Société

École francophone ou anglophone : le dilemme de certains nouveaux arrivants

Le choix entre école anglophone, immersion ou école de langue française représente un défi pour plusieurs familles francophones nouvellement arrivées à Ottawa.

OTTAWA – À leur arrivée au Canada, des familles francophones se retrouvent devant un choix : inscrire leurs enfants à l’école anglophone pour faciliter leur intégration, ou privilégier l’école francophone pour préserver leur langue.

C’est un dilemme que vivent certains nouveaux arrivants dans la capitale. Le bilinguisme est notamment la raison qui a poussé Fatima Ezzahra Bouadi, arrivée à Ottawa à l’été 2024 avec sa famille, à choisir une école en immersion pour ses enfants âgés de 11 et 8 ans.

« Comme ils maîtrisaient déjà bien le français, nous avons choisi une école anglophone en immersion française, avec l’idée que l’enseignement serait partagé entre les deux langues », explique-t-elle.

Fatima Ezzahra Bouadi, mère de deux enfants de 8 et 12 ans, a finalement choisi l’école francophone pour préserver le français de ses enfants. Gracieuseté

Mais la réalité s’est révélée différente. « Nous avons rapidement déchanté. L’école était davantage dominée par l’anglais », constate-t-elle.

« Le bilinguisme de nos enfants n’était donc pas garanti et nous avions même peur qu’ils perdent progressivement leur français », ajoute Fatima Ezzahra Bouadi.

Les enseignants eux-mêmes ont conseillé aux parents de reconsidérer leur choix.

« Ils nous ont dit que, puisque nos enfants ont déjà un bon niveau de français, il valait mieux préserver cette langue. L’anglais, lui, s’apprend facilement au quotidien. »

La famille a également remarqué que l’école francophone proposait un modèle avec lequel leurs enfants étaient plus à l’aise.

« L’approche pédagogique ressemble plus à celle des écoles privées au Maroc », souligne-t-elle.

« Le français s’apprend, l’anglais s’attrape »

Aziz Hajji, quant à lui, est arrivé avec sa famille à Ottawa en septembre 2025. « Opter pour l’école anglophone nous semblait logique. Nous arrivions dans un pays majoritairement anglophone », raconte-t-il.

Ses enfants possédaient déjà de bonnes bases linguistiques, acquises dans une école privée au Maroc. Son fils de 14 ans s’est d’ailleurs rapidement intégré. Mais après quelques mois, la famille a remarqué un changement.

« Nous avons vu que les enfants apprenaient l’anglais très facilement, mais qu’ils commençaient aussi à perdre leur aisance en français, particulièrement ma fille qui a 7 ans », explique-t-il.

Après avoir consulté leur entourage, les parents ont décidé de privilégier une école francophone. Malgré cela, Aziz Hajji affirme que sa fille a adopté l’anglais au quotidien. « Même après avoir changé d’école, elle continue à parler surtout en anglais avec son entourage. »

« On dit souvent que le français s’apprend, alors que l’anglais s’attrape, y compris dans les couloirs de l’école », ajoute-t-il.

La qualité de la langue soulève des inquiétudes

Bien que certains parents choisissent l’école française pour protéger la langue, des observateurs s’inquiètent de la baisse du niveau de français dans ces établissements.

À Penetanguishene, l’ancien conseiller scolaire et militant franco-ontarien Basile Dorion dénonce depuis longtemps l’anglicisation progressive des écoles de langue française. « Une grande partie de nos écoles de langue française sont devenues, dans les faits, des écoles de français langue seconde », affirme-t-il.

Certaines écoles, ajoute-t-il, accueillent des élèves qui utiliseront très peu le français en dehors du cadre scolaire. La raison, explique-t-il, est que les conseils scolaires accordent parfois trop d’importance au nombre d’inscriptions.

Le militant franco-ontarien Basile Dorion. Crédit image: Pascal Vachon.
Le militant franco-ontarien Basile Dorion. Crédit image : Pascal Vachon.

« On semble courir après les chiffres plutôt que de se soucier de la qualité et de la transmission du français. Les statistiques et les inscriptions deviennent plus importantes que la survie du français comme langue naturelle et langue d’usage », soutient-il.

Cette logique est aussi liée au mode de financement des conseils scolaires, affirme cet ancien conseiller scolaire de 1977 à 1997.

« Plus il y a d’élèves, plus il y a de financement. Cela peut créer une pression pour accepter le maximum d’inscriptions, même lorsque les élèves n’ont qu’une connaissance limitée du français », explique-t-il.

Il appelle ainsi les conseils scolaires, les élus, les administrateurs ainsi que les familles à faire preuve de plus de rigueur afin de protéger l’avenir du français. Malgré cela, il offre ce conseil aux parents francophones et francophiles : « Si vous êtes sérieux au sujet de la langue française, inscrivez vos enfants à l’école de langue française », conclut-il.