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Caroline Mulroney dévoile ses priorités pour la francophonie

Caroline Mulroney, ministre déléguée aux Affaires francophones.
La ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney. Archives #ONfr

TORONTO – La nouvelle ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, a dévoilé pour la première fois ses priorités pour la francophonie ontarienne, à l’occasion de la journée des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«C’est un nouveau jour pour les francophones de l’Ontario. Un jour prospère», a lancé Caroline Mulroney, en matinée, en chambre.

Par deux fois, ce mardi, elle a répété les dossiers francophones qui seront prioritaires pour son gouvernement. Sans surprise, celui de l’économie devrait occuper une bonne place sur la liste.

«L’Ontario a un potentiel énorme et inexploité, nous allons développer des stratégies pour miser sur notre main-d’œuvre bilingue», a-t-elle indiqué.

Pour se faire, elle a annoncé qu’une consultation aurait lieu à travers toute la province.

«Notre gouvernement souhaite réduire le fardeau administratif et améliorer l’accès aux services en français. C’est pourquoi nous mettons en place une tournée des entrepreneurs francophones et des entreprises qui font affaire en français. Ensemble, nous allons identifier les lacunes et les obstacles qui nuisent aux entreprises pour la création d’emplois.»

Un discours qui cadre bien avec celui du premier ministre Doug Ford, mais dont les objectifs restent vagues, selon le politologue de l’Université d’Ottawa, Martin Normand.

«C’est la seule chose nouvelle qu’on a entendue dans son discours et on n’a aucun détail pour savoir à quoi ça va servir ni quelles seront les ressources… Est-ce que ça va juste servir la rhétorique d’allégement du processus administratif?»

 

Modernisation de la Loi, justice et immigration

La modernisation de la Loi sur les services en français à laquelle Mme Mulroney s’est engagée, autant que son annonce d’étendre dans toute la province le projet pilote en matière de justice en français mis en place dans la région d’Ottawa ne trouvent pas non plus grâce aux yeux de M. Normand.

«Il n’y a rien de rassurant ni d’encourageant dans ce qu’on a entendu aujourd’hui. Mme Mulroney n’a fait que répéter ce que les libéraux disaient dans leurs discours, en l’adaptant au langage de son gouvernement. On n’a rien appris aujourd’hui!»

Celle-ci n’a toutefois pas hésité à critiquer le bilan libéral, notamment en matière d’immigration francophone.

«Les politiques du passé n’ont pas fonctionné, nous allons trouver des solutions», a-t-elle affirmé, sans en dire davantage sur sa stratégie.

L’ancienne ministre aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, a répliqué au micro d’#ONfr, tout en admettant ne pas avoir atteint l’objectif.

«On a créé une cible de 5 %. Mais on avait une contrainte au niveau fédéral au début. Ensuite avec l’arrivée de Justin Trudeau, les choses allaient mieux. Oui, on n’a pas atteint notre cible, mais le partenaire fédéral est là maintenant.»

 

Deux dossiers absents

La ministre est également restée très floue sur l’avenir de la province au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et sur celui du programme de subventions aux organismes francophones (Programme d’appui à la francophonie ontarienne), en réponse à une question de Mme Lalonde.

«C’était bien d’entendre parler de justice en français, il y a quand même une base. Elle veut continuer. Mais je suis plus inquiète des réponses à mes questions. Le programme de subventions, c’est un million de dollars qui est extraordinaire. La réponse était floue sur son avenir», a regretté la députée libérale d’Orléans.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Crédit image: Étienne Ranger
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Archives #ONfr

Mme Mulroney n’a pas non plus évoqué le dossier l’Université de l’Ontario français. Pourtant, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, se montre satisfait.

«En ce qui concerne le projet d’université, le politique a fini de faire son travail. Le conseil des gouverneurs a été nommé, le financement est là pour les trois prochaines années… Désormais, c’est à l’administratif de préparer le terrain.» Et de poursuivre: «On est très heureux des priorités qui ont été annoncées. Elles rejoignent celles de la communauté. Ce sont les grandes lignes, mais c’est de très bon augure. On va travailler avec elle pour faire avancer ces dossiers-là.»

 

Patience?

Du côté de l’opposition néo-démocrate, France Gélinas, souligne que plusieurs des priorités du gouvernement rejoignent celles de son parti en matière de francophonie, mais qu’elle aurait voulu plus de détails.

«C’est la première fois qu’elle s’exprime sur le sujet. Elle a identifié trois ou quatre priorités. C’est le minimum. Mais il n’y a rien de concret!»


«On s’attendait à une déclaration plus substantielle» – Martin Normand, politologue


Le président de l’AFO plaide la patience.

«Le gouvernement n’a pas été élu il y a longtemps, il vient d’organiser ses bureaux et d’engager son personnel. J’imagine qu’il y aura des échéanciers qui vont s’ajouter d’ici quelque temps.»

Mais pour le politologue de l’Université d’Ottawa, le temps n’est plus une excuse valable.

«Jamais on ne pardonnerait à un ministre des Finances, après trois mois, de ne pas connaître ses dossiers. On ne peut pas excuser son retard dans les dossiers francophones.»

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.