Les conseils scolaires francophones inquiets en amont d’une réforme en éducation
TORONTO – Alors que le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, promet une réforme « significative » imminente, l’inquiétude grandit dans le milieu franco-ontarien. À quelques semaines de l’ouverture des candidatures pour le renouvellement du mandat des conseillers, les représentants des conseils scolaires francophones pressent le gouvernement de sortir de son mutisme et de procéder à des consultations.
L’inquiétude monte chez les conseils scolaires francophones quant à l’annonce imminente d’un projet de loi au Parlement. L’incertitude continue de planer autour de cette réforme qui pourrait transformer le paysage éducatif.
Fin mars, lors du retour en session à Queen’s Park, le ministre de l’Éducation confirmait qu’il s’apprêtait à présenter une réforme de l’éducation « très bientôt », impliquant un changement « important » et « significatif » pour les conseils scolaires de la province.
Les représentants des conseils publics francophones, l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO) et catholiques, l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), par voie de lettres, exhortent le gouvernement à les inclure dans les consultations sur ce changement de gouvernance à venir.

« Cela fait depuis l’automne dernier que M. Calandra parle d’une réforme, mais nous n’avons toujours aucune idée de ce qui va se passer », déplore au micro d’ONFR Robert Demers, le président de l’AFOCSC.
Soulignant qu’aucun entretien n’a été possible avec le ministre depuis sa prise de fonction — outre une brève présentation initiale — M. Demers relève la contradiction entre l’ampleur du changement annoncé et le manque de clarté qui l’accompagne.
« On est prêt à travailler ensemble, mais il faut qu’en face, il y ait la volonté de travailler avec nous », déclare-t-il.
Si le président de l’ACEPO, Denis Labelle, reconnaît l’urgence d’agir pour assainir la gouvernance de certains conseils, il défend lui aussi le besoin d’un véritable dialogue. « On veut améliorer le système, mais on veut être impliqués. On veut des réponses, d’autant que les communautés ont besoin de visibilité pour se mobiliser. »
Les élections des conseillers scolaires en suspens?
Au cœur de toutes les spéculations : la potentielle élimination du rôle de conseiller scolaire. Pour les représentants francophones, l’urgence est renforcée par la tenue des prochaines élections scolaires. En effet, l’ouverture du dépôt des candidatures est fixée au 1er mai prochain.
Le ministre de l’Éducation s’est voulu rassurant à plusieurs reprises, confirmant qu’il respecterait l’article 23 de la Charte canadienne qui protège l’autonomie de gestion du système de langue française et du système catholique.
« Il dit qu’il ne touchera pas à la gouvernance des systèmes catholiques et francophones, ce qui ne veut pas dire qu’il ne la changera pas. Nous n’avons peut-être pas la même définition », nuance M. Demers.
Pour Denis Labelle, l’enjeu est d’encourager la participation en valorisant le rôle des élus. « Avec ce manque de clarté et de transparence, nous sommes préoccupés par les impacts à long terme sur la confiance du public. Il est primordial de protéger la démocratie scolaire dans le contexte francophone. »
Ce dernier prévient que toute diminution du rôle des conseillers scolaires réduirait la voix des parents et la représentation des réalités locales. « L’ACEPO ne s’oppose pas aux changements, conclut son président, mais nous continuerons de défendre les intérêts des enfants et des écoles francophones. »