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Budget de l’Ontario : l’aide se poursuit pour les organismes francophones

Temps de lecture : 5 minutes

TORONTO – Confrontés à la pandémie, les organismes francophones bénéficieront d’un nouveau coup de pouce gouvernemental. Dans son budget déposé ce mercredi, le gouvernement débloque un troisième million de dollars pour leur venir en aide.

Le « Fonds de secours pour les organismes francophones sans but lucratif suite à la COVID-19 » est renouvelé à raison d’un million de dollars supplémentaires.

Dans le dernier budget déposé en novembre, le gouvernement s’était engagé à deux millions de dollars pour « assurer leurs coûts de fonctionnement, notamment pour prévenir les fermetures ainsi que retenir et recruter du personnel bilingue compétent ».

Dans le document budgétaire de mercredi, le gouvernement explique que ce « fonds est essentiel pour que le réseau d’organismes francophones sans but lucratif puisse continuer de contribuer dans une mesure importante à la vitalité de la communauté franco-ontarienne ».

Fragilisés par la COVID-19, et la baisse de leurs revenus, plusieurs organismes francophones peinent à joindre les deux bouts. Certains s’accrochent, hésitant à mettre la clé sous la porte.

D’habitude nuancé lors des dépôts budgétaires, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ne tarit pas d’éloges sur le document. « Nous sommes très heureux », reconnaît Carol Jolin, en entrevue pour ONFR+.

« C’est vraiment un budget pour la relance économique franco-ontarienne. De un, les organismes vont pouvoir passer la crise, et de deux, participer à la relance qui va s’opérer. »

« Entre mars et août 2020, on a vu une nette augmentation des organismes en danger, et les fonds nous ont donné un bon coup de main. Reste que plusieurs de ces organisations avaient des activités de prélèvements de fonds, des festivals qui ne pourront pas se faire de nouveau cette année. Il faut donc continuer. »

Le président de l’AFO, Carol Jolin. Archives ONFR+

Ce coup de pouce s’ajoute à l’enveloppe de 1,5 million de dollars du Fonds d’aide et de relance pour entreprises et organismes francophones du sud de l’Ontario (FAREOSO), financée par le gouvernement du Canada par l’entremise de l’Agence fédérale pour le développement économique pour le sud de l’Ontario (FedDev Ontario).

Du côté du Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO), on accueille avec plus de circonspection ce budget 2021.

« Il s’agit d’un budget prudent, mais qui fait des investissements insuffisants mais bien ciblés », exprime son directeur général Julien Geremie. « On voit bien que le gouvernement ne veut pas faire de gros investissements, mais plutôt sauver les meubles et relancer des secteurs à l’arrêt depuis un an. En conséquence, l’emphase n’est pas mise sur la francophonie. »

Reconduction du PAFO sur trois ans

Le gouvernement Ford cite aussi un investissement pour « mieux répondre au besoin et à la demande de soutien accru des organismes y compris, les entreprises sociales et les petites entreprises, qui desservent la communauté francophone de l’Ontario ».

Au moment de mettre ces informations sous presse, ce dernier n’avait pas précisé si cette enveloppe correspondait au Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) ou à un autre financement. Selon nos informations, il semble toutefois qu’il s’agisse d’une reconduction du PAFO sur trois ans, avec une enveloppe annuelle de deux millions de dollars. 

Conséquences de ces octrois aux différents organismes : le budget du ministère des Affaires francophones atteindra 8,8 millions de dollars pour 2021-2022, ce qui constitue un record.

Au-delà de ces annonces, le porte-parole néo-démocrate aux Affaires francophones, Guy Bourgouin, aurait aimé avoir des actions plus concrètes. « On va continuer à décortiquer ce budget, mais je m’attendais à quelque chose sur l’Université Laurentienne, ou bien à une annonce sur l’immigration francophone, mais je n’ai rien vu », dit-il à ONFR+.

En dépit de son enthousiasme, Carol Jolin concède un manque sur le dossier de l’immigration francophone. 

« Nous aurions aimé voir du financement pour un service d’établissement francophone dans le Nord. »

La coopération avec le Québec relancée

Petite surprise pour les francophones : le gouvernement s’engage concrètement à une meilleure collaboration avec le Québec. L’équipe Ford consacrera annuellement 250 000 $ pour les trois prochaines années à l’appui de projets interprovinciaux menés par des organismes franco-ontariens, dans le cadre de l’Accord de coopération et d’échanges entre le Québec et l’Ontario en matière de francophonie.

« Notre province est déterminée à maintenir les relations étroites qu’elle entretient avec ses partenaires provinciaux, y compris le Québec. »

Le premier ministre désigné du Québec, François Legault, et le premier ministre de l’Ontario Doug Ford. Montage ONFR+

Déjà en 2016, l’Ontario et le Québec avaient renouvelé leur engagement financier pour des échanges culturels. Les deux provinces s’étaient engagées à soutenir des projets de développement en culture, en éducation, en immigration, en petite enfance, en jeunesse, en santé et en tourisme, à raison de 100 000 $ par an de chacun de leur budget.

Selon nos informations, le projet n’avait pas été renouvelé lors de l’arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs en 2018.

L’éducation : la déception

Reste que les syndicats d’enseignants attendaient beaucoup de ce budget 2021. À commencer par l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) qui exigeait des mesures sécuritaires renforcées dans les écoles face à la pandémie. 

Bien que les conseils scolaires obtiendront une enveloppe de 381 millions de dollars pour le système de ventilation, d’autres obstacles sont toujours là, estime la présidente Anne Vinet-Roy, lors de notre Facebook en direct ce mercredi. 

« Il n’y a eu aucune mention au niveau du nombre d’élèves par classe, la distanciation physique n’est pas possible, les classes sont surpeuplées. Le personnel scolaire contrôle ce qu’il peut, mais il y a des tas de choses qu’on ne contrôle pas. Le gouvernement promettait 50 000 tests par semaine dans les écoles, mais les chiffres ne suivent pas. »

Et de décocher : « Le gouvernement laisse le monde de l’éducation à lui-même. »

La présidente de l’AEFO, Anne-Vinet Roy. Capture écran ONFR+

La porte-parole aux Affaires francophones libérale, Amanda Simard, n’est guère plus tendre sur le dossier de l’éducation. 

« Pour la francophonie en général, seulement 3 à 4 millions de dollars sont consacrés aux organismes francophones. C’est une vraie farce, comparativement aux investissements des libéraux dans les années précédentes, par exemple 510 millions de dollars de 2013 à 2017 pour l’éducation de langue française. On voit clairement que le gouvernement conservateur n’a toujours aucune idée de comment gérer le portfolio de la francophonie. L’éducation, c’est prioritaire et non-négociable. C’est à la base de tout ! »

Coup de pouce pour les arts

Enfin, le gouvernement ontarien entend mettre la main à la pâte pour le secteur des arts en investissant pour 2021-2021, 10 millions de dollars « avec le soutien du Conseil des arts de l’Ontario (CAO) », précise le document.

« Cette nouvelle injection de fonds aidera le secteur à assumer les couts élevés de la préparation d’activités et d’événements qui n’ont pu avoir lieu en 2020-2021. Elle contribuera également à éponger les pertes financières », précise le gouvernement.

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