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Colère après l’absence d’un volet francophone dans la stratégie fédérale pour le tourisme

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – Tourisme autochtone, rural, inclusif, culinaire ou bien hivernal, mais aucun volet pour un « tourisme francophone ». L’absence de la francophonie dans les « cinq grandes gammes de produits clés pour l’investissement » présentés dans la nouvelle stratégie fédérale en matière de tourisme est plutôt mal reçue.

« C’est un oubli majeur », tranche le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) Canada. « On est un peu surpris, si c’est une omission, c’est assez surprenant et décevant. N’oublions pas qu’on est en train de fêter le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, et la partie francophone est oubliée. Il y a 2,7 millions de francophone à l’extérieur du Québec. On espère que cet oubli va être corrigé », avance Jean-Pierre Alexandre, gestionnaire des relations externes et partenariats.

L’organisme, financé en grande partie par le gouvernement fédéral, est dédié entre autres à la mise en valeur du tourisme francophone au Canada.

Le RDÉE Canada ne décolère pas et entend « intervenir assez rapidement » par l’envoi d’une lettre. « On va mobiliser nos membres sur l’ensemble du territoire, montrer les avantages du tourisme francophone. On pense que le fait francophone est là… »

Le souvenir du corridor touristique francophone

Si le coup passe aussi mal du côté du RDÉE Canada, c’est parce que le projet de corridor touristique francophone, lancé au printemps 2018, obtiendrait des résultats probants, selon l’organisme. « Ce projet a beaucoup de succès, et les chiffres sont en augmentation. »

Une somme de 2,4 millions de dollars de Patrimoine canadien avait servi à développer la nouvelle plateforme en ligne et à identifier les organisations touristiques qui peuvent offrir des services en français au pays.

La stratégie fédérale en matière touristique présentée ce mardi. Capture écran : ministère fédéral

La stratégie fédérale, dévoilée mardi à Montréal par la ministre Mélanie Joly, veut créer un Fonds pour les expériences canadiennes de 58,5 millions de dollars sur deux ans. Objectif : aider les collectivités à créer ou à améliorer leurs installations et « les expériences touristiques ».

Des « collectivités » où le fait francophone est oublié ? Faux, répond le bureau de la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie.

« Nous avons toujours fait la promotion de nos deux langues officielles et nous continuerons de le faire. Notre gouvernement a investi 2,4 millions de dollars pour le projet de corridor patrimonial, culturel et touristique francophone, dont la mise en oeuvre a été confiée au Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada). Le projet est d’ailleurs mentionné à la page 10 de la stratégie sur le tourisme. »

D’autres proches de Mme Joly ont réagi sur Twitter à la publication de notre article.

« Nous célébrons le Corridor patrimonial, culturel et touristique francophone et soulignons notre engagement à la page 10  [de la stratégie fédérale] », a gazouillé Daniel Lauzon, chef de cabinet de la ministre.

« Notre gouvernement est le partenaire fondateur et financier du Corridor patrimonial culturel et touristique : un superbe projet mené par le RDÉE qui fait la promotion d’offres touristiques des communautés francophones à travers le pays », a pour sa part écrit Caroline Séguin, l’une des collaboratrices de Mme Joly.

« Un peu insultant »

Informés de la situation, les porte-paroles en matière de langues officielles n’ont pas tardé à réagir. À commencer par le néo-démocrate, François Choquette.

« Venant de la ministre des Langues officielles, alors qu’on célèbre le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, c’est un peu insultant pour les langues officielles. Je trouve cela déplorable. »

Le député fédéral de Drummond enfonce le clou : « Même le commissaire aux langues officielles a mis le doigt sur un manque de leadership. La première personne qui doit pourtant montrer l’exemple, c’est Justin Trudeau, et à ses cotés, Mélanie Joly. »

Même son de cloche du côté de son homologue conservateur Alupa Clarke. « Est-ce que l’on intègre vraiment toutes les avenues dont la francophonie ? C’est une bonne question, je devrais poser ces questions en chambre. Mme Joly se targue d’être une championne pour les francophones, d’avoir augmenté le financement du Plan d’action sur les langues officielles, elle dit en faire plus que les autres gouvernements, mais ce n’est pas tout à fait vrai. »

Vérification faite, les 31 pages du contenu de la stratégie fédérale en matière de tourisme ne comprennent pas de références directes à la francophonie, hormis celle sur le corridor touristique francophone.

Le Canada a accueilli 21,1 millions de touristes en 2018. Une chiffre en hausse, en comparaison des 20,9 millions l’année précédente.

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