D’Abidjan à la ville du nickel : le parcours atypique de Japha
[SEMAINE NATIONALE DE L’IMMIGRATION FRANCOPHONE]
SUDBURY – Désireux de relever un nouveau défi, Japha quitte son travail dans le secteur bancaire et sa vie en Côte d’Ivoire pour entreprendre des études en petite enfance au Collège Boréal. Lorsqu’il postule, il n’anticipe pas quel campus l’admettra dans un programme. Au final, c’est à Sudbury qu’il atterrit en 2025. Et si le jeune homme rencontre un réel choc culturel, il parvient, au fil du temps, à s’imposer comme un artiste musical francophone émergent de la scène culturelle locale.
Arrivé dans la ville du nickel en août 2025, Japha, de son vrai nom José Kouakou, se lance dans des études en petite enfance au Collège Boréal. En parallèle, il travaille pour faire connaître sa musique en multipliant les prestations sur les petites scènes de la ville qui l’a adopté. « Je rêve d’être un artiste incontournable », exprime-t-il à ONFR.
Né en Côte d’Ivoire, il a travaillé dans le milieu bancaire pendant cinq ans. Depuis l’enfance, il est bercé par la musique, sa mère étant choriste. « Quand j’étais petit, j’aimais copier les chansons que j’entendais, dès que j’ai commencé à savoir écrire, bien sûr. J’écoutais Meiway, Gadji Celi, Bahi Spinto. Ce sont des artistes de mon pays, des icônes. »
Très rapidement, la chanson francophone s’impose comme une source d’inspiration majeure dans son développement artistique. « J’ai surtout écouté de la musique francophone, des musiques françaises, des artistes comme Marc Lavoine, Garou, Claude Barzotti, donc ce sont des artistes aussi qui m’ont influencé. »
Ce n’est pas surprenant qu’au-delà de ses projets d’études et d’emploi, il veuille surtout réussir une carrière musicale au Canada. La première étape? Séduire le Nord de l’Ontario. Depuis quelques mois, il devient l’un des visages récurrents de la scène culturelle sudburoise. Le 25 septembre dernier, à l’occasion du jour des Franco-Ontariens, il a interprété l’hymne Notre Place lors du lever du drapeau à l’Université de Sudbury. Le lendemain, il montait sur scène dans le cadre du French Fest.
Alors qu’il s’habitue à sa nouvelle vie à Sudbury, il voit en cette francophonie locale une réelle audience. « Ce public qui commence à se fédérer autour de moi me donne beaucoup de plaisir, affirme-t-il. Je vais me mettre à fond en chantant uniquement en français et ça va me permettre de valoriser ce patrimoine. »
D’Abidjan à Sudbury, un grand écart
Lors de son arrivée à Sudbury, Japha n’avait encore jamais mis les pieds dans un autre pays. Il a postulé au Collège Boréal, sans choisir de campus particulier au moment de déposer sa candidature. Lorsqu’il est admis, il apprend que sa formation sera offerte à Sudbury, une ville qu’il ne connaissait pas auparavant.
« À vrai dire, j’étais découragé parce que c’est une ville vraiment très calme. Nous, à Abidjan, c’est le show, c’est tout le temps le show! Tu peux sortir quand tu veux. Et puis tu arrives dans un endroit qui, en plus, a de la neige. C’est carrément différent, il n’y a pas de coin véritable où tu peux vraiment sortir. »
Aussi, c’est la différence de codes qui marque l’esprit de l’étudiant au Collège Boréal. Habitué de la chaleur sociale ouest-africaine, il est vite heurté à une culture plus individualiste à Sudbury.

« Je m’étais déjà préparé à l’avance. Je savais qu’on n’avait vraiment pas la même culture. Tu peux saluer quelqu’un et cette personne ne te répond pas. Tu peux même habiter chez un propriétaire de maison et ne jamais le voir. Donc c’était vraiment différent. »
Parmi les obstacles rencontrés dans son parcours dans le Nord de l’Ontario, il mentionne notamment la barrière linguistique. « L’anglais c’est toujours un défi pour moi parce que c’est purement anglophone la vie ici à Sudbury, même si dans quelques endroits tu entends quelques personnes au moins parler français. »
Mais rapidement, Japha s’immerse dans la communauté ouest-africaine francophone grandissante de la ville. « J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup d’immigrants, dont beaucoup d’Africains, ce qui m’a beaucoup plu. Grâce à ça, je ne me suis pas tout de suite senti dépaysé. À l’église, par exemple, la messe se faisait en français. »
Garder l’équilibre entre travail et passion
S’il mène de front ses deux fonctions d’étudiant et de chanteur, Japha admet qu’il accorde une importance à son cheminement académique et professionnel. À un an de l’obtention de son diplôme, il compte garder le cap sur sa trajectoire post-études et son objectif d’intégrer le milieu de la petite enfance à Sudbury. Surtout, il ne laisse pas la musique empiéter dessus.
« Je ne fait pas de prestation en période de travail. Si on m’appelle pour ça, je dis que je ne suis pas disponible parce que je dois travailler. Pour le moment, c’est le travail et les études. Je fais les choses pas à pas et quand je finirai les études, je compte travailler . »

Pourtant, son ambition musicale reste indissociable de son projet d’immigration au Canada. L’année dernière, il a sorti son premier album, Métamorphose, dont il assure la promotion dans le Nord de l’Ontario. « C’est un album qui parle d’abnégation, d’amour, de vivre ensemble, dit-il. C’est un album très riche qui donne en même temps des émotions ça donne beaucoup de force de courage ».
Alors qu’il prépare plusieurs concerts pour l’année prochaine, Japha se réjouit du chaleureux accueil que lui réserve la communauté francophone de Sudbury. Un peu plus d’un an après son arrivée, il remarque une ouverture à sa musique aux sonorités africaines. « Les gens s’accaparent bien de ce genre musical. Qui sait? Peut-être que je vais chercher à changer le nom de ma musique à ‘afrobeat franco-ontarien’! »