#Francophonie, #Ontario

Face aux critiques, un maire prêt à rendre sa Ville bilingue

L'hôtel de Ville de Greenstone, dans le nord de l'Ontario Crédit image: Maxime Delaquis

GREENSTONE – Des citoyens francophones de Greenstone, une municipalité du Nord de l’Ontario, n’en peuvent plus de recevoir les documents de leur Ville seulement en anglais. Interpellé à ce sujet par #ONfr, le maire de Greenstone n’a pas été par quatre chemins: il dit être prêt à rendre la Ville officiellement bilingue, si les citoyens se mobilisent en ce sens.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Depuis la fusion, tous les documents et les communications de la Ville sont en anglais», s’attriste Sylvie Payeur, une citoyenne de Longlac, également présidente du Conseil scolaire des Aurores boréales. «On peut malheureusement conclure que les francophones ont perdu du terrain avec la fusion», ajoute-t-elle.

La municipalité de Greenstone a vu le jour le 1er janvier 2001, suite à l’amalgamation des villages de Beardmore, Caramat, MacDiarmid, Jellicoe, Nakina, Longlac et Geraldton. Les francophones composent environ 30 % de la population de la nouvelle ville. À Longlac, cette proportion atteint même 40 %.

Si le drapeau franco-ontarien flotte fièrement devant l’hôtel de ville, les communications de la municipalité se font à peu près toutes en anglais.

«Avant à Longlac, tous les documents et les services étaient disponibles en français. Ce n’est plus le cas avec Greenstone et quand on appelle pour les avoir, on me dit que ça a été envoyé à la traduction, mais je ne reçois ensuite jamais de nouvelles», confie-t-elle.

Robert Gélineault, président du Centre culturel francophone de Geraldton, est du même avis. «Nous sommes dans une région qui s’est développée avec les mines et la foresterie. Nos francophones ont travaillé comme bûcherons, ce sont des ouvriers qui n’ont pas appris l’anglais. Ils ont vieilli et ils auraient besoin de communications en français», confie celui qui habite à Geraldton, un secteur où environ 25 % des citoyens sont francophones. «Plusieurs ont de la difficulté, ils ne comprennent pas tout ce que la Ville leur fait parvenir», ajoute-t-il.

Robert Gélineault, président du Centre culturel francophone de Geraldton. Crédit image: Maxime Delaquis

Ils ne sont pas les seuls. D’autres citoyens ont confié, sous le couvert de l’anonymat, souffrir de la situation actuelle. «J’ai fait des plaintes à la Ville et rien ne change. Il y a de nombreux citoyens unilingues ici et vous savez-quoi? Ils payent aussi des taxes. Pourquoi n’ont-ils pas accès aux documents aussi en français?», s’interroge un citoyen. Un autre renchérit: «Le gouvernement a-t-il oublié les francophones du nord? Pourquoi il tolère cette situation? Nous sommes des milliers à être forcés de communiquer avec la Ville dans une langue où nous ne sommes pas confortables», lance-t-il.

 

La balle dans le camp des francophones

Le maire de Greenstone, Renald Beaulieu, est francophone. En fait, la moitié du conseil municipal est composé de Franco-Ontariens. «Greenstone n’est pas une municipalité bilingue. Elle est unilingue», tranche le maire Beaulieu. Mais le maire se montre ouvert à l’idée de changer les choses. «Définitivement, si la demande est là. Ce n’est pas la première fois que je le dis, c’est quelque chose qui peut arriver», dit-t-il. «Il ne faut pas transformer ça en bataille, il faut rendre ça positif», insiste cependant M. Beaulieu.

Avant la fusion, Renald Beaulieu a été maire de Longlac de 1982 à 1994. Les citoyens se rappellent qu’il faisait tout pour offrir des services en français aux francophones. Pourquoi n’a-t-il pas été dans le même sens en devenant maire de Greenstone?

«Quand je suis devenu maire de Greenstone, ce n’était pas officiellement bilingue comme l’était Longlac. Il y avait plusieurs gros dossiers et c’était très complexe après la fusion. Je suis très fier de ce qu’on a fait depuis huit ans. Là, maintenant, c’est aux francophones à venir faire la demande officielle, si c’est ce qu’ils veulent. Je ne peux offrir de garanties, mais je vais faire ce que je peux pour appuyer la démarche», soutient-il.

Sylvie Payeur affirme que les villes qui sont situées dans des régions désignées en vertu de la Loi sur les services en français (Loi 8) devraient aussi avoir à offrir des services en français. Actuellement, seules les institutions gouvernementales ontariennes doivent le faire dans ces régions.

«La Loi 8 devrait aussi s’appliquer aux villes qui ont une grande population francophone. On veut accueillir des francophones dans nos régions avec l’immigration, mais si on ne peut pas les servir dans leur langue, on ne les gardera pas», lance-t-elle.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.