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Des élus de la francophonie mondiale sermonnent Doug Ford

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – D’une même voix, des représentants de dizaines de pays de la francophonie ont adopté une résolution dénonçant les coupes francophones du gouvernement Ford. Le président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en visite en Ontario, mène la charge : Doug Ford doit rapidement faire un 180 degrés sur le cas des francophones, dit-il.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

« Les francophones sont un atout, pas une charge ou un inconvénient. Plutôt que d’essayer d’en diminuer le nombre, on devrait profiter de leur présence et aller plus loin vers le bilinguisme », lance Philippe Courard, président du parlement de la Communauté française de Belgique.

Il menait, cette semaine, une mission d’élus belges francophones en sol ontarien. « Les francophones et les anglophones doivent pouvoir vivre de manière équilibrée », ajoute M. Courard, sur le cas de l’Ontario. Un discours teinté par l’histoire politique belge marquée également par de nombreuses crises linguistiques entre Flamands (néerlandais) et Wallons (français).

Au cours des dernières semaines, il a accueilli à Bruxelles des dizaines d’élus de la planète à l’occasion d’une rencontre de l’Assemblée parlementaire de la francophonie. Ces politiciens de partout sur la planète ont adopté une résolution dénonçant avec vigueur des coupes francophones de Doug Ford et ont donné leur appui à la lutte des francophones.


Extrait de la résolution de l’Assemblée parlementaire de la francophonie :

« Le Bureau de l’Assemblée parlementaire de la RECONNAIT l’importance de la protection et de la préservation des droits de la communauté franco-ontarienne et des luttes historiques qu’elle a menées afin de favoriser son épanouissement, de contribuer au renforcement de sa vitalité et d’assurer sa pérennité et celle de la francophonie canadienne ; DÉNONCE toute action portant atteinte aux droits et aux acquis d’une communauté francophone en situation minoritaire ; AFFIRME sa solidarité et son soutien à l’égard des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens dans leur lutte pour protéger leur langue et leur culture.


Les yeux du monde francophone sont tournés vers l’Ontario, affirme Philippe Courard. La francophonie internationale ne pouvait pas se taire face à ces gestes, dit-il, espérant que cette déclaration aura du poids. « On essaye de conscientiser l’Ontario que le français est une opportunité. L’ouverture aux autres, ce n’est pas le rejet d’une langue et d’une culture. Avoir le privilège de par la langue de bâtir des relations avec autant de pays, ce serait une erreur de ne pas en profiter. L’Ontario doit en faire une force », insiste-t-il.

Sachant que le gouvernement de Doug Ford mise sur le développement économique, il partage ses arguments pour le développement du français en Ontario. « Pour certains qui n’ont qu’une vision économique, je leur dirais que de se comprendre grâce à une langue commune est essentiel pour échanger, pour acheter et vendre. Si l’Ontario veut être moins dépendant des États-Unis, il y a une possibilité d’ouverture avec l’Europe et l’Afrique, où le français est une langue clé pour le commerce », lance-t-il.

Le français est un atout de plus, insiste M. Courard. « Je ne m’inscris pas dans une logique où le français est mieux que l’anglais. Une langue ne doit pas dominer l’autre », précise-t-il.


POUR EN SAVOIR PLUS :

Une crise linguistique universitaire aussi en Belgique

Le 5 novembre 1967, 30 000 Flamands défilent à Anvers pour exiger le départ des étudiants francophones de la ville universitaire de Leuven, située en région néerlandophone. Ils exigent l’unilinguisme de la région flamande. Le slogan « Wallons dehors » écrit sur des bannières est un message clair envoyé aux francophones et marquera à tout jamais l’histoire du pays. Le divorce de l’établissement universitaire bilingue de Leuven se déroulera au courant de l’année 1968, avec la naissance d’une nouvelle université francophone. Elle verra le jour en région wallonne dans une ville nouvelle nommée Louvain-la-Neuve.

Gilles Mouyard, politicien belge qui participait à la visite de la délégation francophone en Ontario, dresse certains parallèles entre les deux crises, mais il note aussi des différences. « Chez-nous, les Flamands sont au Nord, les Wallons au Sud. En Ontario, les francophones sont éparpillés un peu partout. C’est une différence importante », explique-t-il.

« Les francophones ont dû quitter Leuven et créer leur propre université. Là, c’était un combat entre communautés linguistiques. Les Flamands disaient aux francophones d’aller dans leur propre région », souligne l’homme politique. « Nos crises politiques ont souvent découlé de crises économiques », ajoute M. Mouyard.

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