Course à la mairie de Toronto : Chow et Bradford s’affrontent, Alexander attaque les deux bilans
TORONTO – Taxes foncières, logement, transports en commun, congestion et économie : Olivia Chow, Brad Bradford et Chris Alexander ont confronté leurs visions de Toronto mardi soir lors d’un débat marqué par les échanges musclés entre la mairesse sortante et le conseiller municipal. Le troisième candidat a, lui, tenté de renvoyer ses deux adversaires à leur bilan à l’hôtel de ville et de placer la compétitivité économique au cœur de la campagne.
Au Théâtre Isabel Bader de l’Université de Toronto, les trois principaux candidats à la mairie se retrouvaient mardi soir pour leur deuxième débat de la campagne électorale. Dès le départ Olivia Chow a été placée dans la position attendue d’une mairesse sortante : défendre trois années de bilan.
Face à elle, Brad Bradford a multiplié les attaques sur les taxes, le logement et l’état des transports en commun. Mais le conseiller municipal, élu depuis 2018, a lui-même dû répondre de son passage à l’hôtel de ville.
Une situation dont Chris Alexander a cherché à profiter. L’ancien ministre fédéral conservateur a régulièrement attaqué les deux autres candidats, leur reprochant de partager la responsabilité de problèmes qu’ils promettent aujourd’hui de résoudre.
Bradford promet un gel, Alexander attaque les deux bilans
Le ton est rapidement monté lorsque le débat s’est déplacé vers les finances municipales. Brad Bradford a annoncé qu’il gèlerait les taxes foncières lors de sa première année à la mairie et procéderait à un examen « ligne par ligne » des dépenses de la Ville.
Une proposition qui a permis à Chris Alexander de l’interpeller directement. « Vous êtes au conseil municipal depuis huit ans. Aucun examen ligne par ligne. Un déficit de 1,7 milliard de dollars. Assumez-vous une part de responsabilité dans ces échecs? » lui a-t-il demandé.
Alexander réclame lui aussi un examen des dépenses et affirme avoir été le premier candidat à proposer un gel des taxes foncières en 2027. Après le débat, il a accusé Bradford d’avoir repris sa proposition.
Olivia Chow a, elle aussi, utilisé le passé de son adversaire pour contre-attaquer. « J’ai passé les trois dernières années à nettoyer le gâchis », a-t-elle lancé à Bradford, lui reprochant d’avoir contribué à laisser un trou de près de deux milliards de dollars dans les finances municipales.
La mairesse sortante défend plutôt les accords conclus avec les gouvernements provincial et fédéral, notamment le transfert au gouvernement ontarien de la responsabilité du Gardiner Expressway et de la Don Valley Parkway.
Dans la mêlée de presse suivant le débat, elle a assumé le ton particulièrement offensif employé contre Bradford. « Il doit simplement assumer son bilan », a-t-elle insisté, lui reprochant notamment les décisions prises sur le TTC et les redevances d’aménagement.
Trois diagnostics pour le TTC
Les transports en commun ont fait apparaître trois approches différentes. Olivia Chow veut notamment rendre le TTC moins coûteux. Elle propose qu’après dix trajets effectués au cours d’une même semaine, les déplacements suivants soient gratuits.
Brad Bradford estime que le problème se trouve ailleurs. « Personne ne vous dit qu’il ne prend pas les transports en commun à cause du tarif. Ce n’est pas les 3,30 $ », a-t-il insisté après le débat.
Le conseiller municipal pointe plutôt la sécurité et la fiabilité. Il promet des agents en uniforme dans le réseau, des normes de propreté et d’éclairage dans les stations, des portes palières dans les stations les plus fréquentées et une garantie de service de 15 minutes.
« Il s’agit d’établir une culture de responsabilité », a-t-il résumé, estimant que les usagers du TTC doivent être considérés comme des clients dont le temps doit être respecté.
Chris Alexander s’est également opposé à la proposition de Chow, mais en insistant davantage sur les finances du réseau. Pendant le débat, il a évoqué le déficit d’exploitation anticipé du TTC et estimé qu’une nouvelle réduction tarifaire risquait d’accentuer les difficultés alors que des investissements sont nécessaires dans la fiabilité, la sécurité et les infrastructures.
Sur la congestion, il veut également faire du prochain maire le « responsable en chef de la congestion » de Toronto et lui faire suivre quotidiennement la situation.
Chow renvoie Bradford à son passé sur le logement
Le même jeu à trois s’est reproduit sur le logement. Brad Bradford a attaqué la stratégie d’Olivia Chow et le rythme de construction, défendant plutôt la création de conditions permettant au secteur privé de construire davantage.
La mairesse a répondu en rappelant son passage à la tête du comité de planification et de logement. Elle lui reproche d’avoir contribué à l’augmentation des redevances d’aménagement et à des délais d’approbation qu’elle affirme avoir depuis réduits. « Ce que vous faites et ce que vous avez fait dans le passé compte », a-t-elle encore déclaré.
Chris Alexander a, lui, attaqué les deux. Il juge insuffisants les résultats obtenus en matière de construction et souhaite notamment relancer le logement coopératif en négociant avec Ottawa. Le candidat veut également utiliser davantage les terrains appartenant à la Ville et faciliter la construction de logements intermédiaires.
Alexander veut déplacer la campagne vers l’économie
Moins impliqué dans certains des échanges les plus acrimonieux entre Chow et Bradford, Chris Alexander a cherché à se distinguer sur l’économie. « J’avais l’impression d’être au milieu des deux pendant qu’ils se chamaillaient », a-t-il résumé après le débat.
L’ancien ministre considère que la « vocation économique » de Toronto a été négligée par la mairesse, mais aussi par le conseil municipal, « y compris Brad Bradford ».
Il reproche notamment à Mme Chow de ne pas avoir suffisamment porté Toronto auprès des investisseurs et veut attirer davantage d’entreprises dans les secteurs de l’intelligence artificielle, des technologies et de la fabrication avancée.
M. Alexander souhaite aussi protéger les terrains réservés aux emplois et revoir la fiscalité commerciale pour rendre Toronto plus attractive. Son argument tout au long de la soirée : l’abordabilité ne peut pas uniquement être abordée par les dépenses, les taxes ou le coût des services, mais également par la création d’emplois et la croissance économique.
Deux portraits opposés de Toronto
Au-delà des propositions, Chow et Bradford se sont également affrontés sur le portrait même de la ville.
M. Bradford assume de montrer des images de personnes sans-abri ou aux prises avec des problèmes de dépendance dans sa campagne. Interrogé après le débat sur cette représentation, il a refusé de parler d’« images extrêmes ».
« Ce sont simplement les images que n’importe quelle personne prenant le métro peut voir », a-t-il affirmé, citant notamment Yonge-Dundas Square, les environs de Union Station et certaines lignes du TTC.
« Je veux simplement être honnête avec les gens sur la situation actuelle de la ville », a-t-il ajouté.
Olivia Chow lui reproche au contraire de présenter Toronto comme un « champ de ruines », un terme qu’elle attribue à son adversaire.
Questionnée sur le risque de présenter elle-même une vision trop optimiste de la Ville Reine, la mairesse a reconnu les difficultés auxquelles la ville demeure confrontée. Elle estime néanmoins que Toronto a « tourné un coin » et défend une ville qu’elle décrit comme ambitieuse et confiante.
« Rabaisser la ville en la qualifiant de « wasteland », ce n’est pas ce que nous sommes », a-t-elle répondu.
À l’issue du débat, les trois candidats restaient ainsi sur trois récits distincts : Olivia Chow défendant une ville dont le redressement serait amorcé, Brad Bradford promettant de corriger ce qu’il considère comme une détérioration des services et Chris Alexander affirmant que ni la mairesse ni son adversaire conseiller municipal ne peuvent complètement se dissocier du bilan de l’hôtel de ville.