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« Doug qui ? », la crise linguistique plutôt méconnue des étudiants

Temps de lecture : 3 minutes

C’est demain que les francophones célébreront le sinistre anniversaire du déclenchement de la crise linguistique de l’automne 2018. Pour l’occasion, ONFR+ a tenté d’interroger des étudiants francophones sur les campus, pas forcément des militants ou des porte-paroles. Les réponses données montrent que la crise, devenue en quelques jours d’ampleur nationale, reste méconnue.

Annulation du projet d’Université de l’Ontario français, fin du poste de commissaire en français de François Boileau : les annonces du « jeudi noir » avaient fait l’effet d’une bombe le 15 novembre 2018.

La nouvelle du couperet de Doug Ford lors de l’énoncé économique de novembre n’a toujours pas rejoint William Sivazlian et ses amis. Aucun d’entre eux n’avait ouï-dire d’une crise quelconque l’an dernier en Ontario français.

« Je n’ai pas entendu parler de l’Université de l’Ontario français », répond le jeune homme de Chelmsford. « Je n’ai jamais considéré faire des études ailleurs qu’à Sudbury. »

William Sivazlian
L’étudiant William Sivazlian. Crédit photo : Didier Pilon

Même son de cloche de la part d’une vingtaine d’étudiants interpellés dans le corridor du Collège Boréal, à Sudbury.

Josée Rochette, pour sa part, a un vague souvenir des événements du jeudi noir.

« Je me rappelle qu’il y a eu des manifestations et des photos Facebook avec des drapeaux franco-ontariens, mais je ne sais pas à propos de quoi précisément », note l’étudiante de deuxième année en techniques de soins vétérinaires. « J’imagine que Doug Ford a coupé le financement à quelque chose. J’ai un ami qui a participé à la manifestation, mais, honnêtement, je suis un peu occupée avec mes études. »

Elle n’est toutefois pas pour autant à l’abri des compressions du gouvernement provincial, soulève-t-elle.

« Personnellement, ce qui me touche le plus, c’est les coupes au Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFÉO). Je n’en ai pas entendu parler lorsque ça s’est produit l’an dernier. Plutôt, je l’ai appris lorsque ma demande a été refusée à cause des changements. »

« On est déjà tellement minoritaire »

Kevin Rheault est le seul du lot qui se rappelle immédiatement les événements du 15 novembre 2018.

« C’était le jeudi noir », explique l’étudiant de première année en sciences de la santé à ses camarades. « C’est quand Doug Ford a coupé le financement à l’université franco-ontarienne et le Commissariat aux services en français. »

Selon lui, les Franco-Ontariens sont dans une situation d’autant plus précaire depuis le congédiement de François Boileau.

« Tu sais, on est déjà tellement minoritaire. Comment peut-on faire avancer nos causes si on n’a même pas de commissaire ? Le retour du commissaire permettrait au moins de protéger nos acquis », affirme le jeune de Petawawa.

« Je ne connais pas ça »

À Ottawa, au Collège La Cité, la question sur la crise linguistique posée à des étudiants au hasard étonne. « Doug qui ? », nous interroge un étudiant international, manifestement peu familier avec le sujet. Sa camarade vient à sa rescousse : « Doug Ford, celui qui a coupé dans les services en français l’an passé ! »

Un groupe de trois étudiants discute tranquillement sur campus. Même question de notre part sur les un an du déclenchement de la crise linguistique. « Je ne connais pas ça pantoute », résume l’un d’eux. « Je suis au Canada depuis seulement sept mois », ajoute son camarade Mustapha Boukrouna, originaire du Maroc.

« Je ne suis pas vraiment au courant de ce qui se passe, mais nous avons sensiblement la même chose au Maroc, avec des dialectes souvent en confrontation avec le français et l’arabe. Je me mets à la place des francophones qui, ici, ne vont parfois trouver comme point de repère que des services en anglais. C’est assez frustrant ! L’état doit faire son job ! La langue est une richesse ! »

Mustapha Boukrouna, étudiant à La Cité. Crédit image : Sébastien Pierroz

Charley Dutil est étudiant en journalisme. On se doute que les événements de l’automne 2018 font donc davantage partie de son quotidien.

« Ça a démontré une présence assez importante des francophones en Ontario qui veulent préserver leurs droits, qui ne veulent pas se faire enlever ce qui est déjà acquis comme le poste du gars qui s’est fait congédier [François Boileau]. »

Quant à une éventuelle coupure des services à La Cité, Charley Dutil n’y a jamais bien cru. « Je ne pensais pas que Doug Ford pouvait couper dans une institution bien établie. »

Cet article a été co-écrit avec Didier Pilon. 

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