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Drapeau franco-ontarien devant Queen’s Park : entre « fierté » et « hypocrisie »

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Les réactions se succèdent après les révélations d’ONFR+ sur le projet d’installation permanente du drapeau vert et blanc devant l’édifice de l’Assemblée législative de l’Ontario. Si plusieurs leaders communautaires qualifient la nouvelle de geste important, l’opposition y voit une diversion visant à détourner l’attention des dossiers prioritaires.

« Hisser en permanence le drapeau franco-ontarien à Queen’s Park sera un rappel puissant de la vitalité de la francophonie », croit Daniel Giroux, le président du Collège Boréal. « C’est une excellente nouvelle pour les 744 000 Franco-Ontariens et de bon augure pour l’ensemble de la francophonie canadienne. »

« C’est un geste symbolique et sans équivoque de la reconnaissance de la présence des Franco-Ontariens dans la province », renchérit Florence Ngenzebuhoro, la directrice du Centre francophone du Grand Toronto.

« Le plus on verra ce drapeau et le mieux ce sera », estime pour sa part Serge Paul, le président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario (ACFO) Toronto. « On espère le voir aussi contre la façade de l’édifice et, le jour où il sera derrière Doug Ford durant les annonces liées à la COVID-19, on sera vraiment content. »

Pour M. Paul, qui ne cache pas qu’un tel geste serait aussi de bon ton devant l’hôtel de ville torontois, la symbolique du drapeau est importante, car elle va susciter la curiosité, voire l’adhésion, des Ontariens peu au fait des messages et des combats des francophones.

De gauche à droite : Ajà Besler, Serge Paul, Daniel Giroux, Florence Ngenzebuhoro, Joanne Gervais et Jean-Marc Lalonde. Montage ONFR+

« C’est une excellente idée », réagit Joanne Gervais, la présidente de l’Association canadienne française du grand Sudbury. « Je suis convaincue que les cocréateurs du drapeau (son frère Gaétan Gervais et Michel Dupuis) avaient osé espérer une reconnaissance pareille, mais je ne suis pas convaincue qu’ils étaient certains qu’on y arriverait un jour. Je pense que cela va au-delà de leurs attentes. Déjà en 2001, quand le drapeau a été reconnu officiellement comme l’emblème de la communauté, c’était plus qu’ils n’avaient osé l’espérer. Alors là, je pense qu’ils seraient fiers. »

Justement à l’origine du projet de loi reconnaissant le drapeau comme emblème de la communauté, adopté à l’unanimité en 2001, Jean-Marc Lalonde appuie sans réserve cette nouvelle étape dans la reconnaissance du drapeau.

« Le gouvernement commence à réaliser qu’on avait raison de se faire reconnaître », confie l’ancien député libéral de Glengarry-Prescott-Russell, qui a connu les balbutiements gouvernementaux en faveur de la langue française, avec la généralisation de la signalisation bilingue dans les agences gouvernementales de la province.

Ajà Besler, la directrice générale de l’ACFO Ottawa apporte tout de même un bémol. « C’est un geste important, car il apporte de la visibilité, mais ça ne doit pas faire oublier des gestes qui ont un plus grand impact sur le quotidien des Franco-Ontariens, comme moderniser la Loi sur les services en français ou encore s’assurer que les messages importants du gouvernement par rapport à la pandémie soient diffusés dans les deux langues. Ces choses demeurent prioritaires. »

Natalia Kusendova, députée de Mississauga-Centre à l’origine du projet de drapeau devant Queen’s Park. Crédit image : Rudy Chabannes

« Où était la députée Kusendova quand Ford a coupé tout ? »

« On va se souvenir que c’est toute cette gang-là, ces élus conservateurs, qui ont voté des coupes atroces du gouvernement Ford contre la communauté franco-ontarienne », recontextualise Amanda Simard, porte-parole aux Affaires francophones du Parti libéral de l’Ontario.

« Ce n’est pas parce qu’ils mettent un drapeau franco-ontarien qu’ils sont des alliés », dit-elle. « Au contraire, ils essaient de compenser en trouvant des symboles. Les élections approchent, ils ont besoin de faire un petit show pour se racheter. »

« Où était la députée Kusendova quand Ford a coupé tout : le Commissariat (aux services en français), l’Université de l’Ontario français ? », questionne la députée de Glengarry-Prescott-Russell qui a claqué la porte du Parti progressiste-conservateur au moment de la crise linguistique de 2018. « Elle était complètement silencieuse. Qu’elle essaye de se montrer en alliée de la francophonie est hypocrite. »

Le projet de loi d’identification linguistique sur la carte Santé de la députée libérale n’a, par exemple, jamais été mis en application, malgré son adoption il y a plus de deux ans.

Depuis son entrée en fonction en tant qu’adjointe parlementaire au ministère des Affaires francophones, Natalia Kusendova affirme mettre son énergie dans les questions de santé en français, mais assure que la pandémie, prioritaire, a mobilisé tous les efforts du ministère de la Santé, au détriment des dossiers liés aux besoins francophones.

« Ils utilisent la pandémie pour se cacher. C’est justement maintenant qu’on peut avancer, car on a moins d’engagements en personne », rétorque Amanda Simard à propos des enjeux pressants.

Les députés Amanda Simard, Guy Bourgouin et Marie-France Lalonde, prédécesseure de la ministre Mulroney aux Affaires francophones. Montage ONFR+

Pour Guy Bourgoin, il y a des dossiers plus importants à saisir que celui de la symbolique. Le porte-parole aux Affaires francophones du Nouveau Parti démocratique dénonce, tous azimuts, la modernisation attendue de la Loi sur les services en français, les couacs de communication gouvernementale en français durant la pandémie – malgré l’intervention de la commissaire aux services en français – , l’immigration et le manque de main d’œuvre dans des secteurs vitaux.

« C’est bien beau les symboles, mais la francophonie a besoin de plus que ça », dit-il. « On a besoin d’un gouvernement volontaire pour améliorer l’accès aux services en français partout en province. »

Selon le député Mushkegowuk-Baie James, « Ford et Mulroney doivent changer leur façon de comprendre la francophonie, car on n’est pas des citoyens de deuxième classe. On a droit à l’équivalent ».

Philosophe, l’ancienne ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, se réjouit de cette avancée qu’elle considère comme un « rattrapage » après le début de mandat chaotique de Doug Ford.

« Quel que soit le gouvernement, un geste posé en faveur de la francophonie est un geste de plus à son avancement », conclut l’initiatrice du Programme d’appui à la francophonie ontarienne et du monument des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, un autre marqueur de l’importance de la francophonie, aux abords de Queen’s Park.

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