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Dans Glengarry-Prescott-Russell, un scrutin coulé dans le béton ?

Temps de lecture : 5 minutes

Pauvreté et environnement reviennent en boucle parmi les préoccupations des résidents de Glengarry-Prescott-Russell. Dans cette circonscription rurale de l’Est ontarien, où on attend beaucoup de la reprise économique, personne ne veut manquer le train de l’emploi mais l’inquiétude autour des questions environnementales est omniprésente, comme en témoigne la polémique autour du projet de cimenterie à l’Orignal.

Le député libéral Francis Drouin, que les projections donnent gagnant pour un troisième mandat, est vivement critiqué, sur sa droite comme sur sa gauche, par ses poursuivants qui lui reprochent son immobilisme dans le développement économique et social de la région.

« Il n’est plus à l’écoute de la circonscription », torpille le candidat néo-démocrate Konstantine Malakos. « La pauvreté rurale est énorme ici, mais on la méprise. Il faut faire quelque chose. »

La candidate conservatrice, Susan McArthur, enfonce le clou en s’en prenant au manque d’infrastructures. M. Drouin n’a pas assez défendu les enjeux locaux au Parlement, dit-elle en substance.

« L’internet à haute vitesse est important pour tout le monde : les agriculteurs, les PME, les familles. Ça nous permettrait d’accroître la productivité dans ce corridor stratégique entre Ottawa et Toronto. Or, le gouvernement a changé ses plans en proposant un plan pour l’Ontario au lieu de se concentrer sur nous. »

Si Francis Drouin concède que les familles et les entreprises ont durement souffert de la pandémie, il défend vigoureusement son bilan : « On est allé chercher des millions de dollars pour les infrastructures au niveau local », insiste l’élu libéral. « La moitié de ma région va avoir une connexion internet rapide et je vais travailler sur l’autre moitié dans mon futur mandat ».

Immigration et infrastructure, deux piliers pour relancer la région

Dans une économie locale convalescente, faire reculer le chômage, relancer les industries et le secteur agricole sera déterminant dans les prochaines années. Conscient de la pénurie de main d’œuvre, M. Drouin concentre ses efforts sur la rétention des jeunes dans cette partie rurale de l’Ontario.

« Ça passe majoritairement par l’immigration francophone dans nos communautés. Quand je veux garder les gens ici ou en attirer d’autres, je regarde ça comme une tarte  : est-ce qu’on a du logement abordable, du travail, de la formation, de l’accueil, des services  ? », questionne-t-il en prenant l’exemple de Hawkesbury ville accueillante. « Ce projet ça va attirer des immigrants et faciliter leur intégration. »

Les candidats Francis Drouin (PLO), Susan McArthur (PCC) et Konstantine Malakos (NPD).

M. Malakos bondit de sa chaise quand il entend le mot logement de la bouche du sortant libéral. Le visage du NPD dans la région l’accuse au contraire d’être « resté silencieux » sur la crise du logement : « Il s’en fout qu’il y ait des gens qui souffrent dans la communauté. Il a même voté même contre les soins dentaires des gens. »

Pour sortir de la crise, Mme McArthur livre la recette conservatrice : remettre les gens au travail en remboursant 50 % des salaires, pendant six mois, après la fin de la subvention salariale d’urgence. Elle compte sur cet incitatif aux entreprises pour attirer et embaucher des ouvriers. « On a aussi besoin d’immigration pour augmenter notre capacité de francophones. »

Un projet de cimenterie pollue le débat électoral

Sous le verni de la croissance économique, un autre enjeu s’est fait jour dans Glengarry-Prescott-Russell : l’environnement. Le projet de cimenterie à l’Orignal a soulevé ces derniers mois une vague de contestation parmi la population, en raison des nuisances environnementales qu’il pourrait entraîner. Si un tribunal ontarien a donné raison au promoteur réclamant un changement du zonage rural, les militants anti-cimenterie n’ont pas écarté de déposer un nouveau recours en justice.

Dans cette polémique provinciale, les élus fédéraux marchent sur des œufs. Le député Drouin s’est positionné contre le projet, se disant favorable au développement économique, dès lors qu’il est durable et soutenable. « Si cela avait été du ressort du fédéral, j’aurais annulé ce projet. Malheureusement, la location est strictement de la responsabilité du provincial. Notre gouvernement fait tout ce qu’il peut pour décarboniser l’industrie au Canada et les provinces doivent aussi faire leur part. »

Faux, rétorque Daniel Lapierre, candidat du Parti vert : « Le Parti libéral promet depuis dix ans qu’il va réduire les gaz à effet de serre mais, ces dernières années, ça n’a pas cessé d’augmenter ». La cimenterie lui reste en travers de la gorge mais il ne fait guère d’illusion sur l’issue du dossier. « Il faut accepter ce qui s’est passé. Je ne crois pas qu’il soit possible de l’arrêter ».

Lui aussi hostile à l’implantation de la cimenterie, Konstantine Malakos dénonce ce type de projets : « On doit agir pour protéger l’environnement autour de nous. L’économie et l’environnement peuvent aller ensemble. On le voit avec l’agrotourisme qui devient de plus en plus important. Ça crée des emplois dans les restaurants, les hôtels, les entreprises. On pourrait aussi relocaliser des centres d’appel au Canada, pour créer de bons emplois car on a une population bilingue dans notre région. Si on fait tout ça, il n’y a aucun bon sens à créer une cimenterie qui va fabriquer du ciment pour l’exportation. »

S’il y a une chose sur laquelle les rivaux du député sortant se retrouvent dans cette région, c’est que le Parti libéral au pouvoir n’aurait jamais dû provoquer des élections durant la pandémie et que la gestion de la pandémie elle-même n’a pas été optimale. « On n’était pas préparé à cette pandémie et des décisions tardives sur les frontières et les vaccins nous ont mis un pas derrière », souligne Mme McArthur.

« Je n’ai pas entendu M. O’Toole se plaindre quand les premiers ministres du Nouveau-Brunswick et de Saskatchewan ont appelé à des élections dans leur province, ni M. Singh en Colombie britannique quand M. Horgan a convoqué une élection en pleine pandémie », riposte Francis Drouin qui préfère tirer des leçons pour l’avenir : « La pandémie nous a montré à quel point la chaîne d’approvisionnement de la nourriture est fragile au pays. Il faut s’appuyer sur notre secteur agricole et créer plus d’abattoirs dans notre région. J’irai chercher des fonds fédéraux pour appuyer ça quand ce sera le temps. »

Le candidat du Parti populaire du Canada, Brennan Austring, n’a pas donné de suite favorable à nos sollicitations médiatiques.

Principaux candidats en lice : Francis Drouin (Parti libéral du Canada) Susan McArthur (Parti conservateur du Canada) Konstantine Malakos (Nouveau Parti démocratique) Daniel Lapierre (Parti vert du Canada) Brennan Austring (Parti populaire du Canada)

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