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Bilinguisme: la Ville d’Ottawa délaisse l’argent du fédéral

L'hôtel de ville d'Ottawa. Archives #ONfr

OTTAWA – Depuis 2015, la Ville d’Ottawa n’a déposé aucune demande pour obtenir l’argent pourtant disponible du gouvernement fédéral pour appuyer le bilinguisme dans la capitale nationale, a appris #ONfr.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Par le biais du Programme d’appui aux langues officielles, le gouvernement fédéral propose une enveloppe «pour appuyer la Ville dans la mise en œuvre de sa politique de bilinguisme et l’amélioration de la prestation de ses services municipaux en français, compte tenu de son rôle en tant que capitale nationale».

Ainsi, en 2006-2007, une somme de 500 000 $ avait été versée par le gouvernement fédéral à la Ville d’Ottawa, puis 430 000 $ pour 2007-2009, 375 000 $ pour 2009-2010 et 300 000 $ pour 2010-2012. En 2012-2013, alors que l’enveloppe disponible était de 300 000 $, la ville n’en a dépensé que 75 000 $. Ensuite? Plus rien ou presque, selon les chiffres du ministère du Patrimoine canadien.

La Ville d’Ottawa a bien fait une demande de 175 000 $ en 2014-2015, mais celle-ci a été refusée. Et depuis trois ans, elle n’a plus formulé aucune demande de financement, alors que des fonds étaient disponibles, selon le ministère, qui refuse toutefois d’indiquer un montant précis.

 

Pas d’argent pour promouvoir le bilinguisme?

Cette information est d’autant plus surprenante que le maire sortant de la Ville d’Ottawa, candidat et favori à sa succession, Jim Watson expliquait récemment que la municipalité n’avait pas assez d’argent pour faire la promotion du bilinguisme.

«Nous n’avons pas beaucoup de budget pour la publicité, car on a coupé le budget de la publicité. La grande moitié de la population sait que la ville est bilingue, et nous avons l’information des services en français sur notre site web», faisait part le premier magistrat à l’issue de la cérémonie du Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.

Le maire d’Ottawa, Jim Watson. Archives #ONfr

La politologue et militante pour le bilinguisme officiel d’Ottawa, Linda Cardinal, ne se montre pas surprise.

«On entend souvent dire que les services en français coûtent cher et qu’il n’y a pas de financement, mais l’argent est là, disponible, et la ville devrait s’en servir! Avec de telles sommes, la Ville d’Ottawa pourrait se doter d’un plan stratégique pour améliorer les services en français, réorganiser la Direction des services en français… Elle pourrait tellement faire plus! Il y a un manque de volonté de la Ville et c’est le maire qui en porte la responsabilité.»

 

L’ACFO savait, pas Fleury

La présidente de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa), Soukaina Boutiyeb, est au courant de ces sommes non utilisées. Elle explique que la question a été posée récemment au maire, sans réponse claire de sa part.

«Nous encourageons la Ville à utiliser cet argent. Mais on veut aussi que la Ville cesse d’en faire toujours une question financière et parle davantage de desservir la communauté franco-ontarienne équitablement, en faisant les investissements que cela nécessite.»

La présidente de l’ACFO Ottawa, Soukaina Boutiyeb. Archives #ONfr

La politologue de l’Université d’Ottawa tente d’expliquer cette situation.

«Il est certain qu’en acceptant du financement externe, cela peut venir avec des conditions. Le maire ne veut peut-être pas être imputable. Pour lui, la ville fait déjà assez bien.»

Le conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, se montre surpris, mais corrobore les propos de Mme Cardinal.

«C’est la première fois que j’entends ça! Je savais qu’il y avait de l’argent de prévu dans le récent Plan d’action pour les langues officielles, mais je ne savais pas qu’il y avait aussi cette enveloppe. Mais c’est aussi la responsabilité du gouvernement fédéral de nous en informer. Il se peut aussi que parfois, les critères du fédéral ne desservent pas les mêmes objectifs que ceux de la ville.»

Et de poursuivre: «On s’est battu pour l’officialisation du bilinguisme de la ville qui est un élément symbolique. Maintenant on doit passer à la prochaine étape de développer un plan stratégique pour voir les objectifs qu’on se donne en matière de services. Ce n’est pas qu’une question d’argent, il faut aussi avoir une vision avant d’aller chercher les fonds disponibles.»

 

Bientôt de nouvelles sommes

À ces sommes non utilisées s’ajoutera bientôt une autre enveloppe du gouvernement fédéral. En mars dernier, au moment de dévoiler le nouveau Plan d’action pour les langues officielles, la ministre Mélanie Joly annonçait 2,5 millions de dollars sur cinq ans pour des partenaires comme la Ville d’Ottawa ou des organismes communautaires qui favoriseront le caractère bilingue de la capitale du Canada.

Mme Cardinal préconise que le gouvernement fédéral favorise les organismes communautaires et leur reverse également l’argent non utilisé par Ottawa, sous certaines conditions.

«Ce serait intéressant pour un gouvernement qui préconise le «par et pour» la communauté. Celle-ci contrôlerait ainsi son développement et pourrait établir des partenariats avec les zones d’aménagement commercial, par exemple, ou Tourisme Ottawa…»

Si Mme Boutiyeb explique que des discussions sont en cours pour obtenir du financement de la nouvelle enveloppe de 2,5 millions dollars, elle se montre moins enthousiaste pour récupérer l’ensemble des sommes non utilisées.

«Donner cet argent aux organismes ne réglerait pas le problème et ça pourrait même décharger la Ville de ses  responsabilités par rapport aux citoyens. La société civile ne peut pas tout faire!»

Approché par #ONfr à plusieurs reprises, le maire d’Ottawa Jim Watson n’était pas disponible pour répondre à notre demande d’entrevue au moment de publier cet article.

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

Pas d’argent pour la promotion du bilinguisme officiel, dit Watson

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.