Au fil des décennies, Gérard Lévesque s’est imposé comme un acteur important des luttes linguistiques au pays. Son nom reste associé aux combats menés pour les droits scolaires et institutionnels des francophones, en particulier en Ontario, mais aussi en Alberta. Son implication s’est traduite par des responsabilités concrètes au sein d’organismes majeurs de la francophonie.
Il a dirigé l’ACFO provinciale, devenue depuis l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, de 1978 à 1981. Quelques années plus tard, il a aussi occupé la direction générale de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario, de 1991 à 2001. Ces fonctions témoignent de la place qu’il occupait dans les réseaux francophones, à une époque où plusieurs acquis restaient encore fragiles ou à consolider.
À l’annonce de sa disparition, le président de l’AFO, Fabien Hébert, a salué « un grand défenseur, un homme de conviction et une voix profondément respectée ». Il a ajouté que Gérard Lévesque avait consacré « une part importante de sa vie à faire avancer les droits des francophones, avec rigueur, courage et constance ».
Un homme respecté, un ami aussi
Au-delà du militant et du juriste, plusieurs retiennent aussi un homme de dialogue et de fidélité. François Bergeron, rédacteur en chef de L’Express de Toronto, a confié qu’il connaissait Gérard Lévesque depuis environ 30 ans et qu’il ne perdait « pas juste un chroniqueur », mais aussi « un ami ».
Il a également rappelé leurs échanges fréquents lors d’événements francophones et les rencontres politiques que Gérard Lévesque organisait parfois chez lui, durant certaines campagnes électorales.
Cette proximité aide à comprendre la place qu’il occupait dans son entourage professionnel et communautaire. Au sein de l’AFO, le directeur général Peter Hominuk a lui aussi rappelé qu’il faisait partie de « ces bâtisseurs qui ont contribué, de manière très concrète, à structurer, défendre et faire progresser l’Ontario français ».
Une plume de grand calibre
Son parcours a été salué à plusieurs reprises. Le gouvernement de l’Ontario lui a remis le Prix de la francophonie en 2012, soulignant notamment sa contribution à l’avancement des droits de gestion scolaire de la communauté franco-ontarienne. Au fil des ans, d’autres distinctions sont venues reconnaître son apport au monde juridique et à la défense du fait français, tant en Ontario qu’ailleurs au pays.
Mais Gérard Lévesque n’était pas seulement un homme d’institutions. Il était aussi une plume. Comme chroniqueur à L’Express de Toronto, il suivait de près les enjeux juridiques et politiques touchant les communautés francophones en situation minoritaire. Ses textes rendaient accessibles des débats parfois complexes, tout en assumant une pensée claire sur les questions de justice, de démocratie et d’état de droit. Même dans les derniers mois de sa vie, il continuait d’écrire.
Pour François Bergeron, cette contribution rejaillissait aussi sur le média lui-même. Il souligne que L’Express était « très honoré d’avoir un chroniqueur de ce calibre-là », rappelant qu’il s’agissait d’un homme connu à l’échelle nationale et associé à des causes majeures liées aux droits linguistiques et aux droits scolaires des francophones.

Au-delà des causes francophones
Sa trajectoire reflète aussi une solide formation intellectuelle. Titulaire d’un baccalauréat en philosophie de l’Université Saint-Paul, il détenait également un baccalauréat ès arts ainsi qu’un diplôme en droit de l’Université d’Ottawa.
Dans les derniers temps, son attention s’était aussi portée plus largement sur l’état du monde. François Bergeron dit avoir été particulièrement marqué par « son dernier combat », celui mené autour de l’état de droit et du droit international. Selon lui, Gérard Lévesque voyait ces principes « s’effriter », ce qui l’inquiétait profondément. Cette préoccupation, plus large que la seule question francophone, occupait une place importante dans ses réflexions récentes.
Une perte pour toute une communauté
Installé à Etobicoke, Gérard Lévesque laisse dans le deuil son épouse, Sonia Pooran, ses deux filles, Geneviève et Janine, ainsi que trois petits-fils. Sa disparition touche sa famille, mais aussi une large part de l’Ontario français, qui voit partir l’une de ses mémoires militantes les plus respectées.
Dans son message, Fabien Hébert a aussi offert, au nom de l’AFO, ses « plus sincères condoléances » aux proches de Gérard Lévesque ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont eu « le privilège de le côtoyer et de travailler à ses côtés ». Peter Hominuk a pour sa part salué un homme « généreux de son temps, de sa pensée et de son expertise ».
Des mots qui traduisent l’ampleur de la perte ressentie aujourd’hui dans la francophonie ontarienne.