Municipales : À Toronto, le comité francophone attend des engagements à l’approche des élections
TORONTO – À quelques jours des élections municipales du 26 octobre, l’avenir du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto reste en suspens. Après trois années de travaux, plusieurs de ses recommandations attendent encore d’être concrétisées. Ses membres appellent la prochaine administration à poursuivre les efforts engagés, alors que les enjeux francophones demeurent peu visibles dans la campagne des principaux candidats à la mairie.
Le Comité consultatif des affaires francophones de Toronto arrive au terme de son mandat 2023-2026 avec plusieurs avancées à son actif, mais aussi des interrogations sur son avenir. Rétabli pour le mandat municipal actuel, il devra faire l’objet d’une nouvelle décision du conseil municipal pour poursuivre ses activités.
« Je dirais que le bilan est plutôt positif, même si j’aurais aimé que certaines choses avancent plus vite », résume Mareva Cestor, membre du comité.
Elle cite notamment les initiatives dans les musées municipaux, les travaux sur l’accès au logement et l’inventaire des services municipaux disponibles en français.
Des avancées encore à concrétiser
En juin 2026, le comité a formulé plusieurs recommandations qui ont reçu un accueil favorable du Comité du développement économique et communautaire de la Ville le mois suivant.
Parmi elles, la création éventuelle d’un portail centralisé permettant aux francophones de retrouver les services municipaux, les programmes et les consultations publiques accessibles dans leur langue. La Ville en étudiera la faisabilité, avec un rapport attendu au premier trimestre 2027.
« Ce portail ne doit pas être une simple liste de liens. Il faut qu’il soit facile à utiliser, régulièrement mis à jour et qu’il permette aux citoyens de savoir clairement quels services sont réellement accessibles en français », insiste Mareva Cestor, à l’origine de cette recommandation.

Autre avancée : le rapprochement avec l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). Le conseil municipal a approuvé des adhésions individuelles pour 2026 et 2027. Une éventuelle adhésion institutionnelle sera évaluée en 2027, en vue d’une concrétisation pour 2028.
Le Théâtre français de Toronto figure également parmi les dossiers soutenus. En juin, le conseil municipal a autorisé l’étude d’une garantie de prêt pouvant atteindre trois millions de dollars pour un projet d’acquisition immobilière, sous plusieurs conditions. En juillet, un comité municipal a demandé d’examiner d’autres possibilités de soutien financier et de partenariat pour une salle permanente, avec un rapport attendu début 2027.
Pour Mareva Cestor, ces décisions sont encourageantes, mais ne garantissent pas encore des résultats pour les citoyens.
« Entre une recommandation adoptée, une étude lancée et un changement que les francophones peuvent réellement constater dans leur quotidien, il y a parfois un long chemin. »
Un comité qui réclame davantage de moyens
Au-delà de ces dossiers, les membres interrogés souhaitent renforcer le fonctionnement du comité.
Mareva Cestor souligne que celui-ci ne s’est réuni que huit fois entre 2023 et 2026, malgré le passage de deux à trois réunions annuelles. Elle déplore également la lourdeur des procédures administratives, qui ralentit parfois le suivi des recommandations.
« Je souhaiterais que chaque recommandation importante puisse être associée à un responsable administratif, à un calendrier et à des indicateurs de résultats », explique-t-elle.
Amikley Fontaine, également membre du comité, propose la création d’une unité municipale francophone chargée de coordonner les services en français et d’assurer le suivi des demandes communautaires. Il souhaite aussi que la Ville recense les employés francophones dans ses différents services.
Le financement demeure une autre préoccupation. Selon lui, les organismes francophones bénéficient déjà de certaines aides municipales, mais aucun fonds spécifique ne leur est consacré. Il plaide pour un soutien financier et logistique accru, notamment envers les organismes accompagnant les nouveaux arrivants et les communautés francophones racisées.

Pour Amikley Fontaine, l’enjeu dépasse toutefois la simple reconduction du comité. Il souhaite avant tout que les recommandations formulées au cours du mandat ne restent pas sans suite.
« Mon inquiétude est une exigence de suivi, pas pour un deuxième mandat : nos recommandations ne doivent pas finir dans un tiroir », explique-t-il.
Il cite notamment la création d’un guichet francophone, le maintien des services bilingues dans les musées et l’instauration d’un soutien financier pérenne aux organismes franco-torontois. « Le comité consultatif est l’outil indispensable pour s’assurer que la Ville respecte ses engagements envers la communauté », estime-t-il.
La francophonie peu présente dans la campagne municipale
À quelques jours des élections municipales du 26 octobre, les enjeux francophones peinent à trouver une place identifiable dans les propositions des deux principaux candidats à la mairie de Toronto.
La mairesse sortante Olivia Chow met notamment l’accent sur le logement abordable, les transports et les services municipaux, tandis que son adversaire Brad Bradford concentre sa campagne sur la sécurité publique, la congestion routière et le coût de la vie. Leurs plateformes électorales ne mettent pas en évidence d’engagement spécifique concernant l’avenir du Comité consultatif des affaires francophones ou l’élargissement des services municipaux en français.

Malgré plusieurs sollicitations d’ONFR, ni Olivia Chow ni Brad Bradford n’ont répondu à nos questions sur ces enjeux.
L’ancien ministre fédéral Chris Alexander, qui s’est retiré de la course le 6 octobre, avait pour sa part transmis plusieurs propositions à ONFR. Il s’engageait notamment à pérenniser le comité consultatif, à créer un poste municipal à temps plein consacré aux services en français et à organiser des consultations publiques francophones sur les grands projets de la Ville.
La reconduction du comité en question
Ces engagements ne sont toutefois plus portés par un candidat en campagne. Cette faible visibilité des enjeux francophones dans la campagne déçoit également Amikley Fontaine, qui regrette particulièrement l’absence de débat électoral en français.
« Être francophone en situation minoritaire, c’est un combat quotidien pour maintenir notre présence et nos droits. L’absence de la langue française dans ces échanges électoraux démontre à quel point notre travail est indispensable pour que la francophonie ne soit jamais oubliée », déplore-t-il.
Mareva Cestor, elle, ne se dit pas inquiète pour l’avenir du comité, mais souligne que sa reconduction intervient à un moment charnière, alors que plusieurs rapports municipaux sont attendus en 2027.
« Ce serait donc dommage de ne pas pouvoir assurer la continuité de ce travail au moment où ces projets commencent à prendre forme », souligne-t-elle.
Elle espère que le prochain conseil municipal reconduira le comité et profitera de cette occasion pour renforcer son fonctionnement, notamment en favorisant des échanges plus réguliers avec la communauté francophone.
Mais elle attend aussi des réponses concrètes de la part des candidats à la mairie. « Nous ne demandons pas simplement des déclarations de soutien. Nous aimerions savoir si les candidats souhaitent maintenir le Comité, comment ils envisagent d’améliorer l’accès aux services municipaux en français et quels moyens ils seraient prêts à y consacrer. »