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Bilinguisme sur les médias sociaux : Trudeau et Scheer bons élèves, Singh et May à la traîne

Alors que la campagne pour les élections fédérales entre dans sa quatrième semaine, ONFR+ s’intéresse à la place du français dans la communication des six chefs fédéraux. Facebook, Twitter ou encore Instagram, les trois plateformes sont des espaces privilégiés et instantanés pour parler avec les électeurs. Notre constat : seuls le libéral Justin Trudeau et le conservateur Andrew Scheer ont des communications parfaitement bilingues.

En guise de méthode et pour mieux cerner cette tendance, ONFR+ s’est basé sur les messages écrits par les élus durant ces trois semaines de campagne, comprendre du 11 septembre au 1er octobre.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh et son homologue du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, n’ont manifestement pas le réflexe de mettre leurs messages dans les deux langues sur les médias sociaux.

Malgré tout, le chef du PPC parvient à communiquer de manière équitable en français et en anglais. Ce n’est pas le cas pour son homologue néo-démocrate. Sur Facebook par exemple, environ 80 publications ont été faites par M. Singh depuis le 11 septembre. D’après nos données, 31 étaient en français ou au moins bilingues, une proportion aux alentours des 40 %.

Instagram unilingue pour Singh, Facebook en anglais pour May

Si Maxime Berner s’est contenté d’un seul message sur Instagram depuis le début de la campagne, en revanche le chef néo-démocrate l’utilise beaucoup plus fréquemment. Mais sur la vingtaine de messages postés par le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) depuis le 11 septembre, tous sont uniquement en anglais.

Capture écran du compte Instagram de Jagmeet Singh.

Les choses empirent même si l’on observe les messages de la chef du Parti vert Elizabeth May. Bilan ? Aucune communication en français sur son Facebook. Sur Twitter, deux comptes, l’un en français très peu utilisé, l’autre en anglais avec plusieurs messages par jour.

« Ça démontre qu’il n’y a pas un réflexe de bilinguisme dans les équipes de communication », analyse la politologue du Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard.

« Malgré le fait que certains partis soient plus à gauche, plus réceptifs à un soutien des communautés linguistiques, les communications ne suivent pas. Il faut aussi voir que le Parti conservateur a, par exemple, une expérience du gouvernement et connaît l’obligation de communiquer dans les deux langues. Aussi, les libéraux et les conservateurs ont plus de ressources financières pour avoir une équipe de communication bilingue tout simplement. Il y a aussi l’idée qu’on ne comprenne pas la valeur de communiquer dans les deux langues dans beaucoup de partis. »

Informée de nos données, la Fédération de communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada dresse un constat de désolation.

« J’arrive à une seule conclusion : en 2019, les chefs doivent réaliser que c’est le tribunal public qui les jugera pour non-utilisation des deux langues officielles », affirme le président Jean Johnson.

Cette manière de faire « incompréhensible » reste avant tout pour le leader de la FCFA un « manque de compréhension de l’importance aux deux langues officielles », plus qu’un argument budgétaire.

Situations loufoques

Tresser des couronnes aux conservateurs et aux libéraux serait tout de même inapproprié, estime Mme Chouinard. « Il peut y avoir des situations loufoques et troublantes, même quand le message est traduit en français. »

Pour exemple, la politologue cite la version française de la chanson de campagne du Parti libéral du Canada (PLC) dont la traduction laissait à désirer. Autre cas : le tweet d’Andrew Scheer il y a quelques jours où le chef conservateur parlait d’un « bat magique » pour décrire un bâton de baseball.

De là à parler de plus d’erreurs que lors des précédentes campagnes électorales ? « Ça n’a jamais été parfait, mais les erreurs sont maintenant plus flagrantes, du fait que les réseaux sociaux accordent plus d’importance aux messages immédiats, à la rétroaction rapide avec les électeurs. De ce fait, les vérifications sont souvent outrepassées pour Facebook, Instagram, et Twitter. »

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson. Archives ONFR+

Pour Jean Johnson, il sera « difficile » de légiférer, voire d’intégrer les communications des élus dans une Loi sur les langues officielles modernisée. Pour l’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire, tout doit passer par la sensibilisation.

« Quand on rencontre les députés ou candidats, on donne le message qu’il faut être franco-responsable, capable de communiquer dans les deux langues sur les médias sociaux et de parler en français quand on cogne aux portes. »

Un seul des six chefs fédéraux communique exclusivement en français : le bloquiste Yves-François Blanchet. « Il a peut-être oublié qu’il y a des anglophones au Québec », grince Jean Johnson.

« Même s’il est souverainiste, il a parlé de la modernisation de la Loi sur les langues officielles et comment il allait faire pour y arriver. Il ne doit pas y avoir deux poids, deux mesures, bien qu’on s’entende que c’est un parti qui ne nomme des candidats qu’au Québec. »

À noter que le NPD et le Parti vert n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.

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