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Doug Ford ou le défi de l’équilibre budgétaire

[ANALYSE]

TORONTO – Un déficit ramené de 15 milliards à 13,5 milliards de dollars. Le gouvernement progressiste-conservateur vient d’annoncer à priori de bonnes nouvelles, à quelques jours de la rentrée politique à Queen’s Park prévue ce mardi.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Une réussite affichée que l’équipe du premier ministre Doug Ford explique simplement: les hausses des revenus en provenance de la taxe de vente harmonisée et l’impôt des entreprises. «En déployant des efforts pour rétablir la confiance du public dans les finances de l’Ontario, en réduisant les formalités administratives et en étant ouverts aux affaires et aux emplois, nous faisons en sorte que la population des quatre coins de l’Ontario.»

L’explication est-elle recevable? En vérité, il est encore beaucoup trop tôt pour dire que le gouvernement a rétabli un climat de confiance. Il faudra des analyses et des projections sur le long terme pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que le gouvernement Ford a commencé à passer la hache dans certains services. Quelque 3,2 milliards «d’efficacités» avaient ainsi été trouvées à l’automne. Une somme qui incluait aussi l’Université de l’Ontario français. Mais cette diminution ne s’était pas répercutée directement dans le budget. Et pour cause, les baisses d’impôts et les recettes fiscales perdues à cause du retrait de l’Ontario du marché du carbone avaient coûté au total 2,7 milliards de dollars.

 

Plusieurs chiffres et perspectives

Dans ces conditions, Doug Ford et son fidèle ministre des Finances, Vic Fedeli, pourront-ils équilibrer le budget avant la fin du mandat en 2022? Le pari est ici très grand. Car le chiffre du budget annoncé par le gouvernement est contestable.

Avant de quitter le pouvoir, les libéraux parlaient eux de 6,7 milliards de dollars, tandis que la vérificatrice générale et le Bureau de la responsabilité financière voyaient respectivement un trou de 11,7 milliards et 12,3 milliards de dollars.

Pour ne rien arranger, ce même Bureau de la responsabilité financière a jeté un pavé dans la mare la semaine dernière, avec comme cible, les choix de Doug Ford. «Considérant que les dépenses de programmes par habitant de l’Ontario sont déjà les plus basses au pays, la marge de manœuvre pour contrôler ou réduire davantage les dépenses pourrait être limitée», peut-on lire dans le rapport publié jeudi.

Ce n’est ici qu’un point de vue. L’Institut Fraser au contraire voit plutôt l’équilibre budgétaire comme une nécessité. Pour le «think tank» canadien spécialisé en économie, et proche des milieux conservateurs, un déficit non épongé reste une grosse menace. D’une, car elle alourdit la dette publique, secondo parce que l’économie ontarienne ne serait pas à l’abri d’une récession majeure.

 

Receptivité des Ontariens

À la veille de la rentrée législative, on peut s’interroger sur la réceptivité des Ontariens quant aux prochains sacrifices demandés. Et tout indique que le gouvernement ira en premier lieu de l’avant avec une transformation du système de santé. Avec quelle conséquence pour la qualité des services et les emplois? Mystère et boule de gomme pour le moment.

Doug Ford, dont un récent sondage montrait un taux d’approbation de sa politique située à 35 %, sait probablement qu’il marche sur des œufs en voulant coûte que coûte équilibrer le budget. Atteindre le chiffre magique tout en n’augmentant pas les impôts, le pari est aussi périlleux qu’ambitieux. En cas de réussite, cela ne se fera pas sans de gros sacrifices.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 18 février.

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