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Bilinguisme de Greenstone: peu de concret des candidats à la mairie

L'hôtel de Ville de Greenstone, dans le nord de l'Ontario Crédit image: Maxime Delaquis

GREENSTONE – Le maire sortant de Greenstone, Renald Beaulieu, avait invité les citoyens à se lever et à se faire entendre s’ils voulaient de meilleurs services en français. Ils l’ont fait en déposant une pétition, en juillet dernier. Mais alors que la campagne électorale bat son plein, les deux candidats à la mairie sont dorénavant très timides sur la question et refusent de s’engager.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Je suis francophone, mes enfants sont francophones, je crois profondément en la francophonie. Mais ces citoyens sont venus un peu tard, juste avant l’élection. On ne pouvait plus agir», explique le maire sortant, Renald Beaulieu. L’argent est le nerf de la guerre, selon lui.

«On veut être capable d’accommoder les gens, mais on fait le mieux qu’on peut avec les ressources que l’on a. Il faut être responsable avec nos finances et tout regarder, il faut faire une analyse des coûts. Je ne veux pas en faire une guerre. La réponse viendra avec le prochain conseil municipal», affirme-t-il, sans vouloir s’engager formellement. «Mais je vais être capable de soutenir ma langue», ajoute-t-il.

Son adversaire à la mairie, Eric Pietsch, demeure lui aussi timide lorsqu’interrogé sur ce dossier chaud de la communauté.

«Le nouveau conseil doit rencontrer la communauté francophone et savoir ce que la communauté souhaite. Ce n’est pas aussi simple que de dire: on offre tous les services en français et en anglais. Ils doivent comprendre qu’il y a de gros coûts associés à cela», dit-il. «La plupart ne veulent pas une ville bilingue. Si on avait besoin d’un traducteur à temps plein, alors peut-être qu’on pourrait obtenir une subvention de la province?», lance-t-il, sans vouloir prendre une position tranchée sur la question.

Greenstone compte environ 30 % de francophones, mais les documents de la Ville et la quasi-totalité des services ne sont pas offerts en français. Une situation inacceptable, selon des dizaines de citoyens. Ils ont brisé le silence dans un article publié au printemps par #ONfr. Puis, ils se sont regroupés et ont déposé une pétition à l’hôtel de Ville.

Le citoyen de Greenstone, Robert Gélineault. Crédit image: Maxime Delaquis

Robert Gélineault est l’un de ces citoyens. «Ce qui semble inquiéter les candidats, c’est l’idée de devoir traduire tous les statuts et règlements en français et en anglais. Mais ce n’est pas ce qu’on demande», insiste-t-il. Les citoyens mobilisés sont pragmatiques, dit-il.

«Nous, ce qu’on veut, c’est que la Ville communique avec nous de manière bilingue, qu’on parle des dépliants ou encore, des autres informations municipales. Plusieurs citoyens ne comprennent pas l’anglais, il faut s’en occuper», explique M. Gélineault. Il s’est fait dire par l’appareil municipal qu’un comité devrait voir le jour, en janvier, pour étudier la question du bilinguisme. «C’est un peu loin. Mais on va demeurer mobilisé et on agira s’ils ne font rien», insiste-t-il.

 

La course à la mairie: les propositions des deux candidats

Renald Beaulieu veut finir le travail

Renald Beaulieu dit être connu de tous à Greenstone. Au pouvoir depuis huit ans, il souhaite continuer à travailler pour augmenter le sentiment d’appartenance à cette ville formée de sept villages qui s’étendent sur un immense territoire. Le projet de mine à Geraldton fait rêver bien des citoyens, le maire sortant espère que les choses débloqueront.

«J’ai les bons contacts, je veux terminer ça», dit-il à ce sujet. Un autre dossier sera sur sa table s’il est réélu. «Ma grosse priorité pour le prochain mandat: il va y avoir des coupures qui vont se faire. Il y a beaucoup de duplicatas. On a plusieurs arénas, quatre clubs de curling, plusieurs usines de filtration… Par exemple, a-t-on besoin de trois parcs à Nakina? Peut-être qu’un parc en très bon état serait parfait. Il faudra faire un inventaire et décider pour le bien des payeurs de taxes», insiste-t-il.

Renald Beaulieu, le maire sortant. Archives #ONfr

En entrevue avec #ONfr, son adversaire Eric Pietsch vante le travail du maire sortant, mais se permet une attaque bien sentie. «Je ne voyage pas, je serai présent dans la communauté douze mois par année», lance-t-il, en référence au séjour annuel du maire sortant dans le sud des États-Unis.

Renald Beaulieu avale difficilement la flèche lancée à son endroit. «Je donne énormément de temps à mon travail de maire. Mais après la dernière assemblée de décembre et jusqu’au milieu janvier, je pars en vacances. On ne siège pas! Je continue à être disponible en tout temps et parle au directeur de la Ville cinq fois par jour. Je crois que je mérite un peu de temps pour moi pendant le temps des fêtes!», réplique-t-il.

 

Son adversaire veut faire des économies

Eric Pietsch se présente contre le maire sortant, car il veut faire les choses différemment. «J’ai un style de leadership différent, je suis plus jeune, j’aime l’idée de Greenstone, mais il faut changer les mentalités. Il faut arrêter d’avoir un agenda et faire les choses autrement», affirme-t-il.

Comme M. Beaulieu, il souhaite mettre la hache dans les doublons en matière d’infrastructures ou de services. «On a plusieurs patinoires, casernes de pompiers, usines de filtration… avec seulement 5 000 citoyens. C’est trop. Par exemple, on a trois camions de poubelles, il faut faire des économies!», dit-il, tout en précisant qu’il ne souhaite pas réduire les services à la population. Comment compte-t-il y arriver? «Il faudra être créatif», se limite-t-il à répondre.

Eric Pietsch, candidat à la municipalité. Gracieuseté.

Il compte aussi se dédier au projet de mine et bâtir les infrastructures nécessaires, s’il va de l’avant. L’emploi sera d’ailleurs l’une de ses priorités, s’il est élu. «Tout le monde dit qu’il n’y a pas d’emplois à Greenstone, alors qu’actuellement, il y a 100 postes de disponibles. Le problème est ailleurs: on doit avoir plus d’emplois mieux payés. Je vais y travailler.»

 


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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.