Maëliss Trapeau à l'arrivée du 800 m des Championnats canadiens 2026, à Ottawa. Tenante du titre, elle a terminé deuxième à seulement trois centièmes de Nicole McKenzie. Photo : Miles Ryan/Mundo Sport Images.
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De la France au Canada, Maëliss Trapeau court vers Los Angeles 2028

Maëliss Trapeau à l'arrivée du 800 m des Championnats canadiens 2026, à Ottawa. Tenante du titre, elle a terminé deuxième à seulement trois centièmes de Nicole McKenzie. Photo : Miles Ryan/Mundo Sport Images.

Elle a grandi au Canada, représenté la France avant de revenir sous l’érable et vit aujourd’hui de nouveau dans l’Hexagone. À 26 ans, Maëliss Trapeau sort de Jeux du Commonwealth contrariés par une blessure et entre dans les années décisives d’une carrière qu’elle rêve de mener jusqu’aux Jeux olympiques de Los Angeles.

À Glasgow, Maëliss Trapeau aurait aimé aller plus vite. Beaucoup plus vite. La spécialiste franco-ontarienne du 800 m ne cherche d’ailleurs pas à embellir sa performance lorsqu’elle revient sur ses premiers Jeux du Commonwealth.

« Les Commonwealth, ça ne s’est pas super bien passé pour moi. J’aurais préféré faire une meilleure performance parce que ce n’était pas vraiment mon niveau. »

Un constat sévère, à première vue. Car derrière le chrono qui la déçoit se cache une autre réalité : dix jours avant la compétition, une blessure au mollet avait sérieusement compromis sa participation. En stage avec l’équipe canadienne en Allemagne, la jeune femme est alors prise en charge par le personnel médical. La lésion, de grade 1, n’est pas suffisamment grave pour mettre immédiatement fin à sa saison, mais courir avec des pointes pourrait l’aggraver. Les premiers avis sont pessimistes.

« Ils m’ont rapidement dit que je n’allais pas pouvoir courir et qu’il ne fallait pas prendre de risques parce qu’il y avait les Jeux de Los Angeles en jeu. »

Son corps récupère finalement suffisamment vite pour lui permettre de prendre le départ. Mieux, elle atteint les demi-finales. Les deux objectifs établis avec son entraîneur plusieurs mois auparavant sont donc remplis : participer aux Jeux et passer le premier tour.

« Je suis déçue du chrono, de la performance, mais je ne suis pas déçue d’être arrivée sur la ligne de départ. Je ne suis pas déçue d’avoir pu participer ni d’être arrivée en demi-finale malgré les circonstances », relativise l’athlète.

« Le début de mes meilleures années »

Sa demi-finale a laissé néanmoins un goût amer. Dans le rythme pendant une bonne partie de la course, Maëliss Trapeau a vu ses adversaires s’éloigner dans les 150 derniers mètres. Pas de nouvelle douleur. Simplement une absence inhabituelle d’énergie dans la dernière ligne droite.

Elle l’attribue aux dix jours d’entraînement perturbés par sa blessure et à un pic de forme qui n’a pas pu être consolidé. « Ça fait vraiment bizarre de voir toutes les filles te dépasser et d’essayer, mais de ne pas avoir l’énergie pour les suivre. »

À 26 ans, elle relativise d’autant plus facilement qu’elle estime avoir encore ses meilleures années devant elle. « Je pense que je suis au début de mes meilleures années. J’ai envie de penser que le meilleur sera quand j’aurai 28 ans. »

Une perspective presque étonnante lorsqu’elle rappelle elle-même qu’une carrière de spécialiste du 800 m est relativement courte. Mais avant d’en arriver là, il a fallu du temps.

D’Ottawa aux pistes internationales

Maëliss Trapeau découvre l’athlétisme à 11 ans avec les Ottawa Lions. Son grand frère pratique déjà et la petite sœur veut simplement suivre celui qu’elle décrit comme son « idole ». Les débuts sont loin d’annoncer une future athlète internationale.

« J’avais des facilités, mais j’étais quand même très nulle par rapport au groupe dans lequel j’étais », raconte-t-elle avec autodérision.

Sa progression se fait ensuite par étapes. Elle devient la meilleure de son groupe, monte dans le suivant, redevient l’une des moins fortes, progresse, puis recommence. Le haut niveau devient progressivement une possibilité. Un souvenir lui reste particulièrement en tête : les Jeux olympiques de Tokyo en 2021, qu’elle regarde à la télévision.

À 21 ans, elle observe les meilleures athlètes mondiales et remarque quelque chose de très concret : sa morphologie et sa musculature commencent à ressembler aux leurs. « Je me suis dit : si elles sont à la télé, pourquoi pas moi? »

Le Canada, un choix qui remonte à 2018

Son histoire internationale aurait pourtant pu être très différente. Née en France, Maëliss Trapeau arrive au Canada à 5 ans et y grandit jusqu’à ses 20 ans. Sa famille obtient la citoyenneté canadienne en 2015. Trois ans plus tard, à 18 ans, elle réalise les minima pour les Championnats du monde U20.

Elle possède les deux nationalités et doit choisir un pays. Son premier choix est le Canada. Mais la réglementation internationale de l’époque l’empêche de le représenter. Ni elle, ni ses parents, ni ses grands-parents ne sont nés au pays. À 18 ans, renoncer à des Championnats du monde n’est pas vraiment une option. Elle se tourne alors vers la France.

Un choix qui reste naturel pour celle dont les parents sont français et qui revendique déjà une double culture. « Je me considère autant Canadienne que Française. Pour moi, ça avait aussi du sens d’aller courir pour la France. »

Elle atteint les demi-finales mondiales U20 sous le maillot tricolore. Les années suivantes, marquées notamment par la pandémie de COVID-19, sont plus compliquées sur le plan sportif, entre blessures, stagnation et performances en deçà de ses ambitions.

Puis l’idée du Canada revient. Entre-temps, la réglementation internationale a évolué : il n’est désormais plus nécessaire que l’athlète, l’un de ses parents ou grands-parents soit né dans le pays qu’il souhaite représenter. En 2025, alors que ses chronos lui ouvrent de nouveau les portes des grandes compétitions internationales, celle-ci peut donc envisager ce qui lui avait été refusé sept ans plus tôt et lance officiellement une procédure de changement de représentation.

Le pari est risqué : la procédure peut s’étirer et compromettre son rêve olympique. Finalement, tout se règle en deux mois. Peu après les Championnats canadiens, son transfert est accepté et elle représente le Canada aux Championnats du monde à Tokyo.

Cette fois, le choix est pleinement le sien. « C’était pour des raisons personnelles parce que je me sens très Canadienne. Mes parents vivent encore au Canada, mes frères ont fondé une famille là-bas, mon copain est Canadien. Donc, je suis Canadienne. »

Canadienne dans la personnalité, Française dans l’assiette

Choisir un maillot n’a cependant jamais signifié choisir une identité au détriment de l’autre. Maëliss Trapeau vit aujourd’hui en France, notamment parce que les conditions y sont plus favorables à son entraînement, plaisante-t-elle, que les « 40 centimètres de neige » canadiens.

Lorsqu’on lui demande ce qui, chez elle, appartient à chacun de ses deux pays, la réponse vient rapidement. « Canadien, c’est la personnalité. J’ai une personnalité un peu plus positive que celle de la France. »

Elle oppose avec humour deux conceptions de la compétition. Une approche française qu’elle décrit comme davantage centrée sur l’obligation de gagner et une mentalité canadienne qui laisserait plus de place à l’expérience et au plaisir.

« Au Canada, c’est plus : participe, gagne de l’expérience, profite et amuse-toi. Cette personnalité-là, je suis plutôt canadienne. »

Pour trouver son côté français, inutile en revanche de chercher très loin. « Au niveau de la bouffe, sans vouloir insulter les Canadiens, je suis plus Française. Je préfère la bouffe française. »

Même son accent semble naviguer d’un côté à l’autre de l’Atlantique. Après plusieurs années en France, elle sent son accent canadien s’atténuer. Mais il suffit d’un retour au pays pour qu’il réapparaisse. « Dès que je mets un pied au Canada, mon accent canadien, un petit peu franco-ontarien, revient. »

Los Angeles, « l’objectif d’une vie »

Le prochain grand chapitre de cette histoire franco-canadienne pourrait s’écrire en Californie. Maëliss Trapeau a désormais connu les Championnats du monde, les Jeux panaméricains et les Jeux du Commonwealth. Il reste un rendez-vous au-dessus de tous les autres : les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028.

« C’est l’objectif d’une vie. »

Mais la Canadienne mesure l’ampleur du défi. Le 800 m féminin progresse rapidement et des chronos qui permettaient autrefois de se distinguer sont devenus beaucoup plus fréquents.

« Maintenant, faire 1 min 59, c’est devenu la banalité. Tout le monde le fait. Il va falloir s’entraîner encore plus dur, faire peut-être de plus en plus de sacrifices pour réussir à aller aux Jeux. »

Une ambition qui ramène finalement Maëliss Trapeau à cette jeune athlète de 18 ans qui, en 2018, voulait déjà courir pour le Canada sans pouvoir le faire. Huit ans plus tard, elle en porte désormais le maillot. Et c’est sous ces couleurs qu’elle espère atteindre le dernier grand rendez-vous qui manque encore à son parcours.