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Crystal Desrosiers, une Franco-Manitobaine au bénévolat dans la peau

Temps de lecture : 5 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

WINNIPEG – Crystal Desrosiers a tout récemment reçu un prix Riel dans la catégorie Développement communautaire. Cette distinction, créée en 1983, est décernée à des Franco-Manitobains afin de souligner leur contribution au sein de leur communauté. Les démarches fructueuses et les projets menés avec succès par Crystal Desrosiers ne se comptent plus. Ceux et celles qui ont appuyé la candidature de Mme Desrosiers en ont dressé une liste exhaustive dans le dossier de nomination qui a été soumis  : mise sur pied d’ateliers d’art traditionnel, organisation d’événements, gestion de budgets, demande de subventions gouvernementales, recrutement de bénévoles, ne sont que quelques exemples de son action communautaire. Rencontre avec la lauréate.

« Qu’est-ce que ça représente pour vous d’être lauréate du prix Riel ?

C’est un grand honneur d’être reconnue. Ça m’a beaucoup surprise parce que, typiquement, quand je pense à ceux qui reçoivent ces prix, ce sont souvent des gens beaucoup plus aînés. Ces prix Riel existent depuis 1983 et je trouvais ça intéressant. J’ai regardé la liste et j’ai trouvé une douzaine de Métis comme moi, francophones, et puis je me sentais vraiment fière du fait que je fais maintenant partie de ce groupe-là.

Des gens de la classe politique, des écrivains, des architectes, des producteurs et des éducateurs sont au nombre des lauréats qui ont été honorés depuis la création de ce prix. On devine que c’est un grand honneur pour vous…

Il faut admettre que je me suis sentie comme si je ne le méritais pas. Ça a été mon instinct quand Daniel Boucher de la Société de la francophonie manitobaine (SFM) m’a appelée pour m’avertir. Lorsque j’ai appelé la personne qui était responsable de la nomination, elle m’a dit «  Tu le mérites !  ».

Bien sûr, il y a eu aussi votre travail pour l’Union nationale métisse Saint-Joseph, la plus ancienne organisation francophone au Manitoba, et métisse du Canada, qui a dû faire la différence ?

Je me sentais un peu mal parce que, depuis les vingt années où j’ai siégé à l’Union nationale métisse (Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba, UNMSJM), je ne me suis jamais sentie seule. Puis je me sentais un peu mal d’être celle qui est reconnue, quand il y a tellement de personnes de la communauté qui aident et qui donnent de leur temps. Mais d’un autre côté, je me sentais très fière.

Est-ce que ce prix va changer quelque chose pour vous ?

Je ne pense pas que ça va vraiment changer les choses pour moi puisque, comme je suis de retour au travail à temps plein, j’ai réduit un peu mon temps de ce côté-là pour pouvoir avancer ma carrière un petit peu plus. Mais toute ma vie, ça faisait partie de mon quotidien avec mes parents. C’était juste quelque chose que tu fais : donner ton temps à différentes causes, aider là où on a besoin d’aider. Alors, je pense que ça va toujours être le cas pour moi. Faire du bénévolat fera toujours partie de ma vie.

Crystal Desrosiers participe à de nombreux événements francophones manitobains. Gracieuseté

Vous souvenez-vous à quand remonte votre engagement communautaire ?

J’ai commencé à faire ça pendant quelques semaines d’été et j’ai beaucoup aimé. Je pense que c’est une des raisons qui font que je suis dans le domaine où je suis maintenant. Ça a commencé quand j’avais 12 ou 13 ans et je me suis impliquée dans l’Union nationale métisse dès l’âge de 18 ans. Aujourd’hui, j’ai 40 ans.

Vos parents vous ont-ils encouragée dans cette voie ?

Ma mère et mon père ont toujours fait du bénévolat, comme au Festival du voyageur, avec l’Union nationale métisse. Ma mère elle donne son temps depuis 25 ans avec la radio communautaire à Saint-Boniface. Alors ça faisait partie de notre vie. Je voyais mes parents le faire tout le temps, et je le faisais avec eux.

Ma mère était enseignante. Alors j’avais deux mois (par année) avec elle. Quand nous passions nos étés dans notre chalet à Saint-Malo, une petite communauté francophone au sud de Winnipeg, elle était tannée de m’entendre dire que je n’avais rien à faire. Alors, elle m’a encouragée à faire du bénévolat dans un centre de jour pour personnes ayant un handicap intellectuel.

Y a-t-il une ou des personnes qui vous ont inspirée ?

Je dirais que c’est ma mère et mon père. Mon père, lui, n’est jamais dans la grande lumière dans tous les événements, mais il est toujours le premier à être là pour aider dans toutes sortes de domaines. Que ce soit les sports ou l’école, ou encore la communauté. Alors, je dirais les deux. Je trouve ça vraiment spécial qu’ils m’aient transmis cette valeur-là, de l’importance de donner son temps à la communauté et j’espère transmettre à mes enfants cette même valeur. Je pense qu’ils le voient parce que, déjà, ils sont impliqués avec moi. Je trouve que c’est une valeur très importante.

L’exécutif de l’UNMSJM : Dée-Anne Vermette, Crystal Desrosiers, Andrina Turenne et Paulette Duguay. Gracieuseté

Au cours de votre carrière dans le bénévolat, y a-t-il un accomplissement dont vous êtes particulièrement fière ?

L’Union nationale métisse n’avait jamais reçu de fonds opérationnels au cours de près de 130 ans d’existence. J’ai donc travaillé sur une demande, avec une des aînées qui siégeaient sur le comité. On a travaillé pendant des mois. Les demandes fédérales sont compliquées. Il y a tellement de questions ! On a travaillé super fort sur ça et en 2019, pour la première fois dans l’histoire de l’Union, on a reçu des fonds opérationnels pour avoir un bureau et employer des gens. C’est quelque chose dont je suis super fière.

Est-ce que c’est difficile en 2021 d’être à la fois jeune femme, métisse et francophone dans la société canadienne et manitobaine d’aujourd’hui ?

Je pense que les choses se sont beaucoup améliorées de ce côté-là, quand je pense à mes parents et les choses qu’ils ont vécues. Mais on n’est pas encore arrivées, je dirais. Du côté des métis francophones, on est souvent oubliés. La Fédération métisse du Manitoba (Manitoba Metis Federation – MMF), commence à faire un effort pour inclure les métis francophones dans son mandat, et elle le fait à cause de l’Union nationale métisse, mais il me semble que nous n’y avons pas la place dont nous avons besoin. Les femmes sont par exemple valorisées au sein de l’Union nationale métisse.

Est-ce qu’il y a quelque chose que vous aimeriez changer ?

Une des choses qui était un défi pour l’Union et pour à peu près toutes les organisations qui ont besoin de bénévoles, c’est de recruter des gens qui peuvent donner de leur temps. C’est une cause importante pour moi d’impliquer la jeunesse et les jeunes familles pour qu’elles découvrent la valeur de donner son temps à la communauté. Il y a des gens comme ça, mais pas assez pour les besoins. »

Crystal et Myriam et sa fille, au Festival du voyageur. Gracieuseté

LES DATES-CLÉS CRYSTAL DESROSIERS :

1981 : Naissance à Winnipeg (Manitoba)

1999 : Obtient son diplôme d’études secondaires

1999 : Débute son action bénévole pour les Métis du Manitoba

2000 : Récipiendaire de la Bourse Neil Gaudry

2019 : Permet à l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba d’obtenir des fonds opérationnels

2021 : Reçoit le prix Riel, dans la catégorie Développement communautaire

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada

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