Passer au contenu Passer au pied de page

Élections : ce n’est « pas qui sera le numéro un, mais qui sera le numéro deux » – Stéphanie Chouinard

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Stéphanie Chouinard est professeure et chercheuse en minorité linguistique, au département de Science politique du Collège Militaire Royal du Canada et à l’Université Queens. Elle s’intéresse à la francophonie canadienne et à l’Ontario français.

LE CONTEXTE  :

À l’aube des élections ontariennes, certains événements ont façonné la campagne électorale des quatre chefs en lice pour devenir le prochain premier ministre de l’Ontario. Stéphanie Chouinard, propose un décryptage des faits marquants de cette campagne, via le spectre d’une réélection pour le Parti progressiste-conservateur (PPC), sous l’égide de Doug Ford. Pour la politologue, il y a une très mince chance que le gouvernement tombe en situation minoritaire.

L’ENJEU  :

Le 2 juin, la campagne sera officiellement terminée et à l’issue de ces élections, le parti gagnant sera le prochain gouvernement pour les quatre prochaines années. Bien que le Parti progressiste-conservateur soit confortable dans les sondages, la course pour être le parti de l’opposition se joue entre les libéraux et les néo-démocrates. Le Parti vert quant à lui, avance vers un deuxième siège à Queens Park.

Selon vous, pourquoi le Parti progressiste-conservateur contrôle autant le message ?

Là, on est dans de la pure stratégie. On a l’impression qu’on donne à Doug Ford peu de chances de faire des erreurs. Eh oui, dès le début de la campagne, les PPC voulaient contrôler le message. Ils ne donnent pas toujours l’itinéraire du chef, ils interdisent l’accès aux médias. D’ailleurs, plusieurs candidats en région ont refusé de participer à des débats locaux. Leur stratégie, c’est de faire passer le message directement aux électeurs sans le filtre des médias traditionnels.

L’absence du chef à Ottawa, à savoir si cela fait partie de sa stratégie ou non, j’ai envie de dire, quoi de neuf sous le soleil (rire).

On sait qu’il a été critiqué là-dessus cet hiver avec son absence durant le convoi des camionneurs. En fait, c’est comme si Ottawa était le Vatican. Comme si la région ne faisait pas partie de l’Ontario. On sait depuis longtemps que Doug Ford est très 905. C’est une priorité de campagne pour lui et c’est là qu’il pense être en mesure d’asseoir sa majorité.

Pourquoi a-t-on qualifié cette campagne parfois d’être ennuyante et inintéressante ?

Cette campagne a été peu rocambolesque et je pense que c’était souhaité par le parti. On le sait, l’apathie est payante pour la droite au Canada.

La base électorale du Parti progressiste-conservateur, contrairement aux autres partis, va sortir voter, peu importe ce qui se passe. C’est un vote d’un âge plus mûr, une base plus solide et plus mobilisée. Alors évidemment, une campagne qui suscite peu les passions, ça ne vient pas fâcher un électorat différent du nôtre.

C’est extrêmement cynique, dans une démocratie on devrait espérer qu’à toutes les élections, les gens se déplacent aux urnes, le plus possible. Ça donne aussi une légitimité supplémentaire au gouvernement, si le taux de participation est bon. Bref, le fait d’avoir une campagne qui ne fait pas trop de vague s’était souhaité par le gouvernement Ford.

Les néo-démocrates et les libéraux, eux, étaient occupés à manger le lunch de l’autre plutôt que d’attaquer Doug Ford. Le gros de la campagne, ça n’a pas été qui sera le numéro un, mais plutôt qui sera le numéro deux.

Considérant que la majorité des électeurs sont du côté progressiste de l’échiquier, c’était un peu désintéressant. Quand les deux oppositions se tapent dessus, Ford rit. C’est une drôle de stratégie qui n’a été payante pour personne sauf pour Doug Ford.

Deux des chefs ont attrapé la COVID-19, en milieu de campagne. Pensez-vous qu’il y aura un impact sur le résultat ?

Pas vraiment en fait. Par exemple, M. Schreiner à Guelph était déjà en bonne position, on voit même qu’ils vont peut-être gagner un deuxième siège dans Muskoka Parry-Sound. Je ne pense pas qu’il y ait eu grande incidence. Pour Madame Horwath, ils ont eu du renfort de la part de Jagmeet Singh, mais là encore, je suis pas certaine qu’il y aura une énorme différence.

Selon vous, quel est l’avenir de la francophonie ontarienne, considérant la conjoncture politique ?

Le PPC durant toute la campagne s’est vanté de son bilan sur la francophonie, plutôt que de projeter des idées nouvelles pour la francophonie ontarienne. C’est un peu inquiétant, puisqu’on se demande quelles seront les grandes priorités du parti s’il est réélu. Quels seront les grands enjeux pour la francophonie ?

L’éducation postsecondaire par et pour les francophones avec l’indépendance de l’Université de Sudbury. La province dit attendre le résultat d’une évaluation, mais il faudrait savoir si c’est une démarche honnête ou si c’est pour ralentir le processus. C’est inquiétant que ça prenne autant de temps à mettre sur pied cette institution et remettre sur les rails des programmes importants. La communauté est profondément touchée par ce qui s’est passé à La Laurentienne, pas seulement pour l’éducation, mais aussi pour la perte économique.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !