Dan Ngenzi Ya Ruty est commissaire aux affaires francophones et étudiant à l’Université d’Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR
Société

Dan Ngenzi Ya Ruty : s’engager pour faire une place aux autres

Dan Ngenzi Ya Ruty est commissaire aux affaires francophones et étudiant à l’Université d’Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

[SEMAINE NATIONALE DE L’IMMIGRATION FRANCOPHONE]

OTTAWA – « Engagez-vous! Passez à l’action! » C’est l’appel de Dan Ngenzi Ya Ruty, 22 ans, étudiant en mathématiques financières et en économie à l’Université d’Ottawa. Installé au Canada depuis cinq ans, il veut aider les étudiants francophones à trouver leur place et encourager d’autres jeunes à s’impliquer.

« Nous avons besoin de davantage de leaders et de personnes qui veulent laisser leur communauté dans un meilleur état qu’elles ne l’ont trouvée », souligne ce natif du Rwanda, qui a grandi dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, où il a développé son français.

Son arrivée à Ottawa l’a confronté à une réalité qu’il n’avait pas entièrement anticipée : même dans les espaces présentés comme bilingues, l’anglais prend souvent le dessus, raconte-t-il. « À mon arrivée, tout était nouveau, je devais tout apprendre et j’étais un peu dépaysé. Aujourd’hui, je crée pour d’autres les espaces que j’aurais aimé trouver. »

C’est en rejoignant les clubs et les associations étudiantes qu’il a commencé à trouver ses repères. Cofondateur et coprésident de l’Association des étudiants rwandais, Dan explique avoir voulu rassembler une communauté déjà présente sur le campus, mais dispersée.

Son engagement l’a ensuite conduit à devenir commissaire adjoint aux affaires francophones, avant d’accéder au poste de commissaire en mai, puis d’être réélu récemment.

Réseauter en français

L’une de ses préoccupations est la place du français dans les activités de réseautage. Selon lui, proposer un panel bilingue ne suffit pas si les échanges informels qui suivent se déroulent essentiellement en anglais. « C’est après le panel que le véritable réseautage se fait. Certains francophones n’ont donc pas l’occasion d’y prendre part. »

Il constate les effets de cette situation chez des personnes de son entourage qui ne parlent que français. L’exigence du bilinguisme pour certains emplois constitue également un obstacle, souligne-t-il. « Il manque des espaces où ils peuvent réseauter, poser leurs questions et trouver des possibilités d’emploi en français. »

Pour répondre à ces besoins, il annonce notamment la tenue d’une foire de l’emploi au prochain trimestre. Il a aussi cofondé, avec un organisme à but non lucratif, une initiative permettant à des professionnels francophones et anglophones de raconter leur parcours au Canada.

Les personnes invitées, souvent immigrantes, y présentent les difficultés rencontrées et les moyens utilisés pour les surmonter. « Je tenais à ce que la présence du français soit constante, qu’il ne soit pas simplement une langue de traduction. Les deux langues occupent la même place. »

Son engagement lui a également permis de mieux comprendre la place qu’il pouvait occuper dans la francophonie ontarienne. « La francophonie ontarienne est beaucoup plus large que je ne le pensais. Elle ne comprend pas uniquement les personnes nées ici : les immigrants francophones qui viennent s’établir en Ontario en font aussi partie. »

S’il se sent bien accueilli au Canada, il reconnaît les difficultés liées à l’emploi et aux démarches d’immigration, parfois longues et fastidieuses. Il souhaite ainsi transformer ce qu’il apprend en aide concrète pour les autres. « Je pense qu’il vaut mieux apprendre des erreurs des autres que de les vivre soi-même. »

Le slam pour trouver sa voix

À ses études et à ses responsabilités étudiantes s’ajoute une pratique artistique découverte il y a un peu plus d’un an : le slam. Il écrivait des poèmes sur son téléphone lorsqu’une amie l’a invité à participer à une compétition. L’expérience lui a révélé une autre manière de transmettre ses idées et ses émotions.

Le 25 septembre, lors de la célébration du Jour des Franco-Ontariens à l’Université d’Ottawa, il a notamment présenté un slam exprimant son amour pour la francophonie ontarienne.

« Avec le slam, on va au-delà de la lecture : on donne vie à un poème, à une histoire. »

L’écriture lui permet également de mieux se connaître. Celui qui se définit désormais comme artiste et slameur encourage les autres à essayer, sans nécessairement monter sur scène. « Plus j’écris et plus je partage avec les autres, plus j’apprends à me connaître. »

Donner l’exemple

Malgré ses responsabilités actuelles, Dan estime avoir commencé tard à s’impliquer, vers la fin de sa deuxième année universitaire. Il n’avait pas encore mesuré, dit-il, la valeur du bénévolat et du travail communautaire.

Il se réjouit de voir ses frères s’engager plus tôt dans leur parcours, sans avoir eu besoin de les pousser. Pour lui, l’exemple peut suffire à montrer qu’une place est accessible. « Même si je ne peux pas tout résoudre, j’aimerais au moins mettre les choses en marche. »

Dan n’exclut pas de se lancer un jour en politique pour contribuer au changement. Il mesure aussi le leadership à la capacité de susciter d’autres engagements.

« Un leader n’est pas forcément celui qui prend toutes les décisions ou qui a le plus grand impact. C’est celui qui laisse derrière lui plus de leaders qu’il n’en a rencontrés », conclut-il.