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Difficile entrée sur le marché du travail pour les nouveaux diplômés

Temps de lecture : 4 minutes

Entrer sur le marché du travail n’est pas chose aisée. Et en temps de COVID-19, les choses sont encore plus compliquées. Des conseillers en emploi fournissent des recommandations, car des débouchés existent, malgré la pandémie.

« J’ai cherché pendant trois mois, en envoyant une quinzaine d’applications par semaine. La situation économique n’aidait pas et j’ai eu très peu de réponses. »

Mais aujourd’hui, Ameidy Perumal s’estime plutôt chanceuse. Fin août, cette étudiante internationale de 23 ans, qui compte bien s’installer au Canada pour au moins quelques années, a trouvé un emploi comme agente de recrutement au Collège universitaire Glendon, à Toronto. Un contrat jusqu’en avril qui n’éloigne pas complètement le spectre d’une recherche d’emploi en temps de pandémie, d’autant qu’elle attend encore son visa de travail dont le processus est ralenti par les conséquences de la COVID-19.

« Beaucoup de mes collègues cherchent encore. On voudrait tous travailler dans notre domaine, en psychologie ou en santé mentale, mais on est bien obligé de prendre là où on trouve », explique la détentrice d’un baccalauréat en psychologie. « Je crains devoir chercher de nouveau du travail au printemps, car même pour un poste junior, les employeurs demandent 15 à 20 ans d’expérience ! »  

L’étudiante internationale Ameidy Perumal. Gracieuseté

Un constat que confirme Isabelle Ayotte, directrice services d’emploi au Collège Boréal.

« C’est plus difficile pour quelqu’un avec moins d’expérience, mais ça dépend du domaine. En santé, par exemple, il n’y a pas trop de soucis. Mais c’est sûr que quand il y a moins d’emplois, l’expérience prédomine. »  

Des secteurs porteurs

La réalité du marché de l’emploi en temps de pandémie dépend toutefois du secteur dans lequel on opère, note Andréanne Laflamme, conseillère en emploi et en placement au Centre de services à l’emploi de Prescott et Russell.

« La santé, l’éducation et l’agriculture sont des secteurs porteurs dans la région. En ce moment, j’ai 286 postes à combler dans notre banque. Il y a aussi beaucoup de demandes dans la vente et les services, mais ça change rapidement. Les petites entreprises ont été plus touchées par la COVID-19, mais des entreprises embauchent toujours. »

Diplômé de l’Université Laurentienne en architecture, Benoît Lachapelle n’a pas attendu pour trouver un emploi. À peine ses études terminées, l’ancien étudiant a quitté Sudbury pour revenir dans sa région natale où il occupe un poste de stagiaire en architecture de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Gatineau.

« J’ai commencé mes recherches fin mai et un mois plus tard j’ai trouvé. J’étais prêt à aller partout », dit-il. « Les entreprises étaient un peu hésitantes à embaucher en juin, mais beaucoup de mes collègues ont eux aussi trouvé. Il faut dire que le secteur de la construction n’a pas vraiment arrêté. »

Décaler son entrée sur le marché du travail ?

Malgré ces expériences plutôt encourageantes, le directeur de la Cité des affaires, Paul Toupin, confie qu’il a été difficile de gérer le programme de placement coopératif, qui permet des expériences rémunérées de plus longue durée pour les étudiants. Si finalement, la grande majorité de ses étudiants ont pu trouver une entreprise, il reconnaît que de manière générale, la situation économique actuelle complique les choses.

« Il y a des domaines qui subissent d’importantes et rapides transformations, si bien que des formations qui étaient adaptées jusqu’à fin mars risquent d’être un peu désuètes aujourd’hui. Je pense, par exemple, à nos chefs en restauration. Aujourd’hui, ils doivent intégrer des compétences en marketing et un volet digital. »

Faut-il alors retarder son entrée sur le marché du travail ?

« Ça dépend de la situation de chacun, car tout le monde ne peut pas se le permettre », analyse Mme Ayotte. « Mais si on en a les moyens, ça peut être une bonne option, plutôt que de prendre un emploi éloigné de sa formation, ce qui rend difficile d’y revenir ensuite. »

Pour celles et ceux qui ne peuvent se le permettre, elle lance certains conseils.

« Aujourd’hui, presque tout passe par le virtuel. Il faut donc se préparer pour des foires à l’emploi et des entretiens d’embauche à distance en n’oubliant pas que même si on est à la maison, il faut soigner sa tenue et sa présentation professionnelle. La présence sur les médias sociaux doit également être professionnelle et positive. Enfin, il faut aussi profiter des avantages qu’offre le virtuel pour faire connaître ses recherches d’emploi à son réseau personnel et professionnel. »

« Chercher un premier emploi, c’est presque un travail. Il faut une régularité dans ses démarches » – Andréanne Laflamme, conseillère en emploi et en placement

Une fois le poste déniché, il faut faire preuve d’adaptabilité, ce qui est plus difficile selon l’âge des nouveaux diplômés.

« Les milléniaux et la génération Z qui ont toujours connu le virtuel sont capables de rapidement s’adapter. En revanche, nos diplômés plus âgés ou ceux qui ont changé de carrière connaissent plus de défis », remarque Mme Ayotte.

Des motifs d’espoir

La situation actuelle oblige également les collèges à s’ajuster, explique M. Toupin.

« On doit voir quelles sont les nouvelles compétences recherchées et adapter nos programmes », dit-il, annonçant un forum avec des employeurs de la région d’Ottawa fin octobre.

Les motifs d’espoir demeurent pourtant, poursuit M. Toupin, citant un sondage mené par la Cité des affaires, fin mai, auprès des employeurs de la région.

« Nous avons eu quelque 200 réponses. Malgré la pandémie, environ 70 % d’entre eux disaient prévoir une croissance. »

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