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Climat : la jeunesse fait grimper la température à Queen’s Park

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Une gigantesque manifestation s’est déployée dans le centre-ville de Toronto, ce vendredi, en écho au mouvement planétaire de marche pour le climat. Des francophones venus des quatre coins de la province ont confié leurs inquiétudes et leur solidarité.

« Le monde brûle », « Planète en danger », « Changeons le système, pas le climat »… Les pancartes ont inondé les pelouses et les rues adjacentes de l’Assemblée législative de l’Ontario.

Les Ontariens ont massivement scandé leur désarroi et leur colère tout au long de la journée, portés par l’engouement que suscite le tour du monde de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, défilant au même moment dans les rues de Montréal.

Nous avons rencontré plusieurs francophones venus de Toronto, Waterloo, Ottawa, Montréal et même de l’Île-du-Prince-Édouard. Si chacun défend ses propres idées sur une sortie de crise, tous s’accordent sur l’urgence d’agir au plus haut niveau.

« Besoin de politiciens qui font la différence »

« On a besoin d’un gouvernement qui crée des changements concrets au niveau de la législation. C’est comme ça qu’on va protéger la planète. Ce qu’ils font n’est pas correct », affirme Gabrielle Dunning.

Pour cette étudiante en droit à l’Université Ryerson de Toronto, les gestes individuels du quotidien ne suffisent plus : « Je veux bien faire le choix de ne plus m’acheter de bouteilles en plastique, mais c’est une toute petite partie du combat. On a besoin de politiciens qui font la différence. On ne peut plus attendre. »

Arianne Wilson (Waterloo), Gabrielle Dunning (Toronto) et Molly Henderson (Ottawa). Crédit image : Rudy Chabannes

Molly Henderson, jeune agente de marketing à d’Ottawa, avoue pour sa part une certaine angoisse dans tout ce qui touche aux questions environnementales.

« J’ai beaucoup d’anxiété au quotidien autour du climat. Venir ici, c’est comme transférer cette anxiété en action. Ça me donne du pouvoir et de l’espoir. (…) Plus on sera nombreux, plus on pourra peser sur les personnes qui ont les clés pour changer les politiques et nous guider vers d’autres façons de vivre sans épuiser la planète. »

« Motivé par ce grand problème »

Soloman Lam ne se fait pas d’illusion. Cet avocat torontois rappelle que le meilleur outil pour changer les choses reste le bulletin de vote.

« On doit voter pour un gouvernement qui traite le changement climatique sérieusement, avec courage, avec une vision, et qui ne soit pas timide sur les changements. Les jeunes sont motivés par ce grand problème, car il attaque leur existence. C’est le bon moment pour changer, ensemble. »

Soloman Lam, avocat à Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes

« Je suis ici car je veux protéger ma planète et, si on s’y met tous, ça peut marcher », croit Caro Kingston. L’étudiante à l’université OCAD de Toronto est certaine qu’un tel mouvement a des chances de faire bouger les lignes.

Ariane Wilson, étudiante en arts et sciences à Waterloo, pense qu’on devrait aussi parler beaucoup plus de changement climatique dans la province, et pas seulement en anglais. Il manque une voix francophone en Ontario pour soulever ces sujets. Alex Cyr est aussi de cet avis.

« Ça fait seulement quatre semaines que je suis à Toronto et je vois déjà que tout se fait en anglais. Je viens de l’Île-du-Prince Édouard et, là-bas aussi, il manque peut-être une voix francophone. C’est notre responsabilité d’être présents, de montrer pourquoi le climat est important. Plus on fera de bruit, mieux ce sera car, au bout du compte, le climat sera notre problème à nous, les jeunes, si on ne fait rien maintenant. »

Caro Kingston, étudiante à l’université OCAD de Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes

La taxe carbone devant la Cour suprême

Ce rassemblement intervient dans un contexte tendu entre l’Ontario, qui ne compte qu’un député provincial du Parti vert, et le gouvernement fédéral. Le premier ministre progressiste-conservateur, Doug Ford, conteste notamment la taxe carbone imposée par Ottawa devant la Cour suprême du Canada.

Il s’est aussi passé des services de la commissaire à l’environnement, Dianne Saxe, dont le poste a été aussi supprimée lors du « Jeudi noir », en novembre dernier.

Un peu plus tôt dans la journée, le ministre de l’Environnement, Jeff Yurek, a indiqué par voie de communiqué, que l’Ontario montrait la voie en matière de lutte contre les changements climatiques.

« Nous avons réalisé et réduit nos émissions de 22 % au cours de la dernière décennie et le Plan pour l’environnement élaboré par le gouvernement met l’Ontario sur la voie de la réalisation de notre part de l’objectif 2030 du Canada. »

Le ministre a aussi mis en avant les normes de performance des émissions de l’Ontario qui obligeraient les grands pollueurs industriels à rendre compte de leurs émissions de gaz à effet de serre. Cette mesure doit être préalablement approuvée par le fédéral.

« Nous avons également proposé de commencer à passer à 20 % de contenu renouvelable dans l’essence dès 2025, sans augmenter les prix à la pompe » et « nous sommes engagés à réduire les déchets dans nos quartiers et nos parcs. À l’heure actuelle, environ 70 % de nos déchets sont envoyés aux sites d’enfouissement. »

Beaucoup de pancartes aux slogans accrocheurs. Crédit image : Andréanne Baribeau

Article écrit avec la collaboration d’Aimé Majeau Beauchamp et Andréanne Baribeau

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