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Élections : l’année du NPD dans le Nord de l’Ontario ?

Temps de lecture : 5 minutes

L’élection fédérale dans le Nord de l’Ontario se fera-t-elle sous le signe d’une vague orange ? Ayant élu seulement deux représentants sur 12 en 2019, le Nouveau Parti démocratique (NPD) semble cette fois-ci être de toutes les batailles dans le Nord, de Kenora à Sudbury, alors qu’il a des chances de faire des gains supplémentaires dans quatre à cinq circonscriptions.

Aux élections de 2019, le parti a réussi à faire réélire Charlie Angus dans Timmins-Baie James et Carole Hughes dans Algoma-Manitoulin-Kapuskasing. Les deux vétérans députés n’ont rien à craindre pour leur siège, alors que leur réélection est quasiment assurée.

Le site de sondage 338 Canada prédit que le NPD pourrait remporter quatre sièges, mais pourrait aussi aller en gruger deux à trois autres comme Thunder Bay-Rainy River et Kenora. Là où la formation politique a le plus de chances d’aller faire des gains, c’est dans le Grand Sudbury où elle est dans la course pour remporter les deux sièges disponibles.

Pour ce faire, Andréane Chénier dans Nickel Belt et Nadia Verrelli dans Sudbury, devront avoir fait beaucoup de travail sur le terrain, croit la politologue Aurélie Lacassagne.

« Là où le NPD a beaucoup à faire – la personnalité compte beaucoup -, c’est pour les candidates qui ne sont pas connues. Il faut qu’elles foncent, qu’elles aient fait du porte-à-porte. Elles se doivent d’avoir fait une campagne de terrain. C’est très important. Vivianne Lapointe (la candidate libérale dans Sudbury) n’a pas ce problème-là, car elle a une certaine notoriété dans la communauté. »

Le NPD semble aussi croire en ses chances alors que son chef Jagmeet Singh a visité à deux reprises les villes de Sudbury et Thunder Bay. Il s’est aussi déplacé dans la circonscription de Kenora deux fois.

La candidate du NPD dans Sudbury, Nadia Verrelli, avec son chef Jagmeet Singh et un partisan. Crédit image : Pascal Vachon

Cette possibilité de perdre ces deux sièges en plus de la descente de Justin Trudeau dans les sondages depuis le début de l’élection est une situation que n’avait sûrement pas prévue le camp libéral au moment de déclencher les élections, pense la politologue.

« Trudeau a fait ça pour avoir sa majorité. Je pense que le problème est que quand ils (l’équipe de Justin Trudeau) ont fait leurs calculs, ils pensaient conserver ces deux circonscriptions dans Sudbury. Pour eux, ce sont deux sièges à eux, alors que ce n’est pas le cas, du moins, pour l’instant. »

Selon 338 Canada, à Sault-Sainte-Marie, Thunder Bay-Superior North et Nipissing-Timiskaming, les libéraux jouissent d’une avance, mais le NPD aurait des chances de créer une surprise. Seul le comté de Parry Sound-Muskoka, en bleu, semble inatteignable pour la troupe de Jagmeet Singh.

Toujours une force dans le Nord ?

Les néo-démocrates pourraient notamment profiter de la popularité de leurs collègues au niveau provincial alors que les troupes d’Andrea Horwath sont les plus nombreuses dans le Nord de l’Ontario avec huit des 13 sièges possibles.

« La grande région de Toronto, les villes industrielles comme Hamilton, Windsor, Oshawa et également le Nord de l’Ontario – qui a toujours eu un penchant favorable pour les néo-démocrates – sont des comtés qu’on vise du côté du NPD. Il y a eu certaines performances au niveau provincial dans des régions moins traditionnellement favorables comme dans le coin de Brampton où le frère de Jagmeet Singh s’est fait élire. Donc, il y a un potentiel de croissance », croit Karl Bélanger, l’ancien directeur national du parti et conseiller pour quatre chefs, dont Jack Layton et Thomas Mulcair.

« Une des grosses différences est que les gens sont vraiment choqués que Justin Trudeau ait appelé à des élections en plein milieu d’une pandémie » – Charlie Angus, député

Ce dernier ne se le cache pas, la défense de la francophonie n’est pas ce qu’il était à l’époque de M. Layton et M. Mulcair, mais la longue feuille de route en langues officielles du NPD et la présence de forces clés dans la région lui permettent de s’accrocher au pouvoir dans les régions francophones.

« Dans le Nord de l’Ontario, le NPD a réussi à faire élire des candidats au niveau fédéral et provincial. Des députés qui provenaient de ces communautés et qui pouvaient prendre ces dossiers-là et qui représentaient leurs électeurs. Aujourd’hui, il y a Carol Hughes, qui est franco-ontarienne. On a eu Claude Gravelle pendant des années et au provincial, il y a Gilles Bisson et France Gélinas. »

Pour Karl Bélanger qui était dans l’équipe de M. Layton lors de la vague orange de 2011, la présence de Charlie Angus, en poste depuis 2004, donne un bon coup de main aux troupes orange du Nord de l’Ontario.

« Sa présence aide, car ça démontre la capacité du parti de se battre pour la région. Charlie Angus ne se bat pas juste pour son comté, il se bat pour l’ensemble de sa région et ça crée des contrastes face aux députés libéraux en place qui ne livrent pas autant la marchandise. Quand on regarde ce qui s’est passé dans le dossier de l’Université Laurentienne, si on avait été plus combatif, on ne se serait peut-être pas rendu là et Charlie Angus a tenté de faire ce qu’il pouvait. »

Élection en pandémie : « Une grosse différence »

Le député se dit justement confiant que ses collègues puissent aller faire des gains notamment à Sault-Sainte-Marie, Nickel Belt, Sudbury et Kenora.

« La vague orange a commencé dans le Nord de l’Ontario en 2011 et je pense qu’elle commence dès maintenant en Ontario. On va gagner des sièges dans le Nord, car si tu votes néo-démocrate, tu obtiens quelqu’un qui n’a pas peur et qui va se battre. Jamais personne n’est allé dans les communautés autochtones rurales du Nord de l’Ontario avant que le NPD arrive. Personne ne s’est levé pour l’Université Laurentienne comme les néo-démocrates. »

De gauche à droite : Carol Hugues, Charlie Angus, Andréane Chénier, France Gélinas (provincial) et Nadia Verrelli. Crédit image : Pascal Vachon

En 2015 et 2019, les néo-démocrates faisaient figure de favoris dans les sondages pour remporter certaines circonscriptions du Nord, avant de faire chou blanc le soir des élections. Celui qui compte près de 17 années d’expérience à Ottawa voit toutefois une autre réalité cette année.

« Une des grosses différences est que les gens sont vraiment choqués que Justin Trudeau ait appelé une élection en plein milieu d’une pandémie. Qu’il ait mis l’intérêt des sondages libéraux en avant de ceux des gens. Ils sont choqués qu’il ait fait ça et ils ne lui font plus confiance. Ils ont confiance que les néo-démocrates vont continuer à mettre les intérêts des gens en premier », croit-il.

Est-ce que les récents propos et la position de M. Singh concernant le dossier de l’Université de Sudbury pourraient nuire à ses troupes ? La réponse le 20 septembre, jour de l’élection.

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