#Francophonie, #Ontario

Bientôt une politique du livre francophone en Ontario?

Pixabay

OTTAWA – L’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF) continue de travailler sur une politique du livre afin de favoriser le développement et l’épanouissement du secteur littéraire franco-ontarien. Une ébauche devrait être prête pour le printemps prochain.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Alors que le Québec œuvre actuellement à une révision de sa Loi du livre, dite loi 51, pour 2019, l’Ontario français lorgne avec intérêt sur la province voisine et son arsenal législatif afin de promouvoir et développer la littérature franco-ontarienne.

«Mais on ne peut pas se comparer», nuance Marc Haentjens, directeur général des Éditions David. «La Loi sur le livre au Québec régit tous les joueurs de l’industrie. En Ontario, on aurait davantage besoin d’une réglementation qui toucherait uniquement le milieu du livre francophone.»

Toujours est-il que depuis un an, l’idée lancée en 2007, à l’issue du Forum de concertation du livre franco-ontarien, a repris en consistance pour répondre au manque de visibilité des œuvres franco-ontariennes et aux fermetures, ces dernières années, de plusieurs librairies de langue française, à Toronto, Windsor et Sudbury.

Le directeur général de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), Yves Turbide. Crédit image: AAOF

«Nous avons déjà le squelette et espérons terminer une première version au printemps pour la faire valider par la Table de concertation du livre franco-ontarien, puis la présenter aux ministères concernés et aux conseils scolaires», explique Yves Turbide, directeur général de l’AAOF.

Ce dernier souhaiterait également prendre le pouls des librairies indépendantes anglophones pour connaître leur intérêt dans le dossier.

 

Une politique en quatre axes

La politique prendrait le nom de «Politique du livre et de la lecture» et contiendrait quatre axes.

Elle établirait notamment une politique des achats afin de s’assurer que les conseils scolaires et les bibliothèques publiques se fournissent auprès des librairies franco-ontariennes.

«À court terme, cela pourrait coûter un peu plus cher aux conseils scolaires. Ce sera sûrement la principale difficulté. Mais il faut voir l’impact que cela pourrait avoir! Je pense que cela permettrait de voir d’autres librairies ouvrir et d’en faire les points de convergence de la littérature franco-ontarienne», argumente M. Turbide.

La politique viserait également à sensibiliser le gouvernement afin qu’il donne à l’AAOF et aux maisons d’édition les moyens de faire connaître et promouvoir les ouvrages et les auteurs franco-ontariens.


«Il est minuit moins 5 pour la vente de livre francophone en Ontario!» – Yves Turbide, directeur général AAOF


L’association souhaiterait également que soient instaurés des cours de littérature franco-ontarienne au niveau postsecondaire pour les étudiants des programmes francophones de littérature et d’éducation. Enfin, la politique encouragerait les conseils scolaires à parler des auteurs franco-ontariens et à les rendre plus présents dans les écoles.

 

Un problème de visibilité

L’idée a de quoi séduire, reconnaît le fondateur de la librairie Le Nord, à Hearst, Omer Cantin.

«Ce serait un grand pas en avant si les bibliothèques publiques et les conseils scolaires de langue française s’approvisionnaient dans les libraires locales au lieu d’acheter en ligne, dans les grandes enseignes ou au Québec. J’aimerais ça, pouvoir consacrer une aile complète aux livres franco-ontariens et que soit étudiée la littérature d’ici dans les écoles.»

La librairie Le Nord, à Hearst. Crédit image: capture d’écran

M. Cantin plaide pour que la littérature franco-ontarienne s’insère à tous les niveaux scolaires.

«Pour le développement et la survie de la francophonie ontarienne, la littérature, c’est un service essentiel!», lance-t-il.

Le directeur général des Éditions David, qui publie entre 15 et 20 ouvrages par année, souligne que de petites mesures ont été mises en place pour imposer l’étude d’œuvres littéraires franco-ontariennes dans les écoles, mais qu’elles ne sont pas toujours appliquées.

«Il faut faire comprendre aux conseils scolaires et aux bibliothèques l’importance pour les jeunes d’être en contact avec les auteurs franco-ontariens. Actuellement, on doit aller au Québec pour faire connaître nos auteurs.»

Dans sa librairie, M. Cantin explique vendre principalement des succès internationaux et des auteurs québécois, «surtout lorsque ceux-ci sont passés la veille en entrevue à l’émission Tout le monde en parle».

«Peut-être que si nos auteurs étaient plus visibles dans les médias nationaux, cela aiderait. Actuellement, ils souffrent d’un manque de visibilité.»

Pour M. Haentjens, la Politique du livre et de la lecture ne pourra voir le jour sans un appui du gouvernement.

«C’est un gros chantier et nous avons besoin d’un écho au gouvernement provincial, notamment de la ministre aux Affaires francophones, pour porter le dossier.»

#ONfr vous propose une série d’articles sur les enjeux culturels en Ontario, dans le cadre de son Facebook Live avec la ministre du Tourisme, de la Culture, et du Sport, Eleanor McMahon, lundi 27 novembre à 13h. 

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

Faut-il une politique du livre francophone en Ontario?

ANALYSE : Librairies franco-ontariennes: un chapitre difficile

CHRONIQUE: Nos librairies en crise

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.