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Deux écoles francophones de Windsor-Essex se limiteront à 15 élèves par classe

Temps de lecture : 5 minutes

WINDSOR – Le Conseil scolaire catholique Providence est le seul conseil francophone non-désigné à limiter volontairement le nombre d’élèves par classe à 15, dans le Sud de l’Ontario. Deux de ses écoles secondaires, E.J. Lajeunesse, à Windsor, et L’Essor, à Tecumseh, ouvriront avec les mêmes normes de taille de classe que les écoles anglophones de la région.

« Nous avons discuté avec les représentants du ministère de l’Éducation pour obtenir une dérogation de la directive », explique Joseph Picard, le directeur de l’Éducation. « On aurait pu retourner au mode conventionnel, mais on a décidé de passer en mode adapté dans ces deux écoles secondaires, pour la sécurité de nos élèves. »

L’école secondaire catholique E.J. Lajeunesse compte environ 600 élèves, tandis que celle de L’Essor en rassemble près de 800. Leurs élèves de la 9e à la 12e année seront physiquement présents cinq jours sur un cycle de 10 jours. Cette mesure ne concerne pas les élèves de 7e et 8e année qui fréquentent ces établissements.

Dernière région à être passée à l’étape 3 du déconfinement ontarien, Windsor-Essex reste sous haute surveillance. Pour éviter les éclosions de COVID-19, le gouvernement y impose, à la rentrée scolaire, un plafond de 15 élèves par classe avec un apprentissage alterné de 50 % en classe et 50 % à distance pour le palier secondaire.

Joseph Picard, directeur de l’éducation du Conseil scolaire catholique Providence. Gracieuseté

Mais cette décision ne touche que les conseils scolaires anglophones et exempte leurs homologues francophones qui ont les coudées franches pour rouvrir des classes pleines, cinq jours par semaine.

Dans son plan de rentrée, le Conseil scolaire Viamonde ne fixe ainsi aucune limite de taille au secondaire, ni dans son école de Windsor, ni dans ses sept autres établissements du Grand Toronto.

Mêmes villes, mêmes risques, deux règles : anglophone et francophone

Dans cette région la plus exposée à la pandémie, le constat est le même qu’à Windsor : seuls les conseils scolaires anglophones sont sur la liste des conseils désignés et donc assujettis à des effectifs limités au niveau secondaire.

Dans leur plan de rentrée respectif, ni le Conseil scolaire Viamonde, ni le Conseil scolaire catholique MonAvenir, n’ont pris l’initiative de suivre la norme anglophone.

« On ne fait pas partie de la liste (des conseils scolaires désignés) donc on peut ouvrir à temps plein », en déduit Martin Bertrand, directeur de l’Éducation à Viamonde. « Reste à voir si les classes seront pleines, car plusieurs parents choisiront peut-être de garder leur enfant à la maison. »

Le dernier mot revenant aux parents, M. Bertrand escompte que la taille réelle des classes sera moindre qu’attendue. Les parents devaient se prononcer dans un questionnaire à retourner avant le 19 août.

Du côté du Conseil scolaire catholique MonAvenir, la logique est la même. On se retranche derrière la directive ministérielle. « La désignation des conseils relève du ministère de l’Éducation et non des conseils scolaires (…). Le fait de ne pas avoir été désignés comme tel implique que nous devons organiser le retour de tous élèves du palier secondaire à temps plein, cinq jours par semaine. »

89 % des parents se sont prononcés en faveur du retour en classe physique de leurs enfants, dans ce conseil scolaire.

« Je parle une autre langue mais j’habite ici »

« Pourquoi est-ce que c’est correct pour un élève de rester toute la journée avec 30 élèves et pas pour un autre ? C’est ridicule ! »

Sophie Chouinard ne comprend pas cette approche différenciée, selon que les conseils scolaires soient anglophones ou francophones. Elle met en avant que plusieurs écoles de langue française ont des portatives, ce qui compliquera l’application des mesures de distanciation.

« Je n’habite pas ailleurs. Oui, je parle une autre langue, mais j’habite ici. Les risques sont aussi grands pour mes enfants que pour ceux des autres. »

Sophie Chouinard, mère de deux enfants scolarisés à Mississauga. Gracieuseté

Cette mère de deux enfants, dont le plus grand rentre à l’école secondaire, à Mississauga, dans le Grand Toronto, est inquiète.

« On va essayer pour un mois et voir comment ça se déroule, voir si les classes ne sont pas trop pleines. »

Elle n’aimerait pas devoir prendre cette décision, car elle estime que rien ne remplace l’apprentissage en classe.

Le ministère invoque des « circonstances particulières »

Pour expliquer son choix de ne pas avoir désigné les trois conseils scolaires francophones ayant des écoles secondaires à Windsor et dans le Grand Toronto, le ministère de l’Éducation dit avoir pris en compte leurs spécificités : un territoire bien plus vaste et hétéroclite que les institutions anglophones, ainsi que des tailles de classe généralement plus petites.

Dans un échange de courriels avec ONFR+, sa porte-parole, Alexandra Adamo, met en avant « des circonstances particulières sur le plan scolaire et sanitaire » qui ont conduit à ne pas ajouter Viamonde, MonAvenir et Providence sur la liste des conseils scolaires désignés.

Elle précise toutefois qu’ils ont une certaine latitude pour « réaménager leurs espaces ou former des cohortes de 15 élèves maximum pour assurer la sécurité. Il s’agit de décisions qui devront être prises localement, selon les circonstances particulières de chaque école ».

La distanciation sera scrutée par la santé publique

Interrogé par ONFR+, le médecin-hygiéniste du Bureau de santé de Windsor-Comté d’Essex explique qu’il n’a émis aucune recommandation sur la taille des classes.

« Je n’ai jamais fixé de limite, car toutes les classes sont différentes », justifie le Dr Wajid Ahmed. « Certaines peuvent avoir 15 élèves, d’autres plus. L’important est qu’ils soient distants de deux mètres. »

« Ce n’est pas nous (le Bureau de santé publique) qui développons les plans, ni ne les approuvons », tient-il à clarifier. « On est la pour fournir aux conseils scolaires des lignes directrices et s’assurer que leur plan respecte ces lignes. »

Dr Wajid Ahmed, médecin-hygiéniste du Bureau de santé Windsor-comté d’Essex. Capture écran ONFR+

Selon lui, la distanciation, le lavage des mains et le port du masque – obligatoire de la 4e à la 12e année – devront être rigoureusement respectés dans ces écoles secondaires pour éviter une éclosion, voire une seconde vague épidémique.

D’un point de vue de santé publique, le Dr Ahmed livre tout de même sa préférence : « On ne veut pas avoir différents plans en place parce que, en tant que région, nous avons vu eu un assez grand nombre de cas à l’échelle de l’Ontario. On voudrait voir toutes les mesures appliquées uniformément partout, car on veut garder les enfants en sécurité. »

44 % des contaminations et des décès liés à la COVID-19 en Ontario ont été enregistrés dans le Grand Toronto, Windsor et le comté d’Essex.

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