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Artistes à domicile : Jean Boisjoli, trouver l’équilibre de vie dans le confinement

Temps de lecture : 6 minutes

ONFR+ met les artistes à l’honneur, et leur donne la parole sur nos réseaux sociaux pendant la durée de cette crise. Cette semaine, le romancier Jean Boisjoli partage son ressenti sur cette pandémie et nous soumet sa sélection de romans à découvrir ou redécouvrir durant ce confinement.

Qui suis-je ?

« Un auteur francophone qui a grandi au Manitoba, puis qui a habité Montréal, Ottawa-Gatineau, Edmonton et Toronto avant de revenir à Ottawa.

Avant de me consacrer à temps plein à l’écriture en 2011, j’ai longtemps écrit et publié tout en menant une carrière de professeur, de journaliste puis d’avocat. Pendant deux ans, j’ai dirigé un projet de réforme de la justice en Haïti.

J’ai publié des textes au Canada et à l’étranger. J’ai aussi à mon actif cinq livres, trois recueils de poésie et deux romans. Mon premier roman, La mesure du temps, s’est mérité le prix littéraire Trillium et a été finaliste pour d’autres prix du livre. Pendant deux mois en 2018, j’ai bénéficié d’une résidence d’écrivain en France. Mon second roman, Moi, Sam. Elle, Janis est sorti à l’automne 2019 et a reçu un très bel accueil de la critique et du public. ONFR+ en a fait une merveilleuse capsule.

Cet hiver, j’ai été choisi comme invité d’honneur au Salon du livre de l’Outaouais et été invité à une table ronde au Salon du livre de Montréal. »

La mesure du temps de Jean Boisjoli, Éditions Prise de parole (2016), 260 pages

Bernard, un homme du monde dans la soixantaine, retourne à Saint-Boniface pour renouer avec ses origines. Accompagné de Marjolaine – une jeune femme qui a été sa protégée -, il arpente la ville sur les traces des lieux, des êtres et des événements qui ont marqué son enfance singulière. Roman imagé aux accents poétiques, La mesure du temps effectue une plongée saisissante dans la psyché humaine.

Moi, Sam, Elle, Janis, de Jean Boisjoli, Éditions David, (2019), 270 pages

Janis, une jeune femme, est retrouvée morte dans un bois proche d’Ottawa. Sam, qui partageait un appartement avec elle, se voit accusé du meurtre. Son avocate ayant plaidé l’aliénation mentale, il doit se confier au psychiatre assigné par le tribunal. Remontant à son enfance passée dans un sous-sol miteux de Vanier, puis à son adoption par un couple bourgeois d’Ottawa, il nous raconte alors son histoire, longtemps habitée par la mort, jusqu’à cette rencontre avec Janis…

Pour revoir la capsule vidéo que nous avions consacrée au roman Moi, Sam, Elle, Janis : https://onfr.tfo.org/moi-sam-elle-janis-un-drame-psychologique-signe-jean-boisjoly/

Comment je vis ce confinement ?

« Il faut voir ce coronavirus comme l’épigraphe du monde à venir. La pandémie que nous vivons est un moment marquant qui pourrait laisser de profondes empreintes sur nos comportements. À nous de saisir la balle au bond. De réfléchir à qui nous sommes comme individus et en tant que société d’humains.

En cela, la COVID-19 est certes une crise profonde, mais c’est aussi l’occasion de modifier mes comportements, de porter une attention plus particulière à mes proches, mais aussi à moi-même.

Voilà plusieurs années que la méditation occupe les premiers moments de ma journée. J’y intègre maintenant d’autres gestes du quotidien qui autrefois me semblaient banals, comme me laver les mains. Pendant les 20-30 secondes prescrites, je ferme les yeux, je savonne mes phalanges tout en massant chaque parcelle de mes mains. Ces simples gestes me ramènent à l’essence de la vie. Il s’agit d’une communion avec moi-même, au même titre que mon yoga.

Pour ce qui est du reste, je tente de maintenir une alimentation saine et je me réserve des moments quotidiens de marche, autre activité méditative, sur une distance de six à huit kilomètres. Je lis, surtout des romans. En un mot, je tente de vivre une vie équilibrée, autant que faire se peut dans les circonstances. Je profite aussi de ce temps qui serait par ailleurs perdu pour rafistoler quelques meubles patrimoniaux que j’ai trop longtemps négligés.

J’ajouterais que mon travail d’auteur m’a sans doute bien préparé au confinement, car écrire est en soi une tâche solitaire. »

Le livre franco-ontarien ou franco-canadien que je recommande :

« La détresse et l’enchantement, et pas uniquement parce que, comme moi, Gabrielle Roy a grandi sur la rue Deschambault, à Saint-Boniface.

Le thème de l’identité, du territoire et de l’appartenance est au centre de mes écrits et est un fil conducteur dans ceux de Mme Roy. Ainsi, dans mon roman La mesure du temps, le personnage principal se fait, à sa façon, le reflet de l’incipit de La détresse et l’enchantement  :

Ce n’est que maintenant, en cette fin de parcours, que j’ai compris – et sans doute même accepté – qu’en tout endroit de mon pays, je suis destiné à être un étranger. Même si on ne m’a jamais traité en inférieur, je demeure un citoyen sans domicile fixe. Je n’ai toujours été que celui qui passe, celui qui lève l’ancre pour toujours partir à la recherche de nouvelles terres de rêve (…) Plutôt que de me sentir partout chez moi – comme je l’ai longtemps souhaité et sans doute même cru -, je ne m’y suis retrouvé dans aucun recoin. (p. 250-251, La mesure du temps)

En somme, si je recommande La détresse, c’est sans doute parce que, parmi les romans franco-canadiens, c’est celui qui m’a le plus marqué, mais aussi en raison de l’écriture remarquable de Gabrielle Roy. »

Pour découvrir l’œuvre de Gabrielle Roy : https://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/detresse-enchantement-2314.html

La détresse et l’enchantement de Gabrielle Roy, Éditions Boréal Express (1984), 505 pages

En consacrant les dernières années de sa vie à l’écriture de cette autobiographie dont la publication, avait-elle décidé, n’aurait lieu qu’après sa mort, Gabrielle Roy cherchait à la fois à dresser le bilan de sa propre existence et à conférer à celle-ci, pour toujours, le caractère admirable et énigmatique d’une œuvre littéraire. À transformer, en somme, sa vie en roman. Paru pour la première fois en 1984, La détresse et l’enchantement relate ses années de formation, depuis son enfance manitobaine jusqu’à son retour d’Europe à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, c’est-à-dire l’histoire de sa venue progressive à l’écriture.

Le roman francophone à ne pas manquer cette saison :

« Né d’aucune femme, le plus récent du Français Franck Bouysse, livre qui est arrivé sur nos tablettes l’automne dernier et qui n’a pas été suffisamment remarqué. Il s’agit d’un roman sensible et poignant qui illustre les failles et les grandeurs de l’âme humaine. C’est un roman noir appuyé par une superbe prose poétique.

Dans quelle mesure ai-je aimé ce roman ? Disons que je me suis procuré tous les autres livres de Bouysse. »

Pour découvrir lœuvre de Franck Bouysse : https://www.babelio.com/livres/Bouysse-Ne-daucune-femme/1097309

Né d’aucune femme de Franck Bouysse, Éditions de La Manufacture de livres (2019), 336 pages

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine. Un sculpteur hors pair de la langue et un maître sans égal de l’émotion. (Critique de l’hebdomadaire français Marianne)

Le classique francophone que je conseille de redécouvrir :

« À l’impossible, nul n’est tenu, disons-nous en droit. Il y en a tellement ! Je voudrais cependant suggérer deux auteurs  : tout Duras et tout Camus, mais, dans ce dernier cas, La peste, qui est un grand roman, peut attendre… Dostoïevski, aussi, est à lire et relire. »

Pour découvrir l’œuvre d’Albert Camus : https://www.babelio.com/livres/Camus-La-peste/313209

La peste d’Albert Camus, Éditions Gallimard (1947), 336 pages

Le roman raconte sous forme de chronique la vie quotidienne des habitants pendant une épidémie de peste qui frappe la ville d’Oran et la coupe du monde extérieur. Le Docteur Rieux, personnage principal, lutte contre cette épidémie qui oblige les autorités à fermer les portes de la ville, prisonnière du malheur. Le Dr Rieux s’oppose à la vision de son père Paneloux, qui voit dans la peste une malédiction divine, une punition des péchés humains.

Un article réalisé en collaboration avec Katia Café-Fébrissy 

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