Mairie de Hawkesbury : une élection charnière dans l’Est ontarien
HAWKESBURY – La course à la mairie de Hawkesbury s’impose comme une élection particulièrement ouverte pour le scrutin municipal avec un plateau de cinq candidats. Entre gouvernance locale, relance économique et place du français, les résidents doivent départager une grande variété de profils et de programmes.
À l’exception du canton de Hawkesbury-Est (où le maire sortant s’est désisté après la date limite au terme de 23 ans de règne), Hawkesbury est la seule municipalité de Prescott et Russell où le maire ne sollicite pas de nouveau mandat. Elle est également la seule de la région à proposer une course à cinq candidatures, à majorité féminine.
Dans cette localité où plus de 75 % des résidents ont le français comme première langue officielle parlée, la course oppose deux anciennes figures du conseil et trois candidatures issues du milieu des affaires ou de la société civile.
L’ancienne mairesse Jeanne Charlebois, cumulant 31 ans d’expérience municipale et deux mandats à la mairie, y affronte la conseillère sortante Julie Séguin, gestionnaire de formation et étudiante en administration publique.
La course marque également le retour de Gilles Roch Greffe, conseiller de 2000 à 2010 issu des services sociaux et de la gestion, tout en attirant deux candidats du milieu des affaires montréalais récemment établis dans la région : Johanna Raso, titulaire d’un MBA en aménagement du territoire et gestion d’actifs, ainsi que Denis Pirollo, entrepreneur et gestionnaire immobilier.
Hawkesbury se distingue aussi par sa mécanique électorale : étant la seule municipalité de Prescott et Russell à avoir refusé le vote virtuel ou téléphonique pour conserver uniquement le vote traditionnel en personne sur bulletin papier. Alors que le vote par anticipation est ouvert depuis le 22 octobre, le choix final s’effectuera lors de la journée du scrutin, lundi prochain.

Vers plus de transparence?
Signe d’un malaise citoyen alimenté par la situation financière précaire de la municipalité, et ayant contribué à la création de la Ligue du réveil civique de Hawkesbury plus tôt cette année, la transparence suscite une opposition ferme et partagée par l’ensemble des candidats.
Gilles Roch Greffe explique que les rumeurs persistantes visant Hydro Hawkesbury ont déclenché sa candidature, qualifiant l’entreprise publique de « patrimoine » et d’« instrument de souveraineté locale ». Le maire sortant a pour sa part rappelé à plusieurs reprises dans les médias que la société n’a pas été vendue, précisant que tout parlementage préalable relève du huis clos confidentiel prescrit par la loi avant tout débat public.
Même son de cloche chez Jeanne Charlebois qui affirme, depuis qu’elle est mairesse, son opposition à la transaction : « Il n’a jamais été question dans ma tête de la vente d’Hydro Hawkesbury, parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ».

L’accès à l’information et le fonctionnement des réunions du conseil municipal suscitent également des propositions concrètes de réformes. Gilles Roch Greffe promet notamment un accès direct en séance publique : « Moi je veux ramener la période de questions des résidents à la table du conseil. S’ils en ont, on allouera un certain temps pour qu’ils puissent les poser ».
Sur ce même enjeu de la reddition de comptes, Denis Pirollo cible le fonctionnement du registre municipal, observant que sur six ans d’archives et 404 blocs de vote au conseil, aucun procès-verbal ne précise le vote individuel de chaque conseiller. Il affirme qu’« un vote qu’on ne peut pas consulter est un vote dont personne ne rend compte », s’engageant à exiger un vote consigné sur chaque décision d’envergure.
Mettant en avant son parcours institutionnel, Johanna Raso estime que la rigueur de la gouvernance et de la transparence doit se refléter directement dans les choix budgétaires de la Ville : « C’est dans le budget qu’on voit la vision d’une municipalité », affirme-t-elle, déplorant qu’il y ait actuellement « peu de budget pour des choses qui sont très importantes pour le bien-être de la communauté ». Évoquant des démarches passées où ses propositions de projets n’avaient pas été retenues par l’administration locale, elle plaide pour une gestion fondée sur l’éthique et la concertation.

Inscrite au cœur des cinq priorités de sa vision pour la municipalité, la saine gouvernance portée par Julie Séguin passe par le rétablissement des comités publics et de la période de questions au conseil. Celle qui est au conseil depuis 2022 préconise également l’établissement de mécanismes de consultation systématiques en amont des projets et une plus grande imputabilité dans la gestion des contrats publics.
De son côté, Jeanne Charlebois suggère la création de trois comités municipaux permanents consacrés à la voirie, aux loisirs et au développement économique avec la participation de citoyens, tout en ayant également signalé au début de sa campagne que la transparence et la saine gestion financière étaient les piliers fondamentaux devant encadrer le prochain mandat.

Équité linguistique
Dans cette municipalité désignée comme Communauté francophone accueillante depuis 2019, l’accès aux services municipaux en français fait l’objet d’un débat approfondi, particulièrement à la suite de présentations de documents administratifs uniquement en anglais lors de démarches récentes comme la révision du Plan officiel de la ville.
Gilles Roch Greffe déplore le fait que la majorité des documents déposés au conseil soient unilingues anglais et insiste pour qu’ils soient systématiquement traduits et présentés de manière bilingue dans les deux langues officielles. Affirmant que « notre français est primordial dans la municipalité », il propose d’offrir la formation nécessaire au personnel municipal et de permettre aux citoyens de signaler facilement les difficultés d’accès aux services en français.
De son côté, Julie Séguin préconise une approche réglementaire plus stricte pour corriger ces lacunes. Elle souhaite « intégrer des exigences linguistiques aux contrats et aux appels d’offres municipaux » et mettre en place « des mécanismes de dialogue régulier avec les organismes francophones afin qu’ils soient impliqués suffisamment tôt dans les politiques, projets et décisions pouvant avoir une incidence sur la francophonie ».

Jeanne Charlebois a récemment rappelé avoir toujours travaillé avec les organismes francophones de Prescott et Russell. Elle souligne que la Ville offre déjà ses services dans les deux langues, tout en proposant d’instaurer des résumés bilingues systématiques pour les dossiers municipaux et d’encourager l’affichage Bonjour/Welcome chez les commerçants locaux.
Sur le plan de la dualité linguistique, Johanna Raso s’engage à soutenir activement la communauté francophone et les initiatives culturelles de la région. « Pour la francophonie, je suis prête à l’appuyer à 1000 % », assure-t-elle, mettant en avant son expérience en bénévolat et en levée de fonds pour des festivals communautaires. La retraitée insiste également sur le maintien de services municipaux et de communications bilingues pour répondre aux besoins de l’ensemble de la population.
Denis Pirollo associe la vitalité francophone à l’emploi et à la rétention de la jeunesse par la création de stages coopératifs et d’apprentissages en français à la municipalité.
Développement économique
Les candidatures présentent différentes approches économiques pour aborder la réfection des infrastructures, l’élargissement de l’assiette fiscale et le vieillissement de la population.
L’expansion territoriale au sud de la route 17 constitue un point de convergence majeur entre plusieurs candidats. Jeanne Charlebois et Gilles Roch Greffe appuient tous deux la poursuite des démarches concernant le secteur de plus de 100 hectares en entente avec le canton de Champlain, où Hawkesbury fournirait les services d’eau et d’égouts en échange de revenus industriels et fiscaux.
Gilles Roch Greffe observe : « Nos jeunes, quand ils s’en vont au collège ou à l’université, ne reviennent pas toujours dans la municipalité. C’est pourquoi nous devons travailler très fort sur le développement économique afin de retenir nos futures générations. »
Face à l’augmentation de l’âge médian à Hawkesbury, passé de 42 à près de 55 ans en vingt ans, Denis Pirollo aborde la relance sous l’angle de la formation et de l’assouplissement réglementaire. Il propose de créer des stages coopératifs, des emplois d’été et un comité consultatif jeunesse à la Ville, tout en réduisant les exigences de stationnement pour faciliter la construction de logements au centre-ville.
« Cette ville possède une rue principale en train d’être rebâtie, un bord de rivière que bien des villes nous envieraient, et un calendrier d’événements porté par du monde qui aime cette place », déclare-t-il également.

Il précise vouloir « abattre le mur du stationnement au centre-ville » et permettre au personnel d’approuver les dossiers simples.
Pour sa part, Julie Séguin s’appuie sur son projet NEXUS 27, un événement annuel alliant festival et sommet jeunesse pour les 12-25 ans, visant à freiner l’exode des jeunes en les connectant aux décideurs et aux opportunités locales. Elle propose également de démarcher les gouvernements provincial et fédéral pour implanter une antenne d’enseignement postsecondaire dans la municipalité.
En matière de développement économique, Johanna Raso insiste sur la nécessité d’assainir le réseau électrique et les infrastructures avant de pouvoir attirer de nouvelles entreprises. Évoquant une industrie locale d’environ 200 employés dont une grande partie réside à l’extérieur de la municipalité, elle rapporte que des pannes fréquentes forcent des redémarrages coûteux.
« On ne peut pas promettre à la population d’attirer des entreprises avec un manque d’électricité, un manque de main-d’œuvre et nos rues qui manquent de fonds pour réparer », martèle-t-elle.
Elle met toutefois en garde contre un développement résidentiel sans stratégie industrielle, affirmant : « On ne peut pas simplement ériger des maisons sans attirer des entreprises. L’urbanisme doit être symbiotique pour éviter de transformer Hawkesbury en une ville-dortoir où les gens ne feraient que dormir ici, tout en travaillant et en dépensant leur argent ailleurs ».