Le projet aurifère Filion se situe au sein des ceintures de roches vertes riches en or des sous-provinces de Wabigoon, Wawa et de l’Abitibi dans le nord de l’Ontario. Photo : gracieuseté de Torr Metals
Société

Un projet minier « en or » aux portes d’une communauté francophone du Nord

Le projet aurifère Filion se situe au sein des ceintures de roches vertes riches en or des sous-provinces de Wabigoon, Wawa et de l’Abitibi dans le nord de l’Ontario. Photo : gracieuseté de Torr Metals

OPASATIKA – Un trésor aurifère, identifié dès les années 1930 puis tombé dans l’oubli, faute d’exploration, refait surface à seulement deux kilomètres d’un village francophone du nord de l’Ontario. Entre des tests géologiques récents qualifiés de « concluants » et la perspective de centaines d’emplois durables, le projet Filion pourrait transformer le visage de la région pour les cinquante prochaines années. Immersion dans un dossier qui réveille l’espoir des communautés rurales.

Nichée à seulement 2,5 kilomètres au nord du village francophone d’Opasatika, la mine en devenir s’étend sur un axe est-ouest de 42 km de long.

Une superficie totale d’environ 260 km² au sein d’une ceinture de roches vertes largement « sous-explorée », mais au grand potentiel, explique Michael Dufresne, le chef du projet Filion et président d’Apex Geoscience.

Ce consultant pour Torr Metals, l’exploitant minier actuel, emploie 150 géologues au Canada basés dans l’Ouest ontarien, mais également très actifs au Québec et en Ontario.

« Le projet Filion jouit d’une position unique avec un accès idéal aux infrastructures, notamment la route transcanadienne, un réseau ferroviaire régional et au réseau électrique, avec donc un potentiel d’exploitation à faible coût tout au long de l’année, dans une région propice à de nouvelles découvertes », rapporte M. Dufresne.

Si l’or y avait été identifié dans les années 1930, la zone n’a jamais été explorée de façon systématique, malgré plusieurs tentatives menées jusque dans les années 1980 par des prospecteurs individuels. Aucun échantillonnage géochimique régional des sols n’avait été effectué.

« Les derniers tests sont extrêmement concluants. Le gisement juste au nord de notre village pourrait être plus massif que celui de la mine Détour à Cochrane, qui est pourtant l’une des plus grosses mines d’or en exploitation au Canada », s’enthousiasme le maire d’Opasatika Jacques Dorval.

Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals

Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals

Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals

Depuis sa cabane de pêche, celui-ci a été témoin des tests aériens effectués par Torr Metals. Depuis la fonte des neiges, les géologues ont pu procéder à l’exploration terrestre durant trois semaines.

« Nous en sommes à un stade très précoce, explique le chef du projet. Mais je pense que cette ceinture de roches vertes est très prometteuse. Torr détient les permis et prévoit de forer cette année. L’exploitation minière apporte un bénéfice énorme pour les communautés rurales. On l’a vu avec Timmins, Kirkland Lake ou Thunder Bay. »

Une vision ambitieuse largement partagée par le maire Dorval : « Une mine comme celle-ci représente une viabilité allant jusqu’à 50 ans. On veut que les gens s’établissent ici, qu’ils y bâtissent des maisons, qu’ils y paient des taxes et qu’ils fassent vivre nos arénas et nos commerces. La compagnie Torr Metals semble partager cette vision du développement local et de soutien aux organisations régionales ».

Une manne d’emplois pour cette région du Nord

Dans le monde rural, l’impact se fait sentir dès la phase d’exploration. Selon Michael Dufresne, investir 10 ou 20 millions de dollars permet déjà de développer des compétences locales. L’embauche d’équipes régionales intervient dès les premières étapes : construction de routes, conduite d’engins, échantillonnage ou travaux de tranchées.

Toutefois, le véritable changement d’échelle dépend d’une découverte majeure. « Lors du premier forage, on parle de 25 personnes. On peut monter à 200 lors du forage de définition. Mais pour la construction d’une mine, on parle de 2000 personnes », précise le chef de projet.

À terme, une mine opérationnelle pourrait générer entre 500 et 600 emplois permanents. Une perspective d’autant plus attrayante que les salaires y sont élevés : « Qu’il s’agisse de travailleurs souterrains ou d’opérateurs d’équipement, ce sont des postes payés entre 100 000 $ et 200 000 $ par an », souligne M. Dufresne.

Malgré des échantillons prometteurs atteignant 13 grammes d’or par tonne — une roche d’une valeur théorique de 1500 $ — le chemin est encore long. Torr Metals prévoit de forer entre 2000 et 3000 mètres d’ici l’automne, après avoir analysé la végétation et l’humus pour y déceler des traces d’arsenic ou d’antimoine, indicateurs de la présence d’or.

« Il faut démontrer une continuité géologique sur des millions de tonnes. Cela peut coûter jusqu’à 200 millions de dollars et prendre 15 à 20 ans », prévient Michael Dufresne, comparant le secteur à un « billet de loterie ».

Selon lui, seul un projet sur mille devient rentable, « mais il faut quelqu’un qui prenne le risque financier au départ », et un succès à Opasatika pourrait attirer une dizaine d’autres compagnies dans son sillage.

Consultations étroites avec les partenaires autochtones locaux

Malgré l’ampleur des investissements, Michael Dufresne tient à relativiser l’impact environnemental au sol. Il rappelle qu’à l’échelle d’un pays comme le Canada, le nombre de mines de métaux actives reste relativement restreint, oscillant entre 120 et 140.

« On en compte peut-être 30 ou 40 au Québec et autant en Ontario. Si l’on prenait l’ensemble du secteur minier canadien, toutes les zones perturbées, les bassins de résidus et les usines tiendraient à l’intérieur des limites de la ville d’Edmonton », illustre-t-il.

Tout projet doit selon lui s’accompagner d’une approche de partenariat dès le premier jour avec les populations autochtones locales. La firme de Michael Dufresne, Apex Geoscience, est d’ailleurs détenue à 51 % par une société autochtone de l’Alberta. Pour le chef de projet, cette identité influence directement la manière de travailler en Ontario : « La consultation dès le premier jour est notre priorité. C’est ainsi que les affaires se font aujourd’hui. »

Une approche proactive saluée par le maire Jacques Dorval, qui a facilité les premiers contacts : « Nous avons établi des liens dès l’étape embryonnaire pour créer un lien de confiance avant même la première pelletée de terre. »

Si des partenaires autochtones se montrent ouverts au développement, le maire précise qu’ils restent vigilants sur le plan écologique : « Ils veulent s’assurer que toutes les étapes environnementales sont rigoureusement respectées. »