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Campagne très négative pour Kathleen Wynne

La première ministre sortante, Kathleen Wynne. Crédit image: Archives #ONfr

[ANALYSE]

TORONTO – Rien ne va plus pour les libéraux. À dix jours des élections, la maison libérale brûle. Pour le parti de la première ministre, Kathleen Wynne, il ne s’agit pas tant de gagner, mais d’éviter une humiliation sans précédent. 

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Depuis plusieurs jours, les désaffections se succèdent. Justin Trudeau, autrefois si démonstratif aux côtés de la chef du Parti libéral, ne s’affiche pas avec elle. On apprend que certains candidats du parti éviteraient aussi de se tenir en compagnie de Mme Wynne. La formule «je n’abandonnerai pas», prononcée par Mme Wynne dans une vidéo de campagne, ressemble à celle d’un général en perdition sur un champ de bataille.

Car les sondages montrent bien l’étendue des dégâts. Selon le site spécialisé en analyse de sondages Qc125.com, les libéraux récolteraient environ 10 sièges, le 7 juin. À moins de huit députés présents à Queen’s Park, ils perdraient même leur statut de parti officiel…

Dans la région d’Ottawa, cette débâcle se traduirait par la perte d’Orléans, Glengarry-Prescott-Russell, Ottawa-Ouest-Nepean, Ottawa-Sud, mais aussi… Ottawa-Centre où le député sortant Yasir Naqvi tire maintenant de l’arrière. Toujours selon les mêmes sondages, le château-fort libéral d’Ottawa-Vanier survit encore, mais les progressistes-conservateurs ne sont pas si loin.

Comment comprendre ce désamour pour les troupes de Kathleen Wynne? Aux raisons maintes fois évoquées, comme l’usure du pouvoir, la gestion hasardeuse de la vente d’Hydro One, s’ajoutent d’autres circonstances.

D’abord, Andrea Horwath a repris contre toute attente le flambeau de la gauche et du centre. C’est elle qui, en partie par l’intermédiaire du vote stratégique, s’impose comme le rempart le plus solide aux idées très à droite du chef progressiste-conservateur, Doug Ford. Pas besoin d’être mathématicien pour le comprendre: la montée infernale de la chef néo-démocrate a pour corollaire la chute des libéraux.

 

Une campagne démarrée trop tôt 

Seconde observation: Kathleen Wynne est partie tôt en campagne. Trop tôt, peut-être. Après le dévoilement du budget, fin mars, la première ministre sortante a passé les jours suivants à détailler tous ses investissements. Mme Wynne donne aujourd’hui l’impression de n’avoir plus rien à dire. Pendant ce temps, les annonces plus «concrètes» de Doug Ford parlent davantage aux électeurs: baisse du prix de l’essence, vente de bière et de vin dans les dépanneurs. Même si le doute subsiste quant à ses finances, Andrea Horwath multiplie, elle aussi, les promesses.

Côté francophonie, ce sentiment de répétition est aussi manifeste. Il y a dix jours, les libéraux ont rendu publique leur «plateforme électorale francophone». Un contenu sans surprise où l’on retrouvait certaines mesures déjà dans le budget, et la modernisation de la Loi sur les services en français… promise depuis 2016. Rien de nouveau, donc.

 

Dénonciation massive des adversaires

Ce qui dessert surtout Kathleen Wynne, c’est l’agressivité de sa campagne. Pas un jour sans que le Parti libéral ne dénonce une erreur, une mauvaise attitude, ou les propos prétendument peu appropriés de tel ou tel candidat néo-démocrate ou progressiste-conservateur.

Cette spirale très négative et sans créativité nuit à la chef libérale. Fine politicienne et intelligente, cette dernière oublie ici la distinction entre les partisans, pugnaces et sans pitié, et les électeurs, plus favorables à une figure du pouvoir apaisée et équilibrée.

Arrivés au pouvoir en 2003, les libéraux en sont à leur quatrième élection provinciale. La barre est peut-être trop haute, cette fois, mais la campagne de 2018 est indiscutablement la moins bonne des quatre.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 28 mai. 

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.