Forge FC et ses francophones dominent, mais refusent de se croire arrivés
En tête de la Première Ligue canadienne et toujours en course pour remporter le Championnat canadien, le Forge FC réalise jusqu’ici une saison à la hauteur de son statut. Mais avant de retrouver leur poursuivant Cavalry FC samedi à l’extérieur, les francophones Antoine Batisse et Maxime Filion préviennent : rien n’est acquis et le club de Hamilton compte bien aller au bout de ses ambitions.
Le Forge FC a pris l’habitude de gagner. Depuis la création de la Première Ligue canadienne (PLC), le club hamiltonien a installé une culture de la victoire qui en fait, saison après saison, l’une des références de la ligue avec quatre titres remportés sur sept en plus de trois boucliers de saison régulière.
Cette année ne déroge pas à la règle. Avec 35 points récoltés en 15 rencontres et un bilan de 11 victoires, deux matchs nuls et seulement deux défaites, Forge occupe toujours la tête du classement. Mais la marge est infime : Calgary suit avec 34 points, après avoir disputé un match de plus.
Les Hamiltoniens restent également engagés en Championnat canadien, où une demi-finale contre le FC Supra du Québec les attend. « On est premiers au classement, donc c’était l’objectif. On a bien débuté la saison collectivement, avec une vraie solidité défensive », résume Antoine Batisse. Le défenseur français retient surtout la capacité de son équipe à avoir rapidement « marqué les esprits » cette saison.
Les chiffres illustrent cette solidité. Après 15 matchs, Forge n’a concédé que neuf buts, soit autant que Cavalry, pour la meilleure défense de la PLC. Une domination qui pourrait donner l’impression que le plus difficile est déjà fait. Maxime Filion s’empresse de chasser cette idée.
« La Ligue, ce n’est pas donné. Il faut vraiment se mettre à fond et aller la gagner. Ce n’est pas : ‘Ah tiens, voici le trophée’. Il faut aller le chercher », insiste l’attaquant franco-ontarien.
Des avertissements avant la défaite
Car derrière les résultats, Forge vient de traverser une période moins convaincante. Les Hamiltoniens restent sur deux rencontres sans victoire en PLC. D’abord accrochés 0-0 à Halifax le 2 août, ils ont ensuite subi leur deuxième défaite de la saison, 1-0 à domicile contre Vancouver FC, le 7 août. Les Eagles, alors en pleine remontée au classement, signaient à Hamilton une cinquième victoire consécutive.
Pour Antoine Batisse, cette défaite n’est d’ailleurs pas arrivée de nulle part. Le Français reconnaît que les signes avant-coureurs étaient présents depuis plusieurs semaines. « Ça nous pendait au nez depuis quelques matchs », admet-il.

Il repense notamment à la victoire difficile contre Supra, au parcours laborieux face à Saint-Laurent en Championnat canadien ou encore le match nul à Halifax. « On ne produisait pas de jeu, on ne jouait pas comme Forge doit jouer normalement », analyse-t-il.
Face à Vancouver, les leaders au classement ont pourtant eu les occasions de faire basculer la rencontre, mais ont fini par payer un but que Batisse estime évitable.
Plutôt que de dramatiser cette période, le défenseur veut donc s’en servir : « on a pris une claque. Le but, c’est d’apprendre de cette défaite, de nos erreurs. »
Cavalry, le match parfait pour réagir
Le calendrier offre justement à Forge l’occasion de mesurer immédiatement sa réaction. Samedi, les premiers se déplacent à Calgary, deuxième, pour retrouver Cavalry FC à ATCO Field. Difficile d’imaginer enjeu plus clair : un seul point sépare les deux équipes en tête du classement, même si Forge possède l’avantage d’avoir disputé un match de moins.
Cavalry se présente également avec des arguments impressionnants. Les Albertains n’ont perdu que deux fois en 16 matchs et possèdent la meilleure attaque de PLC avec 31 buts inscrits, tout en ayant eux aussi encaissé seulement neuf buts.
Le duel oppose donc les deux meilleures défenses du championnat, mais aussi les deux équipes qui ont nettement pris les devants dans la course à la première place : le troisième, Vancouver FC, compte 26 points.
Pour Batisse, la motivation va de soi. « Quand tu es compétiteur et que tu souhaites rester en haut du tableau, la motivation, on n’a même pas besoin d’en parler. C’est à nous de régler les petits détails parce que ça va se jouer là-dessus », prévient-il.

Filion y voit lui aussi exactement le type de rendez-vous dont Forge avait besoin. « Je pense que c’est le match nécessaire pour qu’on puisse se relancer », estime-t-il.
L’attaquant s’attend surtout à une confrontation physique. « Ça va être une bataille d’efforts. La distance parcourue va compter. Tu peux avoir un plan de match, mais si tu ne mets pas les efforts dedans, ça ne fonctionnera jamais. »
Au-delà des trois points, le rendez-vous doit donc permettre de savoir si le leader est capable de retrouver immédiatement le niveau qui lui a permis de prendre les commandes de la PLC.
Batisse, au cœur du verrou de Forge
Si Forge s’est installé en tête, sa défense n’y est pas étrangère. Avec seulement neuf buts encaissés en 15 rencontres, l’équipe de Bobby Smyrniotis affiche une moyenne de 0,6 but concédé par match. Aucune équipe de PLC ne fait mieux.
Arrivé cette saison pour suppléer le départ de l’emblématique Alexander Achinioti-Jönsson, Antoine Batisse s’est rapidement imposé dans l’arrière-garde hamiltonienne. Le Français se montre satisfait de sa première moitié de saison, notamment de son important temps de jeu (1350 minutes sur 1350 possibles). Ses contributions offensives (3 buts et 2 passes décisives) sont venues s’ajouter à ce qu’il considère comme sa mission première.
« C’est la petite cerise sur le gâteau de mettre des buts. Je suis très content d’avoir apporté ma pierre à l’édifice offensivement, mais le plus important pour moi, c’est de gagner et, à la fin de la saison, de rester en haut. »

La réussite défensive de Forge est d’autant plus notable que le secteur avait été renouvelé, avec notamment les arrivées de Batisse et du gardien Dimitry Bertaud. Le défenseur évoque pourtant une adaptation presque immédiate.
Le travail effectué depuis janvier, les matchs de Coupe des champions de la Concacaf et les rencontres de préparation ont permis aux automatismes de se créer. Mais le Français insiste surtout sur la qualité humaine et footballistique de ses partenaires.
« Ça s’est fait naturellement. C’est facile de s’intégrer quand tu as des mecs qui sont bons, intelligents, qui communiquent bien, de bons footballeurs et de bons gars. »
Une attaque qui sait pouvoir faire mieux
À l’autre bout du terrain, le constat de Maxime Filion est légèrement différent. Forge gagne, mais son attaque possède encore une marge de progression. Avec 23 réalisations en 15 matchs, les Hamiltoniens ne possèdent que la quatrième attaque de PLC, derrière Cavalry (31 buts), Vancouver et Atlético Ottawa (25 chacun).
Un contraste intéressant : Forge domine donc la PLC en s’appuyant avant tout sur sa capacité à ne presque rien concéder, alors que son potentiel offensif ne s’est pas encore pleinement exprimé. Et Filion ne cherche pas à masquer cet axe d’amélioration.
« Offensivement, il faut marquer les opportunités qu’on a. Souvent, ça passe proche, on a parfois un peu de malchance, mais il faut créer davantage d’occasions. Dans le dernier tiers, il faut y aller, il faut marquer. »

Pour Filion, c’est presque une bonne nouvelle : Forge se trouve déjà en tête sans avoir encore exprimé tout son potentiel offensif. « On a une marge. On est capables de se renforcer, on est meilleurs que ça. Il faut juste les mettre. »
À titre individuel, le Franco-Ontarien a déjà dépassé son temps de jeu de la saison dernière (398 minutes contre 220 au total en 2025) au moment de l’entretien et inscrit deux buts. Mais lui non plus ne veut pas s’en satisfaire.
« Je pense que je peux faire mieux, avoir plus de minutes et mettre beaucoup plus de buts. Je sais que je suis capable d’en faire plus. »
Dans un effectif aussi concurrentiel que celui de Forge, il sait aussi que chaque apparition compte. « Quand le coach te met, il faut saisir ton opportunité. Comme attaquant, il faut marquer, faire des contributions. Il faut qu’il puisse se dire : ‘Si je le fais entrer, il va changer le match’. »
Forge ne veut choisir aucun trophée
La saison de Forge ne se limite cependant pas à sa bataille avec Cavalry. Le club est également à deux matchs d’une nouvelle finale du Championnat canadien. Il faudra d’abord éliminer le FC Supra du Québec en demi-finale avant de pouvoir envisager une confrontation avec une formation de MLS.
Le club ontarien connaît d’ailleurs déjà les longues aventures dans cette compétition. Il affiche 20 matchs de Championnat canadien dans son histoire pour neuf victoires, quatre matchs nuls et sept défaites.
Antoine Batisse refuse néanmoins de regarder trop loin. « Ce qui m’importe le plus, c’est d’essayer de marquer les esprits en championnat, de rester en haut et, bien sûr, en coupe, d’essayer d’aller en finale. »

Mais le défenseur ne cache pas non plus l’intérêt que représenterait la possibilité d’accomplir quelque chose qu’aucune formation de PLC n’a encore réussi : remporter le Championnat canadien.
« On met le pied sur le terrain, on a envie de gagner. Alors pourquoi pas? On sait que c’est compliqué, mais c’est un petit défi en plus. Avant ça, il faut battre Supra en demi-finale. »
Filion partage cette ambition. Pour lui, atteindre une éventuelle finale simplement pour se mesurer à une formation de MLS ne suffirait pas. « Ce sont ces matchs-là qu’on veut, les matchs de coupe, les matchs importants. On ne s’en va pas là juste pour jouer, on veut vraiment la gagner. »
Briser la malédiction en PLC
Le Championnat canadien n’est pourtant pas le seul endroit où Forge peut écrire une nouvelle page de son histoire cette saison.
Depuis la création de la PLC, aucune équipe ayant terminé en tête de la saison régulière n’est ensuite parvenue à remporter la phase finale la même année. Forge connaît particulièrement bien ce paradoxe : champion de la saison régulière en 2021, 2024 et 2025, le club de Hamilton n’a remporté le titre de champion de PLC lors d’aucune de ces trois saisons.
Même cette statistique ne semble pas impressionner Filion. « Je n’y pense pas trop. C’est une statistique qui existe, mais je me dis qu’on peut être l’équipe des premières fois. Moi, je veux tous les gagner. »
Une phrase qui résume finalement assez bien l’état d’esprit de Forge.
Premier avec 35 points, mais avec Cavalry à une seule longueur. Meilleure défense de PLC à égalité avec son rival albertain, mais seulement quatrième attaque. Toujours en course sur plusieurs tableaux, mais encore loin d’avoir remporté quoi que ce soit.
Et après un nul à Halifax puis une défaite contre Vancouver, le déplacement de samedi à Calgary prend une dimension particulière. Forge a dominé la première partie de la saison. Il lui reste désormais à prouver qu’il peut résister lorsque son principal poursuivant se rapproche , et, surtout, terminer le travail.