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Elliot Lake : la « communauté la plus âgée de l’Ontario » contre la COVID-19

Temps de lecture : 3 minutes

ELLIOT LAKE – Jadis une ville minière, Elliot Lake s’est réinventée lors des dernières années en tant que communauté de retraite. Résultat : près de 40 % de la population a 65 ans ou plus. Alors que ces gens sont particulièrement à risque, la petite communauté se prépare à affronter une grande pandémie.

S’il n’y a toujours pas de cas confirmé de COVID-19 parmi les quelque 10 000 résidents d’Elliot Lake, les autorités s’entendent que ce n’est qu’une question de temps.

« Jusqu’à il y a quelques jours, nous étions assez certains que le virus n’était pas encore arrivé à Elliot Lake. Maintenant, nous ne sommes plus aussi sûrs », explique Jonathon Bouma, responsable des maladies infectieuses à Santé publique Algoma.

« D’une manière ou d’une autre, nous nous attendons à ce qu’il arrive bientôt. »

Selon la présidente du Regroupement des associations francophones de l’Ontario (RAFO) Rive-Nord, Ghislaine Desjardins, les réactions sont variées.

« Pour certains, c’est le chaos total », raconte-t-elle. « Ils n’arrivent pas à se maîtriser. Ils s’emparent des épiceries et achètent tout ce qu’ils peuvent. On a seulement deux épiceries dans la communauté. Alors les épiceries ont dû mettre des règles en place : des limites d’achat et des demi-journées où le magasin n’est ouvert qu’aux personnes âgées. »

Toutefois, il ne s’agit là que d’une minorité de gens, dit-elle.

« Ensuite, il y a les gens pour qui rien n’a vraiment changé. Il y a des personnes âgées qui sont habituées d’être isolées depuis plusieurs années. Des gens qui avaient déjà pris l’habitude de se faire des provisions et qui ne sortent pas beaucoup. »

Des initiatives pour servir les francophones

Selon Mme Desjardins, un des plus grands défis demeure l’accès à l’information, particulièrement en français.

« La situation évolue rapidement et les médias sociaux sont la meilleure manière de rester à l’affût », affirme-t-elle. « Ici, on a beaucoup de personnes âgées qui n’ont pas accès aux médias sociaux. Ces gens-là ont tendance à tomber entre les craques. »

Pour remédier la situation, le RAFO tentera de rejoindre les francophones de la région par la poste.

De sa part, pour venir en aide à la population vulnérable, la municipalité d’Elliot Lake a mis sur pied une équipe de travail pour offrir des services de livraison à domicile d’articles essentiels, tels que de la nourriture et des produits ménagers. Les commandes peuvent être passées soit en ligne, soit par téléphone.

« Mais il y a plusieurs personnes âgées qui n’ont pas l’internet », souligne Mme Desjardins. « Ensuite, si on appelle la municipalité, les chances sont qu’on ne pourra pas nous servir en français. »

« Lorsque les gens appellent pour s’inscrire au programme, ils devront peut-être parler avec quelqu’un qui peine à se débrouiller en français », concède Daniel Gagnon, directeur administratif de la municipalité. « Mais lorsque quelqu’un les rappellera pour prendre leurs commandes, ce sera certainement quelqu’un qui parle français. »

Selon lui, la municipalité entreprend toutes les mesures pour que ses services soient offerts dans les deux langues officielles.

« Toute l’information sur nos dépliants et notre site web est bilingue et traduite localement », affirme-t-il.

« La seule chose qui n’est pas bilingue pour l’instant, c’est le formulaire pour s’inscrire au programme de livraison. C’est un peu compliqué parce que le logiciel du site est en anglais, mais je suis confiant que ce sera réglé bientôt. »

Quelque 15 % de la population possède le français comme première langue officielle parlée, selon le dernier recensement de 2016.

Santé publique Algoma : « Aussi prêts que possible »

Pour l’instant, il n’y a qu’un seul cas de coronavirus dans la grande région d’Algoma. Cependant, même en sachant qu’ils auront bientôt plusieurs nouveaux cas, Santé publique Algoma demeure calme.

 « Nous avons eu beaucoup de temps pour nous préparer », relate M. Bouma. « Nous nous réunissons à ce sujet depuis début janvier. Nous sommes aussi prêts que possible. »

Pour accommoder sa population particulièrement à risque, Santé publique Algoma a mis sur pied un système de dépistage unique en province.

« Si une personne répond aux critères pour être examinée, elle n’a pas à quitter son domicile », explique M. Bouma. « L’équipe de santé familiale se rendra chez elle et l’évaluera sur place. »

Non seulement cela réduit le risque de transmission, ajoute-t-il, mais c’est aussi un système plus accessible aux aînés.

« Cela permet également de s’assurer que la salle d’urgence n’est pas débordée et que nous sommes en mesure de continuer de traiter les os brisés, les ACV et les crises cardiaques, par exemple. »

Comme partout ailleurs en province, Santé publique recommande la distanciation sociale afin d’atténuer la propagation.

Toutefois, M. Bouma y préfère le terme « distanciation physique ».

« Les besoins médicaux des personnes âgées continuent », nuance-t-il. « Les gens ne peuvent pas vraiment être seuls. Ils ont besoin de gens dans leur vie, d’un réseau social… Donc, il faut continuer à s’appeler et prendre soin de nos voisins, tout en restant à deux mètres de distance. »

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