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Doug Ford, une renaissance dans les ténèbres

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Au soir du 31 décembre 2019, Doug Ford n’aurait pas parié sur une année 2020 si animée, et paradoxalement… si réussie pour lui. Au plus bas dans les sondages il y a un an, « caché » alors par les conservateurs pour les élections fédérales, le premier ministre ontarien a désormais relancé son mandat.

Les sondages l’attestent : le taux de satisfaction à son endroit a atteint 55 % début décembre selon l’Institut Angus Reid, après avoir même culminé à 69 % en mai. Les mesures d’urgence consécutives à la pandémie de COVID-19 ont donné à Doug Ford une stature de chef protecteur, agrémentée d’une empathie nouvelle.

Confrontée à une épidémie inconnue, bousculée dans ses idéologies et certitudes, l’équipe Ford comme les autres gouvernements du monde entier a avancé cahin-caha.

Doug Ford avait d’abord tardé de quelques jours à déclarer l’état d’urgence. Par la suite, le gouvernement a longtemps fermé la porte à un confinement régionalisé, puis à généraliser les tests. Le premier ministre et sa ministre de la Santé, Christine Elliott, sont souvent ciblés pour leur manque de transparence quant aux données provinciales.

En décembre, la province la plus populeuse du Canada a toutefois enregistré moins de décès proportionnellement à sa population que le Québec et le Manitoba. Les messages répétés par les autorités sanitaires ont permis de limiter les fermetures d’écoles et les dégâts dans les foyers de soins de longues durées pendant la seconde vague.

Mais les conséquences économiques de la pandémie se font cependant sentir. En novembre, le gouvernement a annoncé un déficit record de 38,5 milliards de dollars. Par ailleurs, il est encore trop tôt pour évaluer les dégâts psychologiques et traumatiques de cette crise.

Enjeux au second plan

Devant l’immensité du défi sanitaire, les autres enjeux sont passés au second plan de l’intérêt du grand public. Le bras de fer insoutenable entre le ministère de l’Éducation et les syndicats d’enseignants entamé au début de l’hiver s’est finalement soldé par un accord discret au printemps.

L’intérêt pour la COVID-19 a permis sans doute à d’autres scandales de ne pas polluer l’année 2020 de Doug Ford. À commencer par l’autorisation donnée à un collège chrétien dirigée par un homophobe avoué, l’évangéliste Charles McVety, de décerner des diplômes universitaires. En juillet, le parti au pouvoir excluait sa députée Belinda Karahalios, « coupable » d’estimer excessifs les pouvoirs d’une loi donnant au gouvernement plus de latitude pour les décrets d’urgence.

En 2020, la COVID-19 synonyme d’une conférence de presse quotidienne a donné toute la lumière à Doug Ford. Plus difficile dans ces conditions pour l’opposition de tirer son épingle du jeu.

Une opposition revigorée mais dans l’ombre

Paradoxalement, néo-démocrates et libéraux ont connu une année plus réussie. Le parti d’Andrea Horwath est monté aux barricades à plusieurs reprises sur les dossiers des foyers de soins de longue durée et des ressources sanitaires.

Du côté des libéraux, les arrivées des députées Amanda Simard, Lucille Collard, Stephen Blais, et d’un nouveau chef en la personne de Steven Del Luca ont permis de régénérer une formation moribonde depuis le cuisant échec des élections de juin 2018.

Dans les ténèbres dues à la COVID-19, Doug Ford pourrait solidifier sa popularité en 2021. À moins qu’un nouveau tournant ne se dresse sur la route.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 26 décembre. 

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