L'abolition des barrières interprovinciales a été un enjeu majeure de cette 4e édition du Forum franco-ontarien des affaires. Photo : Inès Rebei/TFO
Société

Forum franco-ontarien des affaires : abattre les murs avec le Québec et le Nouveau-Brunswick

L'abolition des barrières interprovinciales a été un enjeu majeure de cette 4e édition du Forum franco-ontarien des affaires. Photo : Inès Rebei/TFO

OTTAWA – Après Sudbury, le 4e Forum franco-ontarien des affaires s’est tenu ce jeudi à Ottawa, porté par une volonté de changement de paradigme pour l’économie francophone. Cette année, l’accent est mis sur l’intensification des échanges avec le Québec et le Nouveau-Brunswick et une volonté d’abolir les barrières interprovinciales, tout en cultivant l’espoir d’accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028. 

S’il y a bien un enjeu qui a occupé de nombreux panels de cette 4e édition du Forum, ce fut la question des barrières interprovinciales. Cette année, la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) a d’ailleurs mis l’accent sur la présence accrue d’acteurs économiques du Québec et du Nouveau-Brunswick qui ont dressé un constat accablant sur les obstacles internes.

Parmi eux, le ministre néo-brunswickois Jean-Claude D’Amours qui a rappelé l’urgence d’une diversification à l’ère des tarifs douaniers américains

« Quand 92 % de vos exportations dépendent d’un seul marché américain, vous n’êtes pas en contrôle de votre économie, vous êtes à la merci d’une décision politique étrangère. Il y avait certainement une époque où le « non » d’une province (le Québec) pouvait bloquer le système, mais cette approche est devenue insoutenable face aux crises actuelles. » 

Le 4e forum franco-ontarien des affaires s’est tenu à la Galerie d’art d’Ottawa ce jeudi. Photo : Inès Rebei/ONFR

De son côté, Pascal Chan, Vice-président, Politique stratégique et chaînes d’approvisionnement au sein de la Chambre de commerce du Canada, a rappelé que les barrières politiques amputeraient le PIB national de 7 %, soit une valeur de « 210 milliards de dollars » d’ici 2025. Pour lui, la solution réside dans un changement de paradigme réglementaire : « La recommandation, c’est d’avoir une reconnaissance mutuelle. Ça veut dire que si c’est assez bon pour Jean au Québec, c’est assez bon pour Paul en Ontario ».

Cette réalité opérationnelle a été soulevée par Yaya Peukassa, fondateur et PDG de Pont Canada, qui a illustré les défis posés par les divergences réglementaires entre les deux rives de la rivière des Outaouais. 

Selon lui, le cadre actuel limite la fluidité des services : « Tu es à Ottawa, tu travailles, tu fournis des services, tu es adéquat au niveau des règlements […] aussitôt que tu traverses la rivière, tu deviens caduc, tu deviens obsolète. C’est incroyable de voir ça au Canada ». 

Yaya Peukassa a organisé CAPBLEU 2025, la première édition du Forum Canada-Afrique qui a eu lieu à Moncton en novembre dernier, un sommet international sur les ports et l’économie bleue. Photo : Inès Rebei/ONFR

« À travers nos échanges aujourd’hui, une chose ressort clairement : la collaboration entre l’Ontario et le Québec n’est plus seulement souhaitable. Ce n’est pas un vœu pieux, elle est essentielle. Le contexte économique dans lequel on vit présentement est plus qu’en évolution, il est bouleversé. Le momentum est bon pour parler de commerce interprovincial, pour renforcer nos chaînes d’approvisionnement et diversifier nos marchés », a martelé de son côté, Michelle LLambías Meunier présidente et cheffe de la direction du Conseil du patronat du Québec.

Ce plaidoyer survient alors que l’Ontario multiplie les percées diplomatiques : la province a récemment conclu des ententes avec le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, ainsi qu’avec le Manitoba, pour éliminer les barrières au commerce intérieur. 

Une ferme de St-Isidore à l’honneur

C’est dans cette optique que le Forum a décerné le Prix du commerce Ontario-Québec (volet Ontario) à la Ferme avicole Laviolette de St-Isidore. La reconnaissance a été remise par Stéphane Sarrazin, député provincial de Glengarry-Prescott-Russell. Fier de voir un « fleuron » de sa propre circonscription ainsi honoré, le député a souligné que cette entreprise familiale, leader de la filière agroalimentaire, incarne un « pont commercial solide entre deux provinces ». 

L’entreprise avait déjà remporté le Prix du commerce Ontario-Québec en francophonie en 2022, une distinction décernée à l’époque par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA). Cette année, l’organisme hôte a choisi de collaborer avec le Conseil du patronat du Québec pour le Forum.

« C’est certain que c’est surprenant. Il y a beaucoup d’entreprises franco-ontariennes et franco-québécoises qui font affaire des deux côtés, donc on est vraiment reconnaissants et fiers de recevoir ce prix aujourd’hui », a confié Kevin Laviolette, vice-président de l’entreprise, en réaction au Prix lors d’un entretien avec ONFR.

Stéphane Sarrazin (à gauche), député de Glengarry-Prescott-Russell, et Dominic Mailloux, président de la FGA, remettent le Prix Ontario-Québec à la Ferme Laviolette, représentée par son vice-président Kevin Laviolette (au centre). Photo : Inès Rebei/ONFR

Pour le producteur d’œufs, la langue maternelle est le premier levier de croissance vers le marché voisin. « En étant une entreprise francophone en Ontario, on se rapproche naturellement des clients québécois. On est capable de leur parler dans notre langue et dans la leur. Pour un fournisseur comme nous, c’est ce qui rend l’interaction facile et permet de créer de nouveaux marchés », explique-t-il. 

Cette aisance culturelle a permis à la Ferme Laviolette de s’implanter solidement dans le Grand Montréal, à Mirabel et dans la ville de Saint-Laurent, en veillant à rester dans un rayon de deux heures de la frontière pour préserver le caractère « local » de ses produits.

Pourtant, malgré cette réussite, Kevin Laviolette constate que le plus grand obstacle n’est pas toujours réglementaire, mais parfois psychologique. Pour lui, il faut briser une forme de « tabou » persistant :

« Il y a encore ce côté où l’Ontario a l’air bien loin, comme si c’était quasiment un autre pays. Mais il faut se dire qu’on est à seulement 1 h 30 de leurs commerces ou de leurs restaurants. On est vraiment juste à l’autre bord du chemin, on n’est pas si loin que ça. »

L’espoir d’un Sommet de la Francophonie à Ottawa

L’annonce officielle du lieu du Sommet de la Francophonie pour 2028 se fait encore attendre, mais c’était un sujet brûlant lors des discussions tout au long de la journée.

Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, avait d’ailleurs donné le ton lors de son allocution d’ouverture en réitérant l’ambition derrière sa candidature annoncée en décembre dernier, affirmant qu’il s’agit d’un « événement international majeur qui réunirait les leaders et les membres de la société civile de 90 pays ici à Ottawa et qui offrirait une occasion de faire rayonner nos entreprises francophones de partout au pays sur la scène internationale ».

Pour lui, accueillir l’OIF est une priorité absolue car la ville ne veut pas de « penseurs cyniques », mais plutôt des « penseurs critiques, des gens qui veulent travailler ensemble […] pour créer les meilleures conditions possibles pour favoriser la croissance ».

Dans la perspective du prochain Sommet de la Francophonie les 15 et 16 novembre à Phnom Penh, Ponora Ang, associé et co-chef national du Groupe Asie-Pacifique chez Fasken Martineau DuMoulin, a offert une présentation éclair sur le Cambodge. Photo : Inès Rebei/ONFR

Pour le président de la FGA et représentant le Club canadien de Toronto, Dominic Mailloux, l’enjeu est tout aussi stratégique. « Si ça a lieu à Ottawa, je pense que ça va être quelque chose de très important pour la communauté francophone, mais également pour notre communauté d’affaires. Ce que j’aimerais voir, c’est de continuer à ce qu’on prenne la place, s’affirmer davantage ».

Bernard Lord, ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, ayant lui-même été le co-hôte du Sommet de la Francophonie de Moncton en 1999, a aussi exprimé son souhait de voir l’histoire se répéter en Ontario lors de la conférence d’ouverture.

« J’espère que le Sommet aura lieu à Ottawa. C’était une expérience extraordinaire pour les gens d’affaires et pour la communauté francophone en 1999 ». Pour lui, ce type d’événement est le levier nécessaire pour sortir le pays de sa torpeur.

Face au « tsunami blanc » du vieillissement, il prévient d’ailleurs que la survie culturelle est intrinsèquement liée au succès financier, car « si nos communautés francophones ne sont pas prospères économiquement, ça va être très difficile de maintenir la culture et la langue francophones ». 

FGA : Cinq ans entre « paris fous » et succès confirmés

Le cocktail de clôture marquait officiellement les cinq ans de la FGA, un organisme né d’un « pari qui était vraiment fou à l’époque » selon Dominic Mailloux. 

Une des réussites éclatantes de ce pari est le Forum lui-même, dont le succès ne se dément pas depuis l’édition de Sudbury l’an dernier. « La première année, j’étais extrêmement nerveux à savoir si ce serait quelque chose qui fonctionnerait. Cette année, on a affiché complet deux semaines avant l’événement », s’est réjoui le président, soulignant que l’événement attire désormais entre 150 et 180 leaders économiques.

Dominic Mailloux, président de la FGA, se réjouit de la présence de nombreux acteurs de la francophonie canadienne à cette 4e édition. Photo : Inès Rebei/ONFR

M. Mailloux se félicite d’avoir pu « fédérer un écosystème qui est extrêmement diversifié » et d’avoir enfin chiffré le poids réel des francophones. 

La FGA travaille d’ailleurs sur un deuxième Livre blanc sur l’économie francophone qui sera remis au gouvernement provincial à l’automne. Ce document sera le fer de lance des revendications de la communauté pour lever les freins à la croissance. 

Toutefois, le président admet que l’équipe de trois ou quatre personnes est souvent limitée par « le temps ou par les ressources ». Pour l’avenir, il veut « déterrer » les cadres bilingues de Toronto qui sont souvent « agréablement surpris » lorsqu’ils découvrent la force du réseau francophone.

Après Ottawa, Toronto et Sudbury, la prochaine édition du Forum franco-ontarien des affaires aura lieu à Toronto en 2027.