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Élections au Nouveau-Brunswick : les Acadiens veulent se faire entendre

Temps de lecture : 4 minutes

FREDERICTON – Le 14 septembre prochain, les Néo-Brunswickois se rendront aux urnes. Cette première élection au Canada depuis le début de la pandémie en mars est importante pour les 250 000 Acadiens de la province. Tour de table avec l’avocat spécialisé en droits linguistiques Michel Doucet, le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Alexandre Cédric Doucet, et le directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB), Frédérick Dion.

Deux ans d’inquiétude

Gouvernement majoritaire ou minoritaire ? Reconduction du gouvernement conservateur de Blaine Higgs, victoire des libéraux de Kevin Vickers ou une surprise ? On en saura plus le 14 septembre. Les Acadiens dans leur ensemble se méfient comme de la peste de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Ce parti opposé au bilinguisme officiel avait permis aux conservateurs de Blaine Higgs de former le gouvernement à l’automne 2018.

En deux ans, le gouvernement progressiste-conservateur a soufflé le chaud et le froid. Durant la première année, l’équipe de Blaine Higgs a bonifié de 25 % l’enveloppe du Commissariat aux langues officielles.

Mais les 12 derniers mois ont été beaucoup plus sombres, selon le président de la SANB.

« On a une crise linguistique dans la province ! La communauté francophone s’attend à ce que ses droits soient respectés. Dernièrement, on a criblé de plaintes le Commissariat aux langues officielles. Durant la crise de la COVID-19, le premier ministre se présentait chaque jour en conférence de presse avec la traduction simultanée. Or, la traduction simultanée n’est pas un accommodement dans la Loi sur les langues officielles. Il a refusé de nommer un porte-parole bilingue. »

Quant au parti de l’Alliance des gens, le président de la SANB n’est guère plus tendre. « Je souhaite qu’ils soient rayés de la bande… Ils ont une rhétorique anti-bilinguisme. Ça nuit vraiment à la communication. Si le gouvernement Higgs était majoritaire, sans être appuyé par l’Alliance des gens, on verrait alors leur vrai visage. »

Pour l’AFMNB, les Acadiens ont déjà été victimes indirectement des coupes de M. Higgs. « On vient de fermer des points de services dans des communautés du Nord de la province. Ça touche la vitalité des communautés francophones et rurales. Ces communautés de moins en moins attrayantes ont besoin d’une capacité à se développer et d’une relance de l’économie. »

ÉLECTIONS DE 2018. Le scrutin du 24 septembre 2018 n’avait pas permis de départager les progressistes-conservateurs et les libéraux qui occupaient le pouvoir depuis 2014. Malgré leurs 22 sièges obtenus, les progressistes-conservateurs ne disposaient pas du chiffre magique, c’est-à-dire de 25 élus, pour former une majorité. Bien qu’arrivé en seconde position avec 21 élus, le Parti libéral restait prioritaire pour tenter de former un gouvernement. Appuyé par l’Alliance des gens, le Parti progressiste-conservateur a réussi finalement à former un gouvernement.

Révision de la Loi sur les langues officielles

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a théoriquement jusqu’au 31 décembre 2021 pour revitaliser la Loi sur les langues officielles. À 16 mois de l’échéance, le grand chantier n’est pas encore ouvert. Les militants acadiens attendent au moins une mention de ce sujet dans les différentes plateformes des partis.

« Les dispositions concernant la mise en œuvre de cette loi ne sont pas toujours efficaces », estime l’avocat Michel Doucet. « Des choses devraient être modifiées comme la question de la langue de travail, les pouvoirs du commissaire aux langues officielles lesquels doivent être accrus. Il y a également plusieurs ambiguïtés dans la loi sur les versions françaises et anglaises. »

Révision de la carte électorale du Nouveau-Brunswick

C’est cet automne que le prochain gouvernement du Nouveau-Brunswick doit commencer la révision des 49 circonscriptions électorales de la province.

Une commission indépendante sera alors formée, avec à la clé des consultations publiques, pour la présentation d’un rapport préliminaire d’ici mars 2021.

Des travaux non sans inquiétude pour les francophones.

« Actuellement, nous avons 16 circonscriptions majoritairement francophones, et deux autres circonscriptions bilingues. 31 sont anglophones. Nous sommes toujours avec le problème qu’un gouvernement peut donc être formé sans un Acadien. C’est d’ailleurs le cas depuis la démission du francophone Robert Gauvin. »

Le premier ministe sortant Blaine Higgs en campagne. Source : Facebook

Lors de la dernière révision des circonscriptions électorales, en 2013, les régions du Nord ont perdu des sièges, tandis que le nombre de députés à l’Assemblée législative était ramené de 55 à 49.

Le premier ministre Blaine Higgs s’est bien gardé de dire « son chiffre favori » pour le nombre d’élus, mais une baisse pourrait handicaper la représentation acadienne. « Nous allons surveiller cela avec attention », laisse entendre le président de la SANB.

Des modifications à la gouvernance locale ?

La dernière réforme de la gouvernance locale date de 2017 dans la province. Mais Frédérick Dion de l’AFMNB n’exclut pas de nouvelles modifications à la loi. « Les deux grands partis vont possiblement vouloir aborder cela dans les plateformes électorales. »

Et de poursuivre : « On pourrait voir fusionner des municipalités. Si les capacités des municipalités sont renforcées, c’est une bonne chose, mais si l’on propose, par exemple, de fusionner Dieppe et Moncton, la francophonie pourrait être ainsi noyée dans un ensemble anglophone plus grand, et on perdrait la mainmise. »

Le chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Kevin Vickers. Source : Facebook

Un débat des chefs en français ?

Le débat des partis en français reste un exercice réservé à la sphère fédérale. « On va tenter de s’assurer qu’il y aura un débat des chefs cette année », martèle Alexandre Cédric Doucet.

Lors de la campagne des élections de 2018, les partis politiques n’étaient pas parvenus à s’entendre pour un débat diffusé sur ICI Acadie.

« En 2018, les organismes à but non lucratif ont payé pour des débats en français. C’est très malheureux dans une province officiellement bilingue. »

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