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Conseils scolaires: les Catholiques en campagne pour le statu quo

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TORONTO – La fusion des conseils scolaires catholiques et publics alimente les discussions depuis des lunes en Ontario français. Les conseils catholiques sont mobilisés activement pendant cette campagne électorale contre cette idée. Les conseils publics, eux, espèrent toujours la fin du statu quo.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Je ne dirais pas qu’on fait du lobbying. Mais au cours des deux derniers mois, on a rencontré tous les partis, on a fait du démarchage politique», soutient d’entrée de jeu, Jean Lemay, président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Il a aussi invité ses membres à interpeller les candidats locaux à cette élection pour les inviter à se prononcer en faveur du système actuel, qui mise sur des conseils scolaires catholiques et publics francophones dans chaque région.

Jean Lemay, président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC)

Il affirme que les trois principales formations politiques lui ont assuré ne pas vouloir toucher au modèle actuel, ce que confirment les partis. «On a rencontré les critiques en éducation du NPD et des conservateurs et la ministre de l’Éducation sortante, Mme Naidoo-Harris, pour confirmer que les partis sont prêts à appuyer le système actuel. Nous avons été rassurés», dit-il.

Si un parti s’aventurait à renier cette promesse, il en payerait un fort prix, affirme Jean Lemay.


«Les écoles catholiques ont une force de mobilisation majeure. Nous organiserions une mobilisation générale. Il faut le rappeler: 70 % des parents francophones choisissent l’école catholique. On a 76 000 élèves et donc, le double de parents, qui sont aussi des contribuables» – Jean Lemay


Il persiste et signe: le système actuel favorise les Franco-Ontariens. «S’il n’y avait qu’un seul système, nous perdrions des écoles francophones, il y aurait moins de présence francophone en Ontario», tranche M. Lemay.

Il poursuit en affirmant que les conseils scolaires publics seraient plutôt du même avis. «Nous avons eu des discussions avec eux, je pense que l’entente tacite qu’on a eue est qu’on veut maintenir ce qui existe. Les conseils publics n’ont pas des écoles partout en province, ils veulent en avoir plus. On les appuie, c’est une saine compétition», d’indiquer M. Lemay.

 

Pas tout à fait vrai, disent les conseils publics

«C’est faux!», affirme d’entrée de jeu Denis Chartrand, président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO). «Si la question est de maintenir ce qu’il y a, c’est-à-dire deux systèmes. La réalité, c’est qu’on ne veut pas les détruire, mais notre organisation voudrait qu’on soit ensemble sous une gestion francophone», précise-t-il. Les doubles conseils scolaires dans chaque région sont un «illogisme», selon lui.

Il affirme qu’il ne milite pas en ce moment pour un système unique, car les partis ont peur d’aborder la question.


«Ils ont peur du ressac. C’est pas les francophones qui leur font peur, mais la masse de Catholiques anglophones. Ils forment une masse importante de voteurs» – Denis Chartrand


Seul un parti est en faveur de la fusion des conseils scolaires: le Parti vert.

«Oh et il y a aussi cette candidate libérale qui a dit ce qu’elle pensait. Je ne crois pas que le parti voulait entendre cela», confie Denis Chartrand. Il y a quelques jours, la libérale Heather Megill a affirmé lors d’un débat dans Stormont-Dundas-South Glengarry qu’elle était en faveur d’un modèle misant sur un système scolaire francophone et un autre anglophone. Une position qui contraste avec celle de son parti.

Denis Chartrand, président de L’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO)

Face à la fermeture des partis, les conseils publics misent sur leurs autres objectifs. «On se concentre sur la prestation des services, l’éducation aux adultes,… on demande qu’on investisse en éducation francophone. Les écoles publiques francophones sont désavantagées. Il y a 47 secteurs où il n’y a pas d’écoles francophones publiques», dénonce-t-il.

«Je trouve malheureux cette chicane, cette compétition», lâche M. Chartrand concernant les divisions entre conseils catholiques et publics. «Si on était ensemble, on pourrait avoir des écoles qui offrent des meilleurs services», ajoute-t-il. Des écoles pourraient demeurer catholiques, de sa perspective, et il ne prévoit pas de pertes d’emplois non plus.

 

Les partis ne veulent rien changer

Le Parti libéral et le Parti progressiste-conservateur ont indiqué qu’ils ne toucheraient pas au modèle actuel. Un porte-parole de Kathleen Wynne indique que le «système fonctionne bien et la priorité est de se concentrer à continuer à bâtir notre système d’éducation». Du même souffle, il affirme que sa formation encourage davantage de coordination dans certaines communautés entre les conseils scolaires.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) affirme aussi soutenir le modèle actuel, mais compte «réparer les dommages causés par des décennies de sous-financement».

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.