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Dossiers d’immigration annulés au Québec : une occasion pour l’Ontario ?

Temps de lecture : 4 minutes

La décision du gouvernement québécois d’annuler 18 000 dossiers d’immigration non traités pourrait-elle profiter à l’Ontario et aux autres provinces à travers le Canada qui souhaitent augmenter le nombre de leurs nouveaux arrivants francophones ?

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

L’annonce du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, sonne encore comme un mauvais rêve dans la tête de Laure Marandet. Depuis 2015, cette Française tente avec son mari de venir s’installer au Québec.

« Ça a été la douche froide puis, beaucoup de tristesse et de colère », raconte-t-elle à #ONfr. « Ça fait plus d’un an que notre dossier est complet. Depuis trois ans, on a mis notre vie entre parenthèses, laissé passer des opportunités personnelles et professionnelles… Ça n’a pas de sens ! »

Son histoire ressemble à celle de nombreux francophones qui ont décidé de tenter l’aventure d’une immigration au Québec, mais qui risquent désormais de devoir tout reprendre à zéro. Afin de revoir les règles d’immigration dans la Belle Province et de les arrimer avec les besoins du marché du travail, le gouvernement provincial de la Coalition Avenir Québec envisage d’annuler 18 000 dossiers d’immigration qui n’ont pas encore été traités.

« Je n’y ai même pas cru quand un ami m’en a parlé ! », lance Sandrine*, une autre candidate contactée par #ONfr.

Cette dernière confie qu’elle songe aujourd’hui à éventuellement immigrer dans une province anglophone, selon comment les choses évoluent.

« Une juriste m’a dit que j’avais a priori assez de points pour être éligible au programme Entrée express. Peut-être qu’une province anglophone m’accueillerait plus facilement ? »

Pas simple pour attirer des immigrants

Plusieurs provinces cherchent depuis des années à augmenter le nombre de leurs immigrants francophones. Le Manitoba et le Nouveau-Brunswick ont même établi des cibles, tout comme l’Ontario qui vise 5 % d’immigrants francophones par an, depuis 2012.

« Il y a peut-être quelque chose à faire », suggère Léonie Tchatat, présidente et directrice générale de La Passerelle-I.D.É. « Le nombre d’immigrants francophones qui quittent le Québec augmente considérablement et nous recevons de nombreux appels téléphoniques de personnes qui y vivent et qui souhaitent s’installer en Ontario. Peut-être que ça vaudrait la peine de faire connaître l’Ontario auprès de ces candidats [concernés par l’annulation des dossiers] qui sont, pour certains, déjà sur place et qui ont une expérience canadienne, et leur faire savoir que la province veut attirer des francophones. »

La fondatrice de la Passerelle-I.D.É., Léonie Tchatat. Source : Capture d’écran

Pour répondre à cette opportunité, Mme Tchatat songe à une campagne de promotion ou à l’envoi de délégations d’organismes franco-ontariens dans des forums d’immigration.

« C’est peut-être le moment d’investir pour développer une stratégie ! », pense-t-elle.

La professeure de géographie à l’Université d’Ottawa, spécialiste de l’immigration, Luisa Veronis, rappelle toutefois que les choses ne seront pas simples, même si elle juge l’idée « intéressante ».

« Le Québec a des compétences particulières pour gérer son immigration, il faudrait donc voir comment ces personnes pourraient être contactées. »

Sans oublier que pour l’Ontario, comme pour les autres provinces, le fédéral reste celui qui, dans la majorité des cas, décide.

Les atouts de l’Ontario

Dans cette éventualité, la chercheuse juge toutefois que c’est sans doute l’Ontario qui aurait le plus d’atouts pour séduire les candidats déçus.

« C’est une province voisine, qui a des similitudes avec le Québec, beaucoup de francophones, une grande ville comme Toronto, une ville comme Ottawa qui est frontalière et proche de Montréal… Il y a des dynamiques assez similaires qui peuvent intéresser des candidats francophones. Tout dépend de la promotion qui sera faite ! »

Le bureau de la ministre ontarienne des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires, Lisa MacLeod, qui gère le dossier de l’immigration, ne semble toutefois pas vouloir mettre en place de mesures particulières pour tirer profit de cette situation, même si la cible ontarienne de 5 % – jamais atteinte – reste en ligne de mire.

« Le gouvernement reste engagé envers le dossier de l’immigration francophone et va continuer à travailler pour atteindre la cible de 5 %. Nous finançons déjà plusieurs initiatives pour cela », indique-t-on dans un courriel à #ONfr.

L’immigration, un projet particulier

Sandrine connaît déjà l’Ontario. Celle qui a vécu et travaillé pendant deux ans et demi à Montréal a visité plusieurs places au Canada, à titre de touriste, dont la Colombie-Britannique, mais aussi Toronto, Kingston et Ottawa.

« Personnellement, je parle anglais, donc ça ne me dérangerait pas de m’installer en Ontario. Mais Toronto est une ville très chère et j’ai peur qu’Ottawa ne corresponde pas aux habitudes que j’ai prises à Montréal d’avoir une grosse vie culturelle et festive. »

Elle ajoute ne pas trop connaître la communauté franco-ontarienne ni savoir à quel point celle-ci est importante.

Le cas de Laure Marandet est encore différent. « Nous avons le projet de nous installer près de Tadoussac pour monter une entreprise touristique. Le potentiel est vraiment grand là-bas et je connais bien la région. Nous y avons plusieurs amis et notre volonté d’immigration est vraiment rattachée à ce projet. Et puis, je ne sais pas si mon conjoint aimerait vivre majoritairement en anglais ! »

Car c’est là aussi l’un des défis des communautés francophones en contexte minoritaire qui souhaitent accueillir plus d’immigrants francophones, remarque Mme Veronis.

« Il y a bien sûr le défi de parler anglais pour les opportunités professionnelles, mais il y a aussi le fait de vivre en contexte minoritaire. Beaucoup d’immigrants francophones ne savent pas ce que cela représente et des fois, quand ils arrivent, ils sont déçus, surtout quand ils se retrouvent en contexte très minoritaire. »

*Cette personne interrogée par #ONfr préfère garder l’anonymat. Nous avons donc changé son prénom.

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