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Commandites, épuisement et vague libérale : les souvenirs de trois candidats défaits

[TÉMOIGNAGES]

André Robichaud, Jason Godin ou encore Réné Berthiaume. Ces trois francophones en contexte minoritaire ont été candidats une seule et unique fois à une élection fédérale, et tous ont perdu. Rencontres avec ces trois anciens candidats qui nous racontent leurs souvenirs de campagne.

René Berthiaume (Parti libéral), Glengarry-Prescott-Russell, 2006

Il y a des défaites qui marquent plus que d’autres. En janvier 2006, il s’en est fallu de seulement 203 voix pour que René Berthiaume s’incline contre le conservateur Pierre Lemieux. Sur la ligne d’arrivée, un souffle sépare les deux candidats : 41,56 % pour celui qui restera pendant neuf ans député de Glengarry-Prescott-Russell (GPR) contre 41,19 % pour son adversaire libéral.

L’explication de la défaite de René Berthiaume tient en une affaire : le scandale des commandites. L’implication de son parti dans cette affaire politico-financière signe la fin du règne des libéraux au pouvoir. « La proximité de notre circonscription avec le Québec a fait en sorte que l’effet a été encore plus présent à GPR. »

13 ans après, M. Berthiaume le concède. « En politique, le timing est très important, et là c’était un timing très difficile. Les gens étaient très corrects aux portes, ils me disaient simplement qu’ils ne pouvaient pas accepter ce qui s’était passé. J’essayais de leur expliquer que la situation des commandites avait été là de manière correcte. Je venais parfois à bout de les convaincre. »

L’ancien candidat libéral René Berthiaume. Gracieuseté : journal Le Droit

Par la suite, René Berthiaume devient maire de Hawkesbury en 2010, un poste qu’il occupera pendant quatre ans avant d’être délogé par Jeanne Charlebois.

Ce lundi, l’ancien candidat votera sans hésitation pour le libéral Francis Drouin, lui-même opposé à… Pierre Lemieux qui tente ici son retour à la Chambre des communes.

« Francis Drouin est un candidat très fort. Il comprend d’une part que le niveau de population est plus jeune. Par ailleurs, il a été lobbyiste, il connaît les couloirs qu’il faut prendre pour atteindre et parler au gouvernement. »

Jason Godin (Nouveau Parti démocratique), Acadie-Bathurst, 2015

En 2015, la voie royale semble tracée pour Jason Godin dans Acadie-Bathurst. Pendant 18 ans, le député Yvon Godin avait solidifié cette circonscription en faveur des néo-démocrates. La filiation apparaît dès lors naturelle entre ces deux homonymes. C’est sans compter sur la vague libérale qui balaye le pays. « Ça fait partie de la game », constate M. Godin.

Deux éléments avaient contribué à l’attention médiatique reçue par M. Godin : son jeune âge, puisqu’il avait 21 ans à l’époque, mais aussi son statut de maire de la municipalité de Maisonnette.

« Je garde surtout de la campagne un souvenir épuisant », lâche le jeune homme, résident de Caraquet. « Elle était terriblement longue. Elle a commencé au début de l’été et les élections avaient lieu à l’automne. Pendant trois mois, il fallait rencontrer des gens, faire des petits déjeuners, serrer les mains. La population d’Acadie-Bathurst est en plus répartie sur un très grande territoire. »

Jason Godin lors d’une conférence de presse en 2015. Source : Twitter

Depuis quatre ans, Jason Godin ne pense plus beaucoup à la politique. Son objectif : réussir son examen du barreau en janvier prochain.

« La politique est plutôt loin, et n’est pas dans mes projets. Si je dois revenir un jour, ça sera peut-être aux élections municipales, car j’ai aimé la proximité avec les gens, et demeurer dans la place. »

Acadien et donc francophone en contexte minoritaire, M. Godin avoue ne pas connaître le sentiment d’isolement. « À Caraquet, la francophonie est très vivante, ce n’est pas nécessairement un enjeu, car on est entouré par la communauté francophone. Nous ne sommes pas confrontés à la dualité linguistique. »

Votera t-il cette année en faveur des néo-démocrates représentés par Daniel Thériault ?

« Je n’ai pas décidé encore. Il n’y a pas vraiment d’enjeux qui se démarquent, et je ne trouve pas qu’il y ait une espèce d’ambiance électorale dans le place. J’attache en tout cas plus de points aux candidats locaux, car ils vont être notre voix. »

André Robichaud (Parti conservateur), Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, 2015

André Robichaud a mené deux campagnes sensiblement sur le même territoire. La première dans Algoma-Manitoulin-Kapuskasing pour les élections fédérales de 2015. Une défaite honorable à l’arrivée avec 23,73 % des suffrages exprimées.

Dans une terre électorale peu fertile aux conservateurs, M. Robichaud repart à l’aventure trois ans plus tard pour les élections provinciales. Nouvelle défaite cette fois dans Mushkegowuk-Baie James, avec un peu moins de 30 % des voix.

« J’ai trouvé que les enjeux provinciaux touchent les gens de plus près. Quand je cognais aux portes en 2018, je les sentais plus chauds, plus impliqués dans la campagne, notamment sur les thèmes de l’éducation et de la santé. »

André Robichaud lors des élections provinciales de 2018. Archives ONFR+

Comme Jason Godin, André Robichaud a subi la vague libérale en 2015. Un élan populaire qui a mis fin aux neuf ans de gouvernement conservateur.

« J’ai senti un changement dans les trois dernières semaines. Aux portes, les réactions n’étaient plus pareil. Avant, on me disait que Justin Trudeau avait de beaux cheveux, mais qu’il n’était pas prêt. Dans les dernières semaines, les gens me répondaient qu’ils étaient indécis. »

L’immensité de la circonscription, plus de 100 000 km2, a aussi donné quelques maux de tête à l’ancien candidat, résident de Kapuskasing.

« On parle de sept heures de route pour aller à Manitoulin, le tout avec des différences culturelles, sociales, et économiques importantes. Quand je voyageais en voiture, j’étais contraint à passer par d’autres routes que la circonscription, ce qui n’était pas avantageux. »

Le 21 octobre, André Robichaud n’aura qu’un choix : le Parti conservateur.

« Andrew Scheer, c’est un excellent leader. Il est honnête. Je pense que la plateforme est un plan économique solide. La taxe carbone est dévastatrice pour le nord de l’Ontario. Ça nous affecte de manière plus importante ici. Le prix de l’essence augmente en raison de cette taxe, mais nous n’avons pas de transports publics et nous aimons le plein air. En plus, il fait froid, et nous devons nous chauffer plus. »

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