Élections municipales à Hearst : la rétention des jeunes francophones, un enjeu central
HEARST – À quelques jours du scrutin, les trois candidats à la mairie continuent de mener leurs campagnes respectives. Figure parmi les enjeux principaux de la ville, la rétention des jeunes, notamment dans un contexte démographique caractérisé par un vieillissement de la population. Alors que la région voit une hausse de l’immigration francophone, en particulier des étudiants, voici comment les trois candidats à la mairie comptent favoriser la rétention des jeunes francophones.
À Hearst, trois candidats ambitionnent de devenir le prochain maire de la municipalité. Roger Sigouin, le maire sortant en exercice depuis 2002, est confronté à Gaëtan Baillargeon, conseiller municipal de la ville, et Jean-Marie Blier, ancien maire élu en 1997. Parmi les enjeux abordés par les candidats, la rétention des jeunes francophones occupe une place centrale.
Dans le village gaulois de l’Ontario, où 84 % de la population parle français, le vieillissement démographique demeure un enjeu. Selon le recensement de 2021, près du quart des habitants ont 65 ans ou plus, et l’âge moyen est de 45 ans. La ville accueille toutefois depuis quelques années davantage de nouveaux arrivants francophones, souvent de jeunes étudiants venus suivre une formation à l’Université de Hearst. En 2021, 45 % des nouveaux arrivants avaient entre 15 et 24 ans.
Véritable pôle d’attraction pour la jeunesse francophone, l’établissement enregistrait en septembre dernier 331 étudiants inscrits. L’année scolaire précédente, l’université atteignait son record historique d’inscriptions.
« Le maintien d’une communauté étudiante importante dans nos trois campus témoigne de l’engagement de toute notre équipe et du rayonnement de l’Université de Hearst. Notre ouverture sur le monde, qui se reflète par la présence d’étudiantes et d’étudiants provenant du Canada et de 20 autres pays, constitue également une grande source de fierté et contribue au développement de nos communautés », exprimait Frederick F. Nickner, le vice-recteur à l’enseignement et à la recherche.
Le logement, le nerf de la guerre
Ce problème de rétention est indissociable des autres lacunes de la municipalité en termes de logement et de services publics, affirme le candidat Gaëtan Baillargeon. Pour encourager les jeunes francophones à s’implanter, il faut proposer de meilleurs services.
« Le manque de main-d’œuvre est un problème que je connais très bien comme entrepreneur et directeur de l’éducation. Je comprends les difficultés à recruter, puis à garder le personnel. Si une personne arrive à Hearst et ne trouve pas de logement et que c’est difficile d’obtenir des services de santé, il y a beaucoup de monde qui ne veut pas toujours venir s’établir ici. Je reviens toujours à l’importance du logement, puis les services de qualité de vie pour le monde. »

Pour y remédier, il propose un partenariat étroit avec les organismes et institutions de la municipalité. « Je pense qu’il faut continuer de travailler davantage avec l’Université de Hearst, les appuyer et aussi travailler avec le Collège Boréal, puis tous les employeurs de la région parce qu’eux aussi, ils cherchent à attirer de jeunes étudiants et du monde qui vient s’établir dans le Nord de l’Ontario. »
De son côté, le maire sortant rappelle l’aide récente apportée à l’établissement. « Afin de favoriser la rétention de jeunes francophones, il est évident que le tout passe par le développement économique et les logements à prix abordable. À ce sujet justement, la ville de Hearst a fait don d’un terrain à l’Université de Hearst visant la construction d’un immeuble à logements pour les étudiants francophones », dit-il, en référence au terrain cédé pour le futur projet de résidence étudiante, dont l’ouverture est prévue pour 2027.
Au-delà des logements étudiants, M. Sigouin envisage d’obtenir du financement pour faire avancer des projets résidentiels adaptés aux besoins des personnes de tous âges. « On pourrait se pencher également sur la possibilité de demandes de subventions pour construire des logements abordables multigénérationnels où la jeunesse et les personnes âgées cohabitent dans un climat d’entraide mutuelle ».
Pour Jean-Marie Blier, retenir les jeunes consiste en une promotion active des opportunités d’études et professionnelles à Hearst auprès des étudiants du secondaire, histoire de limiter l’exode vers les grandes villes. « C’est important que les présentations se fassent aussi en 11e et 12e année dans les écoles secondaires catholiques ou publiques, note-t-il, afin que notre système d’éducation puisse démontrer à nos jeunes qu’on va faire tout le possible pour les garder ».
S’il est élu, il s’engage également à faire avancer le projet de résidence étudiante porté par l’Université de Hearst.
La francophonie comme moyen d’attraction
Pour inciter les jeunes francophones et les nouveaux arrivants à rester, il faut mettre en lumière la francophonie à Hearst, avancent les trois candidats. Avec une population majoritairement francophone, Hearst propose un quotidien ancré dans la langue Molière, souligne M. Baillargeon.
« Ici, dans le nord d’Ontario et à Hearst, on a une petite niche, c’est vraiment la francophonie. Si on est capable d’attirer les francophones dans notre région, je pense qu’ils vont vouloir rester parce qu’ils vont se voir eux-mêmes », confie-t-il.
M. Blier partage un avis similaire. « S’ils décident de rester, ils sont vraiment chez eux parce que nous sommes une communauté francophone. Je n’ai rien contre Sudbury ou North Bay ou Ottawa, mais la vie de tous les jours n’est pas francophone, comme à Hearst. Donc c’est sûr que nous allons leur donner les outils nécessaires pour qu’ils puissent étudier, demeurer à Hearst et aussi travailler à Hearst dans leur langue », conclut-il.
Quant au maire sortant, il salue les efforts des nombreux organismes et établissements de la ville dans leurs efforts pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants francophones, un travail qui favorise la rétention de ces nouveaux arrivants.
Le vote en ligne n’étant pas offert à Hearst, les électeurs pourront déposer leur bulletin de vote le 26 octobre.