Selon le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA), un décalage horaire entre le Québec et l'Ontario compliquerait le quotidien de dizaines de milliers de navetteurs sur les ponts reliant Ottawa et Gatineau. Photo: Canva
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« Ce serait un cauchemar » : le milieu des affaires d’Ottawa redoute un changement d’heure au Québec

Selon le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA), un décalage horaire entre le Québec et l'Ontario compliquerait le quotidien de dizaines de milliers de navetteurs sur les ponts reliant Ottawa et Gatineau. Photo: Canva

OTTAWA — La volonté du gouvernement québécois d’abolir le changement d’heure dès le printemps prochain suscite des questions au sein de la communauté d’affaires de la région d’Ottawa-Gatineau. En raison de l’interdépendance économique entre les deux rives, le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA) demande aux gouvernements provinciaux de tenir compte de la réalité des zones frontalières avant d’adopter des règles divergentes, alors même que les PME de la région subissent déjà les contrecoups des tensions commerciales avec les États-Unis.

« Ottawa-Gatineau, c’est une seule région, c’est deux rives. Il faut que notre région soit prise en considération », réagit d’emblée la directrice générale du RGA, Pascale de Montigny Gauthier.

Alors que les pendules viennent tout juste d’être reculées pour l’hiver, Québec a annoncé la semaine dernière son intention de déposer un projet de loi afin de faire du passage à l’heure avancée du printemps 2027 le dernier, prévoyant de courtes consultations parlementaires pour trancher entre l’heure d’été et l’heure normale.

Dans la capitale nationale, la nouvelle est accueillie avec un mélange d’incrédulité et de scepticisme : « Il n’y a personne qui s’alarme parce que tout le monde trouve ça ridicule », lance encore Mme de Montigny Gauthier.

De son côté, l’Ontario a adopté en 2020 la Loi modifiant la Loi sur l’heure légale, mais son entrée en vigueur demeure conditionnelle à ce que le Québec et l’État de New York effectuent le même changement. 

Selon Pascale de Montigny Gauthier, l’instauration d’un décalage d’une heure compliquerait les efforts entrepris pour réduire les barrières commerciales entre les deux provinces, rappelant que le RGA représente des entrepreneurs des deux côtés de la rivière qui desservent ensemble un bassin partagé de 1,5 million de personnes.

Si le Québec va de l’avant sans synchronisation avec Toronto, les deux rives de la rivière des Outaouais pourraient se retrouver sur deux fuseaux horaires différents durant la période hivernale.

« C’est une complication supplémentaire qui s’ajoute à toutes les barrières qu’on veut éliminer […] Une entreprise ne devrait pas avoir l’impression de changer de pays quand elle traverse un pont », prévient-elle, rappelant que les PME locales composent déjà avec les tensions commerciales américaines, dont l’impact a été confirmé la semaine passée par Queen’s Park.

Sur le fond, le milieu des affaires ne s’oppose pas à la suppression du changement d’heure : « C’est une excellente idée, mais pas dans notre contexte de région frontalière, et dans le contexte où New York n’embarque pas, le gouvernement de l’Ontario n’embarque pas… Ce n’est pas viable », soutient Pascale de Montigny Gauthier. Photo : Inès Rebei/ONFR

Des répercussions administratives anticipées

Sur le plan des opérations quotidiennes, le RGA anticipe des ajustements administratifs pour les organisations de la région. « Il va falloir toujours préciser le fuseau horaire dans nos contrats, dans nos soumissions, dans nos factures, dans nos rendez-vous. Il va falloir toujours faire attention dans nos agendas », indique Mme de Montigny Gauthier.

L’organisme mentionne des difficultés potentielles dans plusieurs secteurs, notamment lors des appels d’offres où l’échéance de dépôt pourrait varier selon la juridiction. 

Dans le domaine événementiel et touristique, la gestion des billetteries et des heures de convocation requerrait une attention accrue. « Imaginons, que dans les événements, il y a des invités des deux rives qui arrivent à une heure de décalage? Et bien ce serait un cauchemar! », déclare, sans détour, la directrice générale.

Le secteur des technologies de l’information pourrait aussi devoir ajuster ses horaires d’interventions nocturnes ou de mises à jour de logiciels afin de ne pas empiéter sur les heures ouvrables de l’autre rive. 

De plus, pour les familles dont les membres travaillent d’un côté de la rivière et font garder leurs enfants de l’autre, des horaires de fermeture décalés pourraient compliquer l’organisation quotidienne.

Ces enjeux s’expliquent par l’étroite intégration du marché de l’emploi local, matérialisée par les 72 000 déplacements quotidiens recensés sur les ponts interprovinciaux.

D’après des données citées par le RGA, environ un travailleur gatinois sur quatre – soit près de 45 000 personnes – traverserait la rivière chaque jour pour occuper un emploi en Ontario. Dans le sens inverse, plus de 15 000 résidents d’Ottawa travailleraient au Québec.

Ceci survient d’ailleurs alors que le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, et la mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, avaient signé, en août dernier, une entente de collaboration économique pour faire reconnaître la capitale nationale comme une zone intégrée, demandant aux gouvernements fédéral et provinciaux d’abattre les obstacles à la circulation des biens et de la main-d’œuvre.

Un précédent dans le Nord-Ouest ontarien

Le 13 octobre dernier, le procureur général de l’Ontario a annoncé que la province prévoyait de maintenir l’heure avancée en permanence à Kenora et dans certaines collectivités du Nord-Ouest ontarien situées à l’ouest du 90ᵉ méridien. 

Cette mesure, prévue pour entrer en vigueur le 1ᵉʳ novembre au moyen d’un règlement pris en vertu de la Loi sur l’heure légale, vise à maintenir l’alignement sur le Manitoba voisin, qui a choisi de conserver l’heure d’été toute l’année. 

Queen’s Park a justifié cette décision par la volonté d’éviter des perturbations pour les entreprises, les familles et les services de part et d’autre de la frontière manitobaine. La dirigeante réclame ainsi que les particularités d’Ottawa-Gatineau fassent l’objet d’une considération comparable à celle accordée au reste des régions frontalières.

« Le milieu de l’Outaouais est souvent mis de côté par les gouvernements provinciaux. C’est vraiment dommage de voir ça, comme si on n’existait pas », conclut Pascale de Montigny Gauthier déplorant également le manque de consultation.