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Au Nouveau-Brunswick, les Acadiens restent sur leurs gardes

Temps de lecture : 4 minutes

FREDERICTON – Cet automne, l’élection d’un gouvernement minoritaire progressiste-conservateur au Nouveau-Brunswick, appuyé par un parti opposé au bilinguisme, faisait craindre le pire pour la communauté acadienne. Qu’en est-il, sept mois plus tard ?

Pour son premier budget, en mars, le gouvernement de Blaine Higgs en a surpris plus d’un. Le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick a vu son budget bonifié de 25 %, passant de 544 000 $ à 680 000 $, soit la première augmentation substantielle depuis sa création en 2002.

« Cela montre que le Commissariat a acquis une crédibilité. Il a un rôle à jouer comme voix objective et neutre », se réjouit le commissaire par intérim, Michel A. Carrier. « Cela va permettre de répondre à notre mandat de promotion des langues officielles. »

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Robert Melanson, n’hésite pas à féliciter le gouvernement.

« On sait que le gouvernement libéral avait eu cette recommandation et qu’il était passé par-dessus. Donnons le mérite au gouvernement Higgs. On sait que le commissaire Carrier a beaucoup travaillé pour conscientiser les députés, mais le gouvernement a posé le geste. »

Le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick (PCNB) gouverne pourtant avec l’appui de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick de Kris Austin, dont l’une des promesses de campagne était d’abolir le Commissariat. Pour le politologue de l’Université de Moncton, Roger J. Ouellette, l’équation est simple. 

« C’est un gouvernement minoritaire, dans une province où 16 des 49 circonscriptions sont majoritairement francophones et où dans cinq autres, le vote francophone représente plus de 20 %. M. Higgs sait très bien que s’il veut obtenir une majorité à terme, il lui faudra gagner certaines de ces circonscriptions. Avec la moitié d’entre elles, il aurait été majoritaire l’automne dernier. »

Le budget, comme le discours du trône, a reçu l’appui de l’Alliance, permettant au gouvernement progressiste-conservateur de survivre.

« C’est sûr que ça a été une couleuvre à avaler pour l’Alliance. Mais les derniers sondages montrent que le Parti progressiste-conservateur obtient 42 à 44 % d’appui. Si l’Alliance ne veut pas disparaître et perdre ses sièges, elle doit y réfléchir à deux fois. »

Mieux que les libéraux

Depuis les élections, la SANB indique que les relations sont bonnes avec le gouvernement.

« Il est beaucoup plus accessible que le gouvernement libéral. J’ai déjà eu plusieurs rencontres avec M. Gauvin [ministre responsable de la Francophonie] et rencontré M. Higgs de façon informelle. Il est prévu une rencontre plus officielle, probablement cet été. » 


« Le gouvernement Gallant était le plus francophone de l’histoire du Nouveau-Brunswick et pourtant il nous a fait reculer ! » – Robert Melanson, président SANB


Le président de la SANB rappelle que dans l’histoire de la province, les Acadiens ont autant reçu des gouvernements conservateurs que libéraux.

« Je crois qu’on en a déjà reçu plus que ce qu’on avait obtenu en quatre ans du gouvernement précédent. » 

Pas comme en Ontario

La réaction nationale à la crise linguistique en Ontario aurait-elle influencé le gouvernement néo-brunswickois ? M. Ouellette en doute.

« Ce n’est pas pour être gentil, c’est simplement que le poids politique des francophones au Nouveau-Brunswick n’est pas comparable avec celui de l’Ontario.

À Fredericton, Blaine Higgs n’a beau avoir qu’un élu francophone, Robert Gauvin est vice-premier ministre et ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, ainsi que responsable de la Francophonie.

« On peut même dire qu’il détient la balance du pouvoir, car il a dit à plusieurs reprises qu’il démissionnerait si les droits des francophones n’étaient pas respectés », note le politologue.

Le premier ministre s’appuie, de plus, sur deux francophones au sein de son bureau, aux postes stratégiques de chef de cabinet et secrétaire principal, Louis Léger et Paul D’Astous.

Décision insidieuses

Reste que certaines décisions ont envoyé un mauvais signal à la communauté acadienne, comme l’annulation des Jeux de la Francophonie, décidée en janvier.

« Le gouvernement était prêt à respecter l’engagement de son prédécesseur, mais il a abandonné en voyant les coûts exploser. On voit d’ailleurs que le Québec, après y avoir songé à Sherbrooke, a lui aussi estimé qu’il ne pouvait pas se le permettre financièrement. On parle pourtant d’une province de 8,39 millions de personnes contre 770 000 au Nouveau-Brunswick », rappelle M. Ouellette.

Le politologue note que le gouvernement s’est engagé à maintenir le soutien financier promis au Congrès mondial acadien, qui se tiendra du 10 au 24 août à l’Île-du-Prince-Édouard et dans le Sud-est du Nouveau-Brunswick, jusqu’à un montant maximal de 3 millions de dollars.

Un événement auquel le premier ministre a d’ailleurs invité la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, quand le ministre Robert Gauvin s’est rendu à Paris, en février, pour expliquer le retrait de sa province de l’organisation des Jeux de la Francophonie.

Mais le portrait n’est pas idyllique, souligne M. Melanson.

« En fait, ça se passe comme je l’avais imaginé. On finit par nous soutirer des choses qui ne sont pas de l’ordre de nos droits fondamentaux, de manière plus insidieuse. On l’a vu dans le dossier de la gratuité scolaire pour les étudiants des familles moins nanties, par exemple. C’étaient majoritairement des jeunes qui venaient de la péninsule acadienne qui en bénéficiaient. En prenant cet argent pour le remplacer par un programme de bourses élargi, accessible aux étudiants des universités et collèges privés, le gouvernement prend de l’argent qui allait à la communauté acadienne pour le redonner à sa base et à celle de Kris Austin, afin de regagner les sièges de l’Alliance. »

Une réalité suffisante pour que les Acadiens restent vigilants, note M. Ouellette.

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