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Drapeau franco-ontarien : une avancée, en attendant mieux

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Les années passent, et le drapeau franco-ontarien s’impose. Depuis sa création en 1975, l’emblème vert et blanc des plus de 600 000 francophones de l’Ontario franchit des jalons. Après sa reconnaissance comme symbole de la communauté francophone en 2001, il deviendra dans quelques jours un emblème de la province.

Il faudra patienter jusqu’à jeudi, la veille de la Journée des Franco-Ontariens. Le projet de loi privé 182 de la députée conservatrice Natalia Kusendova devrait être voté en troisième lecture, reconnaissant le drapeau comme un symbole, le tout par une modification de la loi de 2001.

Concrètement : le drapeau franco-ontarien fera partie des huit symboles de l’Ontario aux côtés du drapeau provincial, du trille blanc, du tartan, du huard, du pin blanc, de l’améthyste, et des armoiries.

Une avancée est une avancée, et les Franco-Ontariens sortent gagnants.

Tout aussi importante que la reconnaissance de 2001, celle-ci passe davantage inaperçue. Il faut dire que le premier dépôt du projet de loi le 12 mars correspondait… à l’annonce de la fermeture des écoles en raison de la pandémie. Un mauvais « timing » du calendrier auquel s’ajoutait la faible notoriété de Natalia Kusendova dans les cercles franco-ontariens. Il y a 19 ans, l’instigateur de la reconnaissance du drapeau, Jean-Marc Lalonde, bénéficiait d’une certaine aura.

Natalia Kusendova a fait son apparition à Queen’s Park en 2018, en remportant l’élection dans Mississauga-Centre. Née en Slovaquie, puis infirmière, la candidate comptait sur son élection pour mettre fin à la « médecine de couloir ». S’exprimant bien en français, et avenante, Mme Kusendova est parfois pressentie pour succéder à Caroline Mulroney, si cette dernière venait, un jour, à quitter le ministère des Affaires francophones.

Symbole, sans valeur politique ou légale

Reste que cette reconnaissance du drapeau revêt une dimension symbolique, sans valeur politique ou légale. Il serait toutefois hasardeux de blâmer les conservateurs pour l’utilisation des symboles.

Au crépuscule de leurs 15 années de pouvoir, les libéraux version Kathleen Wynne ont eu recours trop souvent aux symboles, furent-ils honorables. En 2016, Kathleen Wynne s’excusait contre le Règlement XVII, avant d’annoncer un monument pour la francophonie à Queen’s Park, et de reconnaître Notre Place comme l’hymne officiel des Franco-Ontariens. Autant de gestes qui avaient inspiré une chronique à Denis Gratton du journal Le Droit « Les bonbons de tante Kathleen ».

L’enjeu de la modernisation de la LSF

À leur décharge, les libéraux avaient bel et bien mis sur les rails le projet de l’Université de l’Ontario français, mais n’ont pas trouvé le temps de moderniser la Loi sur les services en français (LSF).

Dépoussiérer justement cette loi vieille de presque 34 ans, voilà un souhait des militants franco-ontariens toujours en attente. On ne parle pas ici d’un drapeau, mais d’élargir les services en français à plus de 100 000 Franco-Ontariens.

Il y a quelques jours, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) ont dévoilé une proposition commune pour la modernisation. Un libellé incluant notamment… la remise sur pied d’un Commissariat aux services en français indépendant.

En consentant à cette proposition, Caroline Mulroney marquerait de précieux points dans sa relation avec les Franco-Ontariens, réparant au passage une partie – au moins la partie légale – des pots cassés de la crise linguistique de l’automne 2018. Les drapeaux offrent une fierté inestimable, mais sans la force des lois, ils sont appelés à disparaitre.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 19 septembre.

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