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Dire ou non certains mots ? La question suscite la réflexion pour des animateurs culturels

Temps de lecture : 4 minutes

Les événements des derniers jours à l’Université d’Ottawa avec l’utilisation du « mot en N » en contexte académique ont amené une nouvelle question sur la table : y a-t-il certains mots qu’on ne peut plus dire aujourd’hui ? L’attention autour de la question a suscité une réflexion auprès des animateurs culturels Félix Saint-Denis et Stef Paquette, présents régulièrement dans les écoles.

Pandémie l’oblige, Stef Paquette a sorti sa caméra et son micro pour notamment enseigner l’histoire des peuples autochtones, une fois par semaine, à divers élèves franco-ontariens. Ayant grandi en apprenant l’histoire et marié à une femme mi’kmaq, il avoue que les temps ont changés depuis qu’il était plus jeune.

« Quand j’étais jeune, on utilisait le mot sauvage. J’ai joué un sauvage, moi, quand j’étais plus jeune. On me disait en classe : “Ok Stéphane, toi tu vas jouer le sauvage aujourd’hui”. On utilisait ce mot-là normalement, mais plus aujourd’hui, on utilise le mot autochtone. »

Ce dernier avoue être très chanceux de pouvoir faire vérifier par des gens autochtones francophones ses capsules et ses projets d’animations avant de rendre le tout public.

« Si j’ai le sceau d’approbation de ces personnes-là, je vais de l’avant, car j’ai au moins pris le temps de vérifier avec les gens qui sont autochtones et dans le monde de l’éducation. Comme ça, si des gens me tombent dessus pour un mot, je vais pouvoir dire que les personnes “X” et “Y” ont approuvé avant. Ce n’est pas juste pour être sûr de ne pas dire un certain mot, mais aussi pour vérifier que ce que je dis est vrai », précise l’ancien candidat à l’élection fédérale de 2019.

L’animateur Stef Paquette. Source : Facebook

De son côté, l’animateur et fondateur de l’Écho d’un Peuple, Félix Saint-Denis, trouve qu’on est trop vite à sauter aux conclusions dans certaines situations.

« Vérifiez auprès des gens qui sont en train de présenter d’où vient leur contenu, leurs intentions… Il y a du monde qui nous disent : Comment ça se fait que vous ayez des acteurs déguisés en autochtones, mais qui ne sont pas eux-mêmes autochtones ? »

« J’ai eu des gens des Premières Nations qui venaient directement des réserves voir le spectacle et j’avais des félicitations, des remerciements et de grosses caresses après ! » – Félix Saint-Denis

« À ces gens-là, je donne en exemple tous mes spectacles avec l’Écho d’un Peuple, j’ai eu des gens des Premières Nations qui venaient directement des réserves voir le spectacle et j’avais des félicitations, des remerciements et de grosses caresses après », ajoute le Franco-Ontarien.

Pour Stef Paquette, il voit son mandat comme une opportunité d’aider à réparer les erreurs du passé.

« J’ai vraiment fait des recherches pour trouver, semaine par semaine, des moments ou des personnes autochtones qui sont nées ou décédées dans la semaine que je présente. Je veux que ça incite les gens ou les enseignants, vu que je travaille dans le milieu de l’éducation, à faire plus de recherches sur tel personnage ou tel événement. J’espère qu’avec ça, on va changer les choses pour rendre les gens plus confortables ! »

Comprendre avant de critiquer

Félix Saint-Denis dénonce ce qu’il appelle des « guerriers sociaux » qui montent aux barricades pour défendre une culture ou une race « sans même en faire partie ». Il pense que l’intention doit être prise en compte et invite les gens à voir les raisons qui ont poussé des actions dans certaines situations.

Ce dernier avoue craindre de voir de futurs artisans se priver de produire du contenu dans le but de ne pas froisser des gens.

« Un conseiller autochtone m’a déjà dit : « On ne fait jamais une omelette sans casser des œufs ». Si ton intention, c’est de faire une omelette pour ouvrir des cœurs et ouvrir les yeux, svp, fais-le, c’est important. (…) Les gens seraient surpris de savoir toutes les démarches qui ont été faites dans le respect et dans un but d’ouvrir l’œil et partager. Dans l’Écho d’un Peuple, tous nos costumes, déguisements et accessoires ont été créés en collaboration avec des artistes et des aînés des Premières Nations », donne en exemple Félix Saint-Denis.

Ce dernier se souvient d’une discussion qu’il avait eue pendant la réalisation de l’Écho d’un Peuple. Le Franco-Ontarien s’était déplacé sur la réserve de Wendake, à Québec, où des conseillers hurons l’avaient aidé dans la réalisation d’une scène où il voulait démontrer un rituel avec des masques de guérisseurs utilisés dans la pratique de la religion autochtone.

« Un conseiller m’avait dit : “Toi, tu comprends ça, t’as une sensibilité et une curiosité positive à ça, mais la personne qui va venir voir, tu n’as pas le temps de lui expliquer et il y a du monde qui risque de nous ridiculiser et de trouver ça drôle et de ne pas comprendre le côté spirituel et symbolique de l’affaire”. À cause de ça, j’ai décidé de ne pas faire cette scène. On a fait des choix, mais j’étais entouré de bonnes personnes », souligne Félix Saint-Denis.

Appropriation culturelle

Une autre chose à la tendance est l’appropriation culturelle, deux mots qui guettent au-dessus des animateurs qui se disent conscients qu’ils ne sont pas autochtones et que plusieurs pourraient leur reprocher leur approche en raison de leur race.

« Si j’avais des plumes dans les cheveux et que je me peinturais les cheveux, le stéréotype autochtone, là je dirais que je fais de l’appropriation culturelle. Ça serait de mauvais goût et là, je donnerais raison à mes critiques », assure Stef Paquette.

Une autre réalité est que les gens pouvant raconter l’histoire des Premières Nations ne courent pas les rues.

« Je ne suis pas de l’un des trois peuples autochtones du Canada et je comprends que je travaille en éducation autochtone, mais il y a une réalité qu’on a une pénurie de francophones autochtones pour occuper ce poste. Moi de mon côté, je me dois de faire le mieux que je peux. Est-ce que je devrais avoir peur ? Pour être honnête, j’ai été candidat aux élections fédérales l’an passé, une fois que tu es candidat, plus grand-chose ne te fait peur », avoue M. Paquette.

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