Les élections municipales du 26 octobre en Ontario. Photo : Canva
Chroniques

Misère de la démocratie municipale ontarienne

Les élections municipales du 26 octobre en Ontario. Photo : Canva

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

On dit souvent du mois de novembre qu’il est particulièrement déprimant. La cause en est sans doute le changement d’heure, le noir qui s’installe plus tôt dans la journée et les arbres qui se dégarnissent de leurs feuilles. Cette réputation de mois maussade, associée également au fait qu’il constitue le mois des morts dans la tradition chrétienne, avait d’ailleurs amené le groupe québécois Les Colocs à intituler l’un de ses albums Dehors novembre.

Novembre est arrivé en avance chez moi cette année. Le politologue que je suis a eu un coup de déprime au réveil mardi matin en prenant connaissance du taux de participation à l’élection municipale à Ottawa, où je demeure. Seuls 36 % de mes concitoyens ottaviens avaient pris la peine de se déplacer pour participer à l’élection municipale de la veille. Il s’agit du plus faible taux de participation aux élections municipales de la ville depuis 2003.

Le taux de participation était tout aussi bas dans plusieurs villes ontariennes : 32 % à Hamilton, 34 % à Cornwall et à Mississauga, 39 % à North Bay et à Clarence-Rockland, 41 % à Sudbury et à Thunder Bay. À Kitchener, le taux de participation n’était lui que de 22 %! Rare bonne nouvelle, le taux de participation à Toronto, qui était de 29 % en 2022, a lui considérablement augmenté, 46 % des électeurs inscrits ayant déposé un bulletin de vote.

Il faudra attendre les résultats officiels dans l’ensemble des municipalités pour voir si le taux de participation global aux élections de cette semaine a fortement diminué en Ontario. Qu’importe si c’est le cas ou non, on ne peut que déplorer le fait que moins de la moitié des Ontariens et des Ontariennes ont exercé leur droit démocratique le plus élémentaire. Cette faible participation aux élections municipales n’est pas généralisée à l’ensemble des pays occidentaux.

À titre d’exemple, la participation aux dernières élections locales en Suède il y a quelques semaines était de 82 %. En Espagne, lors des dernières élections municipales en 2023, 64 % des citoyens avaient exercé leur droit de vote. Il serait cependant trop facile de blâmer les citoyens pour le faible taux de participation aux élections ontariennes. Dans un premier temps, il y a des facteurs structurels et institutionnels importants contribuant à un plus faible taux de participation aux élections locales en Ontario (et au Canada plus généralement) en comparaison avec différents pays européens.

En Europe, les élections locales dans certains pays ont souvent lieu en même temps que des élections nationales ou régionales, les citoyens étant appelés à voter simultanément pour leurs représentants à différents niveaux de l’État, contribuant ainsi à un plus haut taux de participation. De plus, les élections municipales consistent en des affrontements entre représentants de partis politiques qui sont habituellement les mêmes que les partis politiques nationaux ou régionaux.

En Ontario, les partis politiques municipaux sont interdits et les électeurs doivent faire l’effort de se renseigner sur les orientations des différents candidats et candidates plutôt que d’utiliser ce raccourci d’information qu’est une bannière partisane. Ensuite, une étude publiée par mes collègues Ben Andrews et Scott Pruysers en 2022 dans la Revue canadienne de science politique a démontré un lien entre le taux de participation aux élections municipales au Canada et le nombre de journaux dans une municipalité, l’univers médiatique local contribuant à renseigner les résidents sur les enjeux politiques municipaux et à mieux faire connaître les candidates et candidats aux élections locales.

Dans cette perspective, on ne peut que déplorer la disparition de près de 600 journaux locaux au Canada depuis 2008, selon le Local News Research Project de l’Université métropolitaine de Toronto. La qualité de la démocratie locale dépend fortement de la présence de médias locaux.

Finalement, en discutant de l’état de la démocratie ontarienne, on ne peut bien entendu pas passer sous silence le rôle du gouvernement provincial. Peut-on vraiment parler de démocratie locale quand le gouvernement provincial peut, comme l’ont fait différents gouvernements ontariens au cours des dernières décennies, unilatéralement fusionner des municipalités ou réduire le nombre de conseillers municipaux, ou encore imposer son autorité au détriment des choix des élus municipaux sur des enjeux qui sont clairement du domaine municipal, comme les pistes cyclables ou encore les radars photo municipaux? Et peut-on blâmer les citoyens de ne pas s’intéresser aux élections municipales quand les décisions qui affectent leur vie locale semblent trop souvent prises à Queen’s Park plutôt que par les élus locaux?

L’adage veut que la lumière finisse toujours par rejaillir des ténèbres et il y a quand même certaines pépites de soleil qui ont émergé des élections municipales. C’est le cas, entre autres, de la représentation grandissante des femmes en politique municipale. Pour la première fois dans l’histoire d’Ottawa, le conseil municipal sera majoritairement composé de femmes. De plus, les citoyens de Niagara Falls, North Bay et Port Colborne ont élu une mairesse pour la première fois dans l’histoire de leur ville. De quoi trouver un peu d’espoir politique alors que novembre arrive.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.