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Rassemblée derrière l'édifice de Queen's Park défie les mesures sanitaires.

De Toronto à Ottawa, la contestation anti-vaccin se radicalise

Temps de lecture : 5 minutes

Plusieurs centaines de manifestants ont convergé ce samedi dans le centre-ville de Toronto et plusieurs milliers à Ottawa. Le mouvement n’est plus celui des camionneurs mais celui de toute une frange de la population hostile aux mesures sanitaires, aux vaccins, voire aux médias.

Le climat est surréel au centre-ville de Toronto. Au sud de Queen’s Park : des rues désertes quadrillées par la police. Devant un hôpital, sur l’avenue University, quelques travailleurs de la santé en blouse blanche affichent leur position pro-vaccin. Depuis presque deux ans, ils s’échinent à sauver des vies au gré des vagues de COVID-19. Selon le dernier décompte des autorités de santé ontariennes, 2 493 personnes sont actuellement hospitalisées à travers la province.

À quelques centaines de mètres de là, plus au nord, dans un parc à proximité du Musée royal de l’Ontario, une foule de plusieurs centaines de manifestants non masqués scande des slogans anti-Trudeau et brandit des banderoles en faveur de la liberté. En toile de fond sonore : le son continu de klaxons provenant de l’avenue Bloor, alors que le trafic est dévié de part et d’autre.

Entre ces deux mondes irréconciliables : l’Assemblée législative de l’Ontario semble comme prise en étau, au sens propre comme au sens figuré. À quatre mois des élections provinciales, le gouvernement oscille entre mesures restrictives de santé publique et réouverture graduelle, soumis aux aléas de la pandémie.

Doug Ford a clarifié sa position hier en prônant la tolérance zéro envers toute violence, exhortant les manifestants à ne pas aggraver la pandémie en se rassemblant et en empêchant l’accès aux hôpitaux. Des actions qui ne feraient que retarder la réouverture de la province.

En dépit du dispositif policier, incluant des patrouilles à cheval, des ambulances ont été ralenties en raison de camions et de manifestants. « Ceci est inacceptable et ne sera pas toléré. Il y a des ralentissements de la circulation dans toute la ville en raison des manifestations », a réagi, au courant de la journée via les réseaux sociaux, le service de police de Toronto. Un peu plus tôt, un individu faisant usage d’une bombe fumigène était interpelé pour voies de fait armé.

La police barre l’accès aux automobilistes en direction de Queen’s Park. Crédit image : Rudy Chabannes

Circulation lourde à Ottawa

À Ottawa, le centre-ville était encore majoritairement bloqué à la circulation pour un huitième jour de suite.

Trois des cinq ponts interprovinciaux étaient fermés, alors que des bouchons de circulation étaient à prévoir à proximité de la colline parlementaire. Des sections de l’autoroute transcanadienne (417) étaient aussi fermées.

Débordée, la police d’Ottawa avait déployés tous ses effectifs selon son chef, Peter Sloly. Ce dernier a dit lors d’une conférence de presse, ce samedi, que les événements au centre-ville n’étaient pas une manifestation ou une occupation mais « un siège. Je n’ai jamais vu ça de toute ma vie ».

Concernant la nuisance sonore occasionnée par les klaxons, qui agace au plus au point des résidents de la capitale, M. Sloly a soutenu qu’il n’y avait pas suffisamment de camions de remorquage pour déplacer les poids-lourds des conducteurs récalcitrants.

Une cinquantaine d’enquêtes sont en cours, incluant 11 reliés à des crimes haineux depuis le début des démonstrations. Quatre personnes ont été arrêtées en lien avec sept charges différentes. La police estimait la présence de 1 000 camions et un peu plus de 5 000 personnes au centre-ville d’Ottawa, ce samedi à 13h30.

La démonstration a pris de l’ampleur au fil de la journée, dans une ambiance relativement calme. Des DJ et des structures de jeux gonflables étaient sur place le long de la rue, face au Parlement, plongé dans un concert de klaxons incessants. La circulation étant difficile autant à pied qu’en auto, notamment sur Wellington, la rue longeant le Parlement. La majorité des intersections au centre-ville étaient bloquées ou congestionnées par de nombreux véhicules et manifestants, rendant la circulation très lourde dans les alentours.

Une contre-manifestation en face de l’hôtel de ville d’Ottawa avec près d’une centaine de personnes a aussi eu lieu entre certains résidents du secteur scandant « Go home » (Rentrez chez vous) et des anti-mesures sanitaires. Une forte présence policière entre les deux camps surveillait toutefois le tout.

Les organisateurs devant la justice

Des organisateurs du convoi, Pat King, Chris Barber, Benjamin Dichter et Tamara Lich sont mentionnés dans une motion d’urgence présentée vendredi devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario. Une fonctionnaire d’Ottawa, Zexi Li, poursuit le « Convoi de la liberté » dans une poursuite de 9,8 millions de dollars pour les difficultés engendrées par les démonstrations, en partie dû au bruit généré par les klaxons.

Samedi, une injonction d’urgence a été entendue en Cour pour obliger les autorités à cesser le bruit des klaxons.

« La tactique du klaxon a été utilisée par les défendeurs à Ottawa pendant sept jours, causant une perturbation importante de l’usage privé et de la jouissance des habitations du demandeur et les membres du groupe proposés », est-il écrit dans la poursuite.

La poursuite évoque des niveaux sonores de 105 à 120 décibels pendant une période prolongée.

« L’utilisation de la tactique du klaxon par les défendeurs est déraisonnable et interfère substantiellement avec l’utilisation et la jouissance des maisons du demandeur et des membres du groupe proposés », écrivent les avocats de Mme. Li.

La juge a ordonné une seconde audience avec les deux parties en début de semaine prochaine, possiblement lundi. Les avocats du convoi évoquaient que la poursuite déposée vendredi soir avait laissé trop peu de temps pour prendre connaissance du dossier.

Ce texte à été mis à jour à 17h37.

Un reportage de Pascal Vachon et Rudy Chabannes.

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