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Déserts alimentaires dans le Nord : Earlton, un exemple parmi d’autres

EARLTON – Les Nord-Ontariens ont l’habitude de conduire de longues distances pour faire leurs emplettes. Mais alors que la population vieillit et que de plus en plus de magasins d’alimentation ferment leurs portes, nombreux sont les gens de la région qui se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire.

À l’été 2018, Earlton a vu sa seule épicerie, le Grocery King, fermer ses portes. Depuis, le supermarché le plus près se trouve à New Liskeard, à plus de 25 kilomètres de route.

La présidente du Club d’âge d’or d’Earlton, Liliane Brazeau, avoue avoir désormais de la difficulté à s’approvisionner.

« C’est difficile, certain ! », partage la dame de 73 ans. « Moi, je ne conduis pas. Avant, le magasin était à deux blocs d’ici, donc je marchais m’acheter du lait, du pain, des légumes… Je préfère être indépendante, je ne veux pas achaler les gens. »

Désormais, elle indique qu’elle ne peut répondre à ses besoins avec le dépanneur local. « Le problème, c’est que les prix sont élevés et il ne vend pas de légumes », explique-t-elle.

Une communauté s’assemble

Selon Mme Brazeau, de nouvelles initiatives tentent de combler le vide. Tout au long de l’été, raconte-t-elle, un fermier de la région vient vendre ses récoltes une fois par semaine.

« C’est bon, mais ce n’est pas les prix qu’on trouve dans un magasin », note-t-elle. « Si tu veux acheter un panier de pommes, il faut être prêt à payer 6 $. »

Elle participe aussi à un jardin communautaire, organisé par le centre de santé de la région.

« Si tu récoltes plus que tu en as besoin, tu donnes le reste à des personnes de 50 ans et plus de la région », explique-t-elle.

Avec les récoltes de ce jardin ainsi que son jardin personnel, elle dit avoir préparé des haricots, des pommes de terre et des carottes en conserves pour la soutenir au long de l’hiver.

Pour le reste, Mme Brazeau se dit chanceuse de pouvoir compter sur ses enfants qui vivent dans la région.

« J’ai une fille et deux garçons qui travaillent à New Liskeard. Quand ma fille passe à l’épicerie après le travail, elle m’appelle toujours pour savoir s’il me manque quelque chose. Je m’arrange comme ça, mais je sais que d’autres n’ont pas la même chance. Certains, leurs enfants ne vivent plus dans la région, donc ils doivent s’arranger autrement. »

Conséquences néfastes sur la santé des populations

Bien qu’il note que le terme est habituellement utilisé dans un contexte urbain, Sylvain Charlebois définit les déserts alimentaires comme une région marquée par un « manque d’accès à de la nourriture de qualité à proximité et à prix abordable ».

Selon le professeur en politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie, ce problème a des conséquences néfastes sur la santé des populations.

« Quand il n’y a pas d’épicerie à proximité, les gens les plus défavorisés sont souvent obligés d’utiliser des dépanneurs ou des stations de services où la nourriture est trop chère et pas très bonne pour la santé », explique-t-il.

Dans son rapport sur l’insécurité alimentaire, l’Institut national de santé publique du Québec parle de déserts alimentaires en région rurale lorsque l’épicerie la plus proche est à plus de 16 kilomètres. Nombreuses sont les communautés nord-ontariennes où l’épicerie la plus proche est bien au-delà de cette distance.

« Dans le nord de l’Ontario, c’est une préoccupation réelle », souligne-t-il. « Les gens vieillissent et ont de moins en moins accès à de la bonne nourriture. Ils seront peut-être forcés à déménager vers de plus grands centres, comme Sudbury ou North Bay, si ce n’est pas plus au sud. »

L’occupation du territoire et la dépopulation

Selon M. Charlebois, bien que ces initiatives offrent un peu de répit aux résidents de la région, il faudrait plutôt que le gouvernement s’adresse au cœur du problème : l’occupation du territoire.

« C’est le secteur privé qui livre la marchandise là où les compagnies jugent qu’un magasin sera viable financièrement. La fermeture de magasin d’alimentation est donc un symptôme de la dépopulation du Nord. Réglementer pour s’assurer que les gens ont accès à de la nourriture à des prix abordables sans parler de l’occupation du territoire, ce n’est que des solutions diachylons », conclut-il.

« Alors que les grands centres voient un essor économique énorme, les gens sont souvent forcés de quitter les petites communautés plus pauvres. Pourtant, il y a toute sorte de politiques qui peuvent faire en sorte que la richesse se distribue plus également à travers le territoire. »

Il énumère entre autres le programme de gestion de l’offre qui, dit-il, permet de soutenir plusieurs régions rurales. Ce genre de politiques publiques, dit l’expert, auraient dû être à l’avant-plan de la dernière campagne électorale.

« Le gros problème, c’est qu’il n’y a quasiment personne qui se préoccupe de cette problématique. J’ai vécu en Ontario pendant sept ans. C’était toujours Ottawa et le Grand Toronto qui monopolisent le discours public. Le nord de l’Ontario, on n’en parlait pas. C’est dommage, le Nord a pourtant tant à offrir. »

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