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Conservateurs et Franco-Ontariens : un mariage raté de plus de 100 ans ?

Temps de lecture : 3 minutes

Depuis plusieurs semaines, la crise a ravivé l’hostilité des Franco-Ontariens contre les progressiste-conservateurs. Comme en 1912 avec James Whitney et le Règlement XVII, puis en 1997 avec Mike Harris et SOS Montfort, les périodes de tensions linguistiques sont à priori sous des gouvernements conservateurs. À défaut ne de pas exister, la mauvaise étoile du parti vis-à-vis des francophones serait tout de même à nuancer, estiment trois politologues.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Pour Stéphanie Chouinard du Collège militaire royal du Canada, la comparaison ne serait pas si aisée que ça. « Bill Davis ne peut pas être comparé à Doug Ford. La tradition du Red Tory bien canadienne, incarnée par Bill Davis [premier ministre de l’Ontario de 1971 à 1985], on la voit de moins en moins, au profit d’un conservatisme plus idéologique et plus populiste. C’est un parti politique qui a énormément évolué, tant au provincial qu’au fédéral. Au Nouveau-Brunswick, Richard Hatfield [premier ministre du Nouveau-Brunswick de 1970 à 1987] est, par exemple, très différent du nouveau premier ministre, Blaine Higgs. C’est une tendance qui se voit à la grandeur du pays. »

Et de poursuivre : « Le conservatisme des anciens était fiscalement à droite, mais il y avait une compréhension de la dualité linguistique au Canada. »

Si Bill Davis est souvent vu comme un conservateur ouvert à la francophonie, à la différence d’un Doug Ford ou même d’un Mike Harris, le rapport est encore plus complexe pour François Charbonneau, de l’Université d’Ottawa. « Bill Davis a été un frein à l’expansion des écoles secondaires, pas pro-actif, mais il n’a pas remis en question les acquis. »

Plus encore pour le politologue, les décisions de la formation politique concernant les Franco-Ontariens obéiraient plutôt à « une sorte de pragmatisme ». Une observation valable même quand les décisions sont favorables, selon lui. À commencer par le droit à la gestion scolaire autonome accordé par le gouvernement progressiste-conservateur de Mike Harris à partir de 1998.

« C’était du pragmatisme. Le premier ministre, Mike Harris, aurait perdu contre les tribunaux s’il s’était entêté à aller contre les conseils. Dans le cas du Commissariat aux services en français et de l’Université de l’Ontario français, ce n’est pas un droit, car ce n’est pas prévu par la Constitution canadienne, sinon Doug Ford ne l’aurait pas fait. »

Fond bleu chez les francophones de l’Ontario

Si la relation entre les Franco-Ontariens et le parti au pouvoir est aujourd’hui au plus bas, on ne peut pas non plus tout caricaturer. « La communauté a toujours été plus proche des libéraux. Mais on a vu sous l’ancien chef Patrick Brown, une volonté de réparer la relation, de trouver de meilleurs liens de confiance », estime Peter Graefe de l’Université McMaster de Hamilton.

« D’une manière générale, le monopole du Parti libéral en Ontario pour les francophones n’existe plus, et le Nouveau Parti démocratique (NPD) a réussi dans le Nord et le Sud-Ouest. Mais la gifle de M. Ford et de la ministre des Affaires francophone, Caroline Mulroney, rendra difficile de rebâtir les ponts nécessaires. »

Pour François Charbonneau, la relation est encore plus complexe. « Il y a très souvent eu des francophones membres du parti. À la fin du 19ème siècle et au début 20ème siècle, les clerico-nationalistes préféraient les conservateurs, tandis qu’au moment du Règlement XVII, des francophones faisaient partie du gouvernement. »

Pour Mme Chouinard, ce fond bleu est réel, et peut-même se vérifier avec l’ancien chef Patrick Brown. « Il était un défendeur de certaines politiques sur les services français. Après avoir perdu son siège de leader, il continue de prendre la parole publiquement pour l’Université de l’Ontario français. Je pense qu’il faut faire la part des choses. Tous les conservateurs ne se valent pas quant à l’intérêt qu’ils portent à la francophonie. »

Au cours du passé, plusieurs francophones ont défendu les couleurs conservatrices pour une élection provinciale. Parmi les plus connus : Gisèle Lalonde (Ottawa-Vanier) en 1977, et plus récemment, Roxane Villeneuve (Glengarry-Prescott-Russell) et Martin Forget (Ottawa-Vanier) en 2014, André Marin (Ottawa-Vanier) en 2016, et donc Amanda Simard (Glengarry-Prescott-Russell) en 2018.

Bonne note chez les conservateurs fédéraux

Pour les trois politologues interrogés, les gouvernements conservateurs au fédéral n’ont toutefois pas remis en cause le principe du bilinguisme.

« Ce fut le cas avec Brian Mulroney et Stephen Harper » , illustre M. Charbonneau. « Dans l’ensemble, le parti lui-même s’est réconcilié avec le bilinguisme, bien qu’il rassemble quand même des membres qui viennent de partout au pays, dont beaucoup de gens qui en veulent à la bilinguisation du pays, et leurs difficultés à trouver des emplois au gouvernement fédéral. »

Certes, les droits des minorités linguistiques enchâssés dans la constitution canadienne obligent les gouvernements à se montrer plus conciliants. Mais il y’aurait un peu plus, souligne M. Graefe.

« Au niveau fédéral, on voit tout de même une capacité des conservateurs à trouver des ponts avec les Franco-Ontariens. Sous Stephen Harper, les députés Pierre Lemieux et Royal Galipeau ont su trouver une place, et une capacité de faire valoir les intérêts de la communauté. »


POUR EN SAVOIR PLUS :

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