À Casselman, l’eau, l’accès aux soins, les taxes et la place du français sont au cœur de la course à la mairie. Photo : Inès Rebei/ONFR
Politique

Casselman : l’eau, les médecins et les taxes au cœur de la course à la mairie

À Casselman, l’eau, l’accès aux soins, les taxes et la place du français sont au cœur de la course à la mairie. Photo : Inès Rebei/ONFR

CASSELMAN – L’approvisionnement en eau, l’accès aux médecins, les taxes et l’identité francophone dominent la campagne à Casselman. La mairesse sortante Geneviève Lajoie défend son bilan. Le conseiller Paul Groulx et l’ancien directeur d’école François Richard proposent d’autres avenues.

À quelques jours du scrutin, les trois candidats à la mairie sillonnent cette municipalité de près de 4500 habitants, à majorité francophone. Paul Groulx affirme avoir visité environ 2000 portes; François Richard dit en avoir frappé plus de 1700.

« Pratiquement tout le monde me parle de l’eau. C’est une préoccupation évidente partout », souligne M. Richard, qui met de l’avant ses 38 ans en éducation, dont 25 à la direction d’écoles. Les mêmes préoccupations liées à l’aqueduc, aux services médicaux et à la circulation sont rapportées par M. Groulx.

Eau : des options et des coûts qui divisent

Paul Groulx veut comparer la modernisation de l’usine actuelle, alimentée par la rivière Nation Sud, à un raccordement au réseau de Clarence-Rockland, à une cinquantaine de kilomètres. Ce dernier projet coûterait environ 90 millions de dollars, estime-t-il, et dépendrait de subventions provinciales et fédérales.

La modernisation pourrait inclure un bassin de traitement et une filtration au sable vert contre le manganèse. M. Groulx en évalue le coût à environ 20 millions de dollars et souhaite aussi étudier le remplacement complet de l’installation.

« Présentement, il est trop tôt pour dire quelle option est la meilleure et laquelle est réalisable », affirme-t-il.

Après huit ans au conseil municipal, Paul Groulx mise sur son expérience et souhaite ramener les hausses de taxes au niveau du coût de la vie. Gracieuseté

François Richard juge que la modernisation ne réglerait pas la vulnérabilité de la source d’approvisionnement. Son alternative : un raccordement au réseau de Limoges, sur une dizaine de kilomètres.

« Est-ce qu’on va attendre d’avoir une crise pour régler le problème? Je pense qu’il faut prévoir, il faut planifier, il faut être proactif », dit-il.

M. Richard conteste les conclusions d’un rapport de 2024 sur les conduites et affirme que des travaux prévus à Limoges permettraient aussi de desservir Casselman. « Cette nouvelle conduite lui donnera une capacité supplémentaire, au-delà de ses besoins actuels », soutient-il.

Dans ses réponses écrites, Mme Lajoie rappelle avoir fait de l’eau une priorité stratégique en 2023 et lancé, l’année suivante, des discussions officielles avec Clarence-Rockland. Elle cite aussi le recours à un expert indépendant et ses démarches auprès des autres gouvernements.

« Tout est-il réglé? Non. Et je n’ai jamais prétendu le contraire », écrit-elle. « Il s’agit de décisions d’ordre technique, et non de promesses politiques. »

Taxes : contenir les hausses ou financer le rattrapage

Paul Groulx et François Richard souhaitent limiter les hausses de taxes. « Je pense qu’il faut ramener les hausses de taxes au niveau de l’augmentation du coût de la vie », dit M. Groulx.

Examiner les dépenses et mieux les aligner sur les priorités municipales, telle est l’approche défendue par M. Richard. « Il faut être plus efficaces et plus responsables dans notre façon de dépenser. » Selon lui, les résidents rencontrés accepteraient plus facilement des hausses de 2 à 3 % que de 5 à 7 %.

François Richard, ancien directeur d’école, place l’eau parmi ses priorités et propose une gestion municipale axée sur la planification et la collaboration. Gracieuseté

« Les gens trouvent qu’il y a eu beaucoup de dépenses dans les dernières années, surtout pour le nouveau bureau municipal », lance-t-il. Il chiffre le coût du nouvel édifice municipal à plus de six millions de dollars, et le compare aux 217 000 dollars consacrés à l’eau en 2026, essentiellement pour des tests.

M. Richard souhaite aussi établir un plan de remboursement de la dette, qu’il situe à un peu plus de 18 millions de dollars.

« Il faut établir un plan de remboursement, qui pourrait s’échelonner sur vingt ou trente ans, afin de nous placer dans une meilleure situation financière », dit-il.

Mme Lajoie reconnaît la pression sur les ménages, mais refuse de promettre un plafond. « Je ne vais pas promettre un gel arbitraire des taxes simplement parce que c’est ce que les gens veulent entendre », écrit-elle. Elle soutient que reporter l’entretien finit par coûter plus cher.

Selon elle, en 2026, le taux de taxation municipal a augmenté de 5,853 %. Le scénario initial prévoyait une hausse de 18,70 %.

La mairesse réclame plutôt une réforme du financement municipal, estimant que la taxe foncière ne peut, à elle seule, absorber les responsabilités et les coûts croissants.

Santé : retrouver des services de proximité

Les candidats déplorent la perte de services médicaux et diagnostiques. M. Groulx souhaite notamment que Casselman soit admissible aux incitatifs provinciaux destinés aux médecins en milieu rural. Il propose aussi d’étudier des modèles de cliniques communautaires de la région.

François Richard veut collaborer avec les organismes locaux et le ministère de la Santé pour attirer des médecins et rétablir certains services.

« Je parle de médecins, notamment de médecins francophones, mais aussi des services diagnostiques qui devraient être disponibles à Casselman. Notre population est suffisamment importante pour avoir accès à ces services », souligne-t-il.

Geneviève Lajoie, la mairesse sortante, défend les démarches engagées sur l’approvisionnement en eau et souhaite poursuivre le travail sur les finances municipales et l’accès aux soins. Photo : Facebook (Geneviève Lajoie for/pour Mayor/Mairesse 2026)

De son côté, Mme Lajoie affirme avoir défendu le recrutement médical et l’accès aux soins en français. Elle souhaite soumettre au prochain conseil une proposition de comité consultatif des aînés et des personnes aidantes, ainsi qu’un plan d’action pour une communauté amie des aînés.

« Ils ont besoin d’une place à la table, d’une voix dans les décisions », écrit-elle.

Francophonie : préserver les services

« Il ne faut pas seulement la célébrer le 25 septembre », affirme M. Groulx au sujet de la francophonie. Il appelle à travailler avec les communications municipales, les organismes et les clubs sociaux pour proposer des activités toute l’année. Le candidat rappelle aussi avoir présenté un avis de motion pour que les citoyens reçoivent une réponse dans la langue officielle de leur question.

« Il faut le promouvoir, mais aussi conserver les services que nous avons », dit-il.

Richard propose de collaborer avec les écoles et les associations, d’installer des plaques historiques dans les parcs et de souligner la contribution de personnes à la francophonie.

« Quand on comprend ce lien entre notre village et la francophonie, on comprend mieux pourquoi elle est importante pour nous. C’est notre identité et cela nous donne un sentiment d’appartenance », dit-il.

Mme Lajoie met de l’avant une célébration annuelle du patrimoine et une formation gratuite en français pour les employés d’entreprises locales. Anglophone qui apprend le français, elle souhaite aussi favoriser la participation des résidents anglophones à la culture francophone. « Protéger le français et accueillir les résidents anglophones ne sont pas des objectifs qui s’opposent », écrit-elle.