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Barrages à la frontière Ontario-Québec : une nouvelle réalité à Temiskaming Shores

Temps de lecture : 4 minutes

TEMISKAMING SHORES – Dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue, la frontière fait partie du quotidien de bien des gens, tant pour les travailleurs que pour ceux qui veulent simplement faire leurs emplettes. Toutefois, avec de nouvelles mesures pour contrer la propagation de la COVID-19, des Ontariens et des Québécois tentent de négocier avec les restrictions aux frontières.

Jean Trudel habite à Temiskaming Shores, en Ontario, mais opère sa cabane à sucre, La Bouillotte Trudel, à Angliers, au Québec.

« La saison commence, donc il faut que je sois là tous les jours pour au moins un autre deux-trois semaines, là », explique-t-il.

Même après que les restrictions ont été mises en place par le Québec quant à l’accès à son territoire, M. Trudel continuait de traverser la frontière au quotidien.

« Au début, on y allait à deux ou trois gars à la fois, et ils nous laissaient passer, pas de problème », raconte-t-il. « Un bon matin, on est arrivé et ils nous ont dit : “Plus question. Ça ne passe plus, ce n’est pas essentiel”. Ça fait qu’on a viré de bord et on est rentré chez nous. »

M. Trudel s’inquiétait donc des conséquences économiques de cette mesure.

« On perdrait toute l’année d’un coup », dit-il. « Mon petit-fils est à Angliers en ce moment, donc il est allé seul pour essayer de faire un peu de sirop. Mais tout seul, c’est dangereux. Tu pourrais te brûler. »

C’est à ce moment que M. Trudel a découvert que le gouvernement du Québec a déclaré que les érablières sont un « service essentiel ». Il a donc tenté sa chance de nouveau.

Même lors d’une pandémie, Jean Trudel continue de travailler à son érablière. Crédit photo : La Bouillotte Trudel.

« C’est mon fils qui m’a envoyé ça. Je l’ai imprimé et je l’ai amené avec moi. Mais une fois à la frontière, lundi matin, tout s’est bien passé. Pas de question, pas rien… Je ne sais pas pourquoi. »

Des règles floues

La sergente Nancy Fournier, agente des communications avec la Sûreté du Québec, explique que les agents à la frontière doivent juger sur le terrain si un passage est essentiel ou non.

« C’est impossible de vous dire juste comme ça qui peut passer et qui ne peut pas. C’est vraiment du cas par cas. Il y a tellement de questions et de sous-questions qui font en sorte qu’une personne peut passer et qu’une autre ne peut pas. »

Lorsqu’interrogée s’il est possible de traverser la frontière pour faire ses épiceries, Mme Fournier affirme qu’elle « ne peut pas répondre à ça » et que les policiers décideront aux points de contrôle.

Une Ontarienne qui souhaite rentrer chez elle

Les Québécois qui travaillent en Ontario – comme les Ontariens qui travaillent au Québec – peuvent présenter une note de leur employeur qui explique que leur poste est essentiel et qu’ils ne peuvent pas travailler à distance. Les policiers à la frontière les laisseront donc passer.

Toutefois, Sylvie Rivard se trouve dans une situation particulière. Elle est bel et bien une Ontarienne qui travaille en Ontario, mais elle vit temporairement dans son chalet, du côté québécois.

« J’ai vendu ma maison en Ontario », explique-t-elle. « En attendant de rebâtir, mon mari et moi habitons à notre chalet, près de Notre-Dame-du-Nord. »

Après avoir traversé la frontière pour se rendre au travail pendant quelques jours, Mme Rivard s’est retrouvée à la merci de la décision des policiers sur le terrain.

« Tout dépendait des agents que je rencontrais à la frontière », raconte-t-elle. « La semaine dernière, on me laissait passer. Mais on me disait souvent qu’avec mes plaques d’immatriculation de l’Ontario, qu’on ne me laisserait peut-être pas rentrer chez moi en soirée. »

« Vendredi dernier », poursuit-elle, « on m’a donné un peu plus de misère. L’agent ne voulait absolument pas que je rentre chez nous. Ça a tout pris pour le convaincre. »

Pour éviter les ennuis, Mme Rivard a trouvé une solution de rechange.

« Je vis chez ma sœur en attendant, mais ça m’inquiète de ne pas savoir quand je pourrai rentrer chez moi. Je ne veux pas rester là plusieurs mois. »

Une « bonne chose » pour les commerces de la région

Marie-Pier Valiquette habite dans la municipalité régionale de comté de Témiscamingue, au Québec. Les gens de sa région ont aussi l’habitude de se déplacer du côté ontarien.

« Je ne suis pas de celles qui vont en Ontario pour faire l’épicerie, mais c’est le cas de bien des gens ici. On est à 45 minutes de North Bay, qui est beaucoup plus gros et a plus de magasins à offrir. »

Selon elle, la fermeture temporaire de la frontière pourrait avoir un impact positif sur les commerces de sa région.

« Ici, l’épicerie a eu ses difficultés par le passé. On a été presque trois ans sans épicerie, après un conflit syndical. Depuis qu’elle a rouvert, je pense que c’est important de l’encourager. »

Elle sympathise toutefois avec les plus petits villages du côté ontarien qui n’ont pas tous les magasins nécessaires.

« Il y a trois petits villages de l’autre côté de la rivière : Eldee, Thorne et Wyse. Ils sont à cinq minutes d’ici, et la plupart d’entre eux travaillent à l’usine. Selon les nouvelles règles, ils peuvent encore venir travailler, mais ils ne peuvent plus venir faire leurs emplettes. »

Pour remédier à la situation, l’épicerie et la pharmacie de Témiscamingue offrent désormais un service de livraison interprovincial.

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